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elle se présente invinciblement à toute réflexion sincère; et il me semble qu'elle s'est offerte à M. Souvestre lui-même. Hélas ! est le dernier mot de son livre. Quel dénoûment d'un tel dénoûment! Quel mot d'ordre à l'entrée de cette nouvelle et radieuse carrière! Quel cri de victoire et d'espérance! N'estil

pas évident que l'oeuvre de M. Souvestre n'est pas achevée, et qu'il nous doit la seconde partie de la vie de Larry ? Ah! puisse-t-il nous la donner un jour ! Que de voeux ce seul voeu rassemble!

Je n'ai pas su me garantir des longueurs que je désirais éviter; mais je me suis mieux tenu en garde, je l'espère, contre un autre danger. Mes sentiments personnels pour l'auteur m'ont précautionné contre un jugement trop favorable, et m’auraient rendu sévère, si j'avais eu occasion de l'être. Tout considéré, je crois avoir signalé un remarquable livre, une véritable cuvre de conscience et d'art, et si j'ai eu beaucoup de plaisir à remplir ce devoir, il n'y a pas de mal, je pense, à ce qu'un devoir soit en même temps un plaisir.

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Nos systèmes sur le monde extérieur n'ont pas la puissance d'en altérer les bases et les caractères; en dépit de nos théories, il reste ce qu'il est. Les systèmes que nous formons sur l'âme réagissent en certains cas sur l'âme elle-même; elle semble se conformer pour un temps à l'histoire anticipée qu'on en a faite; une étrange illusion nous rend présentes et nous fait croire spontanées des impressions toutes factices, et qui n'existent que pour avoir été nommées ; et par un étrange renversement de l'ordre naturel, c'est le mot qui a éveillé l'idée, c'est l'idée qui a fait naître la chose. Toute cette fantasmagorie ne dure pas; le vide de ces apparences se trahit; on s'aperçoit qu'on n'a eu que la représentation des scènes animées de la vie intérieure, et qu'on n'a cru à la vérité du drame qu'à force de s'identifier avec le rôle qu'on y avait accepté. Cependant il n'y a pas que de vaines apparences dans ce qui s'est passé ; car les sentiments qu'on a éprouvés ont tous leur germe dans l'âme; il en est de l'âme comme d'un clavier vivant, dont les touches, revêtues de spontanéité, n'obéissent naturellement qu'à une force interne et ne se meuvent qu'à leur heure, mais qui , pressées du dehors et avant le temps, ne peuvent point ne pas ébranler leur corde et ne pas produire un son. Mais, le doigt retiré, la touche retombe dans son inertie, pour n'en sortir qu'à son heure, comme j'ai dit, et sous la puissance d'une cause qui agit obscurément dans le sein de l'instrument. Le fait que nous rapportons s'est passé fort souvent dans le monde religieux, qui n'est pas pourtant son unique sphère; mais c'est là que nous l'avons observé le plus distinctement, et là qu'il est provoqué le plus vivement par des circonstances très particulières.

L'oeuvre de Dieu pour la conversion des âmes est évidemment construite sur un plan; ce plan luimême a dû être pris sur les dispositions actuelles de la nature humaine ; l'adaptation de l'ouvre au plan, et du plan aux données psychologiques et naturelles, constitue sans doute un véritable système; la conversion, par conséquent, et le salut s'opèrent d'après un système; et des observations mille fois répétées ont dû faire démêler dans l'histoire du plus grand événement moral, je veux dire de la conversion, un ordre général que les théologiens ont appelé l'ordre de la grâce divine, et qu'ils ont essayé de retracer. Mais bien des causes, qu'on peut facilement supposer sans que je les indique, ont de plus

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en plus, dans la pensée des théologiens, resserré vers son centre le cercle immense où se meut librement et par mille circonvolutions, la divine miséricorde du Père des esprits. La marche de la conversion a été écrite une fois pour toutes, son histoire invariablement tracée, toutes les âmes sommées, pour ainsi dire, de partir du même point et d'arriver par le même milieu, la suite des impressions de l'âme attirée vers Dieu minutieusement décrite; en un mot, aucun médecin n'oserait prévoir avec autant d'assurance les phases successives d'une convalescence à la suite de la maladie la mieux connue et la plus régulièrement subie. Que l'infinie diversité de la sagesse de Dieu, et cette variété de conseils et de moyens qui, bien considérée, n'est encore et toujours que de la charité, disparaissent dans la vague et pesante uniformité de ces descriptions, c'est un inconvénient bien grave; mais ce n'est pas le seul, ni peut-être le plus considérable. J'en vois un plus grand dans l'illusion de tant de personnes qui, au lieu d'obéir naïvement à l'attrait de la grâce, au lieu de sentir ce qu'elles sentent, et (si cette expression est permise) au lieu de se laisser faire, concertent pour ainsi dire une oeuvre qui n'est pas et ne peut être la leur, reproduisent, d'après un catalogue officiel, une certaine série de mouvements et d'états moraux, passent régulièrement par toute la filière, et après avoir tout accompli et tout éprouvé aux termes du règlement et sous les auspices d'un directeur, se trouvent à la fin (amer,

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mais nécessaire désappointement!) n'avoir fait qu'un chemin illusoire et n'avoir marché qu'en rêve. Cela même, j'en conviens, est une paternelle, quoique dure leçon; mais n'accuse-t-elle pas notre précipitation et notre esprit de système ? et ne nous avertitelle

pas que, tout en présentant toujours avec intégrité aux pécheurs le plan de la charité de Dieu dans sa vraie forme, dans ses vraies conditions, nous devons nous garder de particulariser trop, de vouloir tout numéroter, nous devons laisser à chaque âme sa voie, qui est plutôt la voie de Dieu, respecter dans les individualités et dans les circonstances de tout genre des données premières que Dieu a disposées à l'avance, les observer avec une attention tranquille, n'écrire l'histoire des faits qu'après les faits accomplis, et jamais l'histoire de chaque fait comme celle d'un autre, et enfin nous réjouir, en rapprochant toutes ces histoires, de voir, du sein de leur infinie et brillante diversité, ressortir une unité majestueuse, l'unité des grands traits et non celle des formes et des incidents ?

Quelque étrangers, quelque élranges même que puissent apparaître ces faits à un certain nombre de nos lecteurs, nous espérons que plusieurs nous comprendront, que plusieurs reconnaîtront dans ces observations autant d'à-propos que de gravité. Le réveil religieux de nos jours s'est rattaché, dans quelques contrées, à une dogmatique très arrêtée, très formelle; et l'on a été longtemps à s'apercevoir combien une telle dogmatique est voisine du ratio

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