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PARIS.

IMPRIMERIE DE MARC DUCLOUX ET COMP.

RUB SAINT-BENOÎT, 7.

1

ÉTUDES

SUR LA

LITTERATURE FRANÇAISE

AU DIX - NEUVIÈME SIÈCLE,

PAR

A. VINET.

TOME TROISIÈME.

POËTES ET PROSATEURS.

PARIS,
CHEZ LES ÉDITEURS, RUE RUMFORD, 8.

1851.

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《中

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Heureux dont le langage, impétueux et doux,
En servant la pensée est plutôt au-dessous ;
Qui, laissant déborder l'urne de poésie,
N'en répand qu'une part, et sans l'avoir choisie ;
Et dont la sainte lyre, incomplète parfois,
Marque une âme attentive à de plus graves lois !

Son défaut m'est aimable et de près m'édifie (1). Je ne sais si M. Sainte-Beuve a suivi, dans son nouveau recueil, la règle qu'il semble donner dans ces vers; mais, eût-il quelquefois en effet négligé la forme pour

le fond, ce n'est pas une raison pour la critique de sacrifier, dans l'examen de ce livre, le

(1) A M. Achille du Clésieux.

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fond à la forme. Les Pensées d'Août ne sont pas seulement un recueil de vers; c'est l'expression d'un certain état moral, d'une manière particulière de penser et de vivre, c'est un fait humain et philosophique, d'au tant plus digne d'attention qu'il n'est pas pourl ’auteur une simple occasion poétique, un thème plus ou moins inspirateur, et que la pensée est moinslı pour les vers que les vers pour la pensée. Ce volume fat-il mal écrit, et, ce qui serait pire, dépourvu de style, la substance qu'il renferme n'en serait pas moins importante, et celle direction toute particulière de pensée, ce genre de préoccupation si rare dans le temps où nous vivons, mériterait toujours d'être signalé.

A vrai dire, il n'est pas facile de rendre compte du fait, de le résumer, de le nommer; l'auteur, je crois, ne le tenterait pas; il y est, peut-être, moins compétent que personne; il ne faut pas être au centre même d'un orage pour en saisir la forme, pour en voir l'origine, pour en mesurer l'étendue. Ce n'est pas que je regarde comme un orage ce qui se passe dans l'âme du poëte; aucun phénomène violent, aucun bruit éclatant ne dénonce au dehors l'agitation intérieure. Je vois dans la forêt plus de rameaux tordus et froissés que de branches rompue et gisantes. Mais s'il y a peu de débris, rien pourtant n'est tranquille; il y a le mouvement douloureux de la vérité incessamment élancée, incessamment refoulée; refoulée, non point cependant par l'erreur; mais par quoi donc? Ah!' l'erreur n'est pas le seul contraire de la vérité morale. Cette vérité est une

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