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l'attraction ne sembleraient qu'à peine y pouvoir atteindre. Cette loi des carrés n'est donc pas une loi générale de la nature.

· VIII.

Les deux corps A et B, égaux en masse, s'attirent avec une force égale, si l'on n'y considère rien de plus : mais cela subsiste-t-il encore, si A, toujours de la même masse, a un plus grand volume que B? Il semble que la force de A soit plus dispersée; mais, d'un autre côté, elle embrassera mieux B, et avec quelque avantage.

IX.

Si A et B, égaux en masse et en volume, ne diffèrent qu'en ce que l'un est solide et l'autre fluide, ontils une force égale? ou quelle sera la différence de leurs attractions ?

Les corps A, B, et C, égaux, étant rangés sụr la même ligne et avec des distances égales, l'action mutuelle des deux extrêmes A et C passe-t-elle au travers de B, ou y est-elle arrêtée ?

XI.

Mais une chose encore plus importante, c'est de savoir si, avec l'attraction, quelle qu'en soit la loi, on admettra aussi la force centrifuge ? Un corps circulant, sera attiré, ou vers le centre, ou vers la circonférence

du cercle qu'il décrit, et en même temps il tendra , par sa force centrifuge, à s'éloigner du centre. Cette force, dans le premier cas, diminue donc l'effet de l'attraction; et dans le second, elle l'augmente. L'un ou l'autre cas arrive perpétuellement, sans exception ; et les effets toujours certainement altérés par la force centrifuge, le devraient être sensiblement, du moins en quelques occasions rares. Mais cela ne se rencontre jamais : les effets de l'attraction sont toujours purs et sans mélange, à cet égard, dans le système newtonien, et par conséquent ce système est incompatible avec la force centrifuge. Cependant c'est une force bien réelle, bien démontrée, bien reconnue, même de ceux qui en reconnaissent encore quelques autres.

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Malgré tout cela , dira-t-on, il est de fait que le système newtonien répond juste à tous les phénomènes. Comment est-il si heureux, s'il est faux ?. Je conviens qu'il répond juste aux phénomènes célestes; et il ne laisse pourtant pas d'être faux. Ce paradoxe demande, une assez longue explication.

Les astronomes n'avaient point encore de règle généralé pour la détermination des différentes distances des planètes au soleil, lorsque Kepler conçut; en homme d'esprit et en grand philosophe, que, comme tout est lié dans la nature, ces distances inconnues pourraient bien avoir quelque rapport aux révolutions de ces mêmes planètes autour du soleil, dont les temps étaient bien certainement connus.

Il chercha ce rapport, et il trouva 'cette belle règle

qui immortalisera son nom, que les distances sont comme les racines cubiques des carrés des révolutions. Ce rapport ne fut tiré d'aucun principe connu d'ailleurs, ni même adapté à rien d'établi : ce n'est qu'un simple fait qui n'a pu résulter que d'un nombre affreux de calculs très embarrassés ; et par là même il pouvait légitimement être suspect; mais toutes les observations de tous les astronomes se sont toujours accordées à le confirmer. C'est déjà une loi fondamentale du ciel.

D'un autre côté, Huyghens a très ingénieusement découvert l'expression de la loi de la force centrifuge, adoptée pareillement de tout le monde, mais parce qu'elle était prouyée bien géométriquement.

Enfin, le fameux livre de Newton est entièrement fondé sur le principe des attractions en raison inverse des carrés des distances, principe qui s'accordait avec la règle de Kepler, et par conséquent ne pouvait être combattu par les faits ou les observations astronomiques.

Mais comme les Cartésiens avaient les 'attractions en horreur, et qu'ils se flattaient de les avoir bannies pour jamais, ils attaquèrent le système newtonien, et firent voir qu'en appliquant aux corps célestes les forces centrifuges de Huyghens, et en les supposant en équilibre entre eux, il en naissait nécessairement la règle de Képler, et même le principe fondamental du livre de Newton, pourvu seulement qu'on veuille bien appeler force centrifuge ce qu'il appelait attraction. Je ne puis m'empêcher de dire ici, quoique sans nécessité, que la règle de Kepler, démontrée géométriquement, et par les premières idées, me paraît une chose d'un grand prix.

Si avant que de donner son livre, Newton avait su cela , soit par quelque ouvrage d'un autre, soit par sa seule pénétration, qui sans doute allait au plus haut point, il n'aurait fait, quant à l'essentiel, que changer le nom de force centrifuge en celui d'attraction, et masquer un système connu pour le produire comme nouveau. Mais il n'est pas apparent qu'un aussi grand homme ait été capable de tant d'adresse. On peut fort bien ne pas s'apercevoir que la règle de Kepler tire son origine d'un certain degré de mouvement précis imprimé à tout le système solaire, unique entre une infinité d'autres également possibles , et qu'il faut de plus qu'il y ait équilibre, et équilibre très durable, entre les planètes de ce système, mais entre des couches sphériques qui les contiendront, ainsi qu'il a été prouvé dans la théorie (30). Encore une chose qui pouvait empêcher Newton de donner dans ces idées , c'est que ces couches demandent le plein , et lui était persuadé du vide. Quoi qu'il en soit, il est de fait qu'il a vu la contestation assez échauffée entre ses sectateurs et les Cartésiens ; qu'ils y ont mis en avant l'équilibre, point très important et nouveau, et qu'il a toujours été spectateur tranquille de tout, sans y prendre aucune part.

XIII.

non

Venons au plein , qui n'a été que supposé dans notre Théorie.

Certainement il n'y a guère d'idée en nous plus ancienne que celle du vide : tous les enfans l'imaginent partout où ils ne voient rien, et une infinité d'hommes pensent à peu près de même toute leur vie. Selon

les philosophes, qui ont eux-mêmes conservé cette idée si naturelle , il y a l'espace distinct de la matière dont il est le lieu, et où elle peut également être ou n'être pas placée. On ne peut concevoir cet espace qu'infini, et de plus incréé; et ce second point doit faire de la peine. L'espace serait un être réel semblable à Dieu ; d'ailleurs, il ne serait ni matériel ni spirituel.

XIV.

Si la matière est infinie, il y a autant de matière que d'espace; tout est plein, et l'idée forcée d'espace devient tout-à-fait inutile : la matière sera elle-même son lieu , parce qu'elle ne peut exister autrement. Il est vrai qu'alors on tombe, à l'égard du mouvement, dans des difficultés qui peuvent paraître considérables. La matière toute en masse ne peut se mouvoir en ligne droite, puisqu'elle n'a pas où aller ; elle ne peut non plus se mouvoir circulairement; car il n'y a point de centre dans l'infini : une sphère infinie enfermerait contradiction, puisque toute figure est ce qui est terminé extérieurement. Mais tous les inconvéniens seront levés, si l'on conçoit la masse infinie de la matière divisée en une infinité de sphères finies. Ce sont là les fameux tourbillons de Descartes, dont ceci prouve la nécessité, dans l'hypothèse du plein et de l'infinité de la matière. Ils avaient déjà par eux-mêmes une grande apparence de possibilité, et même, pour ainsi dire, un certain agrément philosophique.

XV.

Si la matière est finie , elle ne serait toujours, par

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