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rapport à l'espace, qu'un infiniment petit; et l'univers, quoique très réel, ne serait qu'un vide immense qui ne contiendrait rien, privé de toute force, de toute action, de toute fonction, à une petite partie près, qui ne mériterait pas d'être comptée. Le Tout-Puissant n'aurait rien versé dans ce vase.

XVI.

On croirait remédier à cet inconvénient, en supposant que la matière, quoiqu'infinie, serait un moindre infini

que l'espace, comme l'infini des nombres pairs, ou celui des impairs, est moindre que celui de la suite totale des nombres naturels. Mais alors l'attraction, qui se lie si bien , à ce qu'on croit, avec le vide, et qui est mutuelle entre tous les corps, agirait perpétuellement sur eux, pour les rapprocher les uns des autres, quelque dispersés qu'ils fussent d'abord; et elle agirait sans avoir aucun obstacle à surmonter, puisque l'espace ou le vide n'a aucune force, ni attractive, ni répulsive. Les vides semés originairement, si l'on veut, entre tous les corps, disparaîtraient donc en plus ou moins de temps, et il ne resterait plus qu'un grand vide total au dehors de tous les corps violemment appliqués les uns contre les autres. Il est visible que, pour la vérité de cette idée, il n'est pas nécessaire que le rapport de l'infini de l'espace à celui de la matière, soit de 2 à 1., comme il a été posé, dans l'exemple des nombres. Tout autre rapport, pourvu que l'espace soit le plus grand, fera le même effet.

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THÉORIE DES TOURBILLONS.

XVII.

Dans ce même cas, les tourbillons cartésiens ne réussiraient pas non plus. Il faut, pour les mettre en action continue, qu'ils tendent loujours par eux-mêmes à s'agrandir , et qu'ils s'en empêchent toujours les uns les autres. Or, il est aisé de voir que des vides semés entre eux les détruiraient, en les empêchant d'être comprimés de toutes parts ; que quelques uns étant détruits les premiers, les autres le seraient plus facilement, et toujours plus facilement, etc. Dans le cas précédent, le monde se pétrifiait; dans celui-ci, il s'évapore.

XVIII.

Comme on ne lui voit absolument aucune disposition à l'un ni à l'autre de ces deux accidens, il s'ensuit que l'espace réel ou le vide n'existe pas, même dans le système newtonien, où il est cependant si établi et si dominant. Je puis ajouter qu'il n'est pas besoin, pour l'action perpétuelle et réciproque des tourbillons cartésiens, que la matière soit infinie; car, ne le fûtelle les derniers tourbillons et les plus extérieurs de ce grand tout, n'auraient pas plus de facilité à s'étendre, puisqu'il n'y aurait pas d'espace au-delà d'eux.

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FIN DE LA THÉORIE DES TOURBILLONS,

DOUTES SUR LE SYSTÈME PHYSIQUE

DES

CAUSES OCCASIONNELLES.

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SUR LE SYSTÈME PHYSIQUE

DES

CAUSES OCCASIONNELLES.

CHAPITRE PREMIER.

Occasion de l'Ouvrage.

Rien n'a fait plus de bruit parmi le petit nombre de gens qui se mêlent de penser, que la dispute qui existe entre les deux premiers philosophes du monde, le P. Malebranche et Arnauld. On a eu avec raison une attention particulière sur les différens combats qu'ils se sont livrés; on a cru que si jamais la vérité a pu être éclaircie par ce moyen, elle l'allait être. J'ai été spectateur comme les autres, moins intelligent sans doute, mais peut-être plus appliqué par la raison que je vais dire. Je n'avais jamais goûté le système du P. Malebranche, sur les Causes occasionnelles , quoique j'enconnusse assez bien la commodité et même la magnificence. Je ne réponds pas que le préjugé des sens et de l'imagination n'eût formé d'abord en moi cette opposition à une idée fort contraire assurément aux idées communes; mais enfin, je m'étais défié de ce préjugé, et par les avertis

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