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à deux choses qui naissent de deux attributs de Dieu : je ne crois pas que ces attributs se donnent les uns aux autres des modifications et des restrictions.

Mais ce n'est pas là de quoi il est question présentement. Il me suffit d'avoir prouvé que quand Dieu exécute un dessein, sa première intention est de l'exécuter pleinement, ensuite le plus simplement qu'il se puisse.

Le dessein de Dieu est qu'il y ait des planètes qui se meuvent sans cesse, des animaux qui se succèdent sans cesse les uns aux autres, etc.; et pour cela il faut que les parties de la matière aient des mouvemens inégaux, et se les communiquent.

se

Supposé, comme le prétendent les Cartésiens, que les corps n'aient nulle force mouvante, il ne présente à Dieu que deux moyens d'exécuter son dessein :

Ou de mouvoir inégalement les corps à chaque instant, selon ce dessein;

Ou d'établir une Cause occasionnelle de l'inégale distribution des mouvemens telle que le choc.

C'est-à-dire, qu'il faut que Dieu remue inégalement les corps sans s'assujétir à rien qu'à son dessein, ou en s'assujétissant à une Cause occasionnelle.

Sur quoi je raisonne ainsi.

En cas que Dieu s'assujétisse à une Cause occasionnelle, ou son dessein est aussi pleinement exécuté que s'il ne s'y assujétissait pas, ou il n'est pas aussi pleinement exécuté.

Si le dessein n'est pas aussi pleinement exécuté, Dieu ne s'assujétira point à la Cause occasionnelle. Car l'autre manière d'agir sera plus sage, et par con

TOM. III.

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séquent elle l'emporterait, fût-elle moins simple en elle-même.

Si le dessein de Dieu est aussi pleinement exécuté par la voie de la Cause occasionnelle, voilà les deux manières égales quant à la sagesse ; c'est à la simplicité à décider.

Comparons-les donc toutes deux sur la simplicité.

De manière ou d'autre, Dieu ne distribuera pas moins de mouvemens inégaux, ni à moins de corps différens. Mais établir une Cause occasionnelle, c'est assurément prendre un circuit, et un circuit qui, selon la supposition présente, ne contribue en rien à une exécution plus pleine et plus entière du dessein.

Cela décidé, il serait donc contre la simplicité, telle que nous l'avons définie, que Dieu établît une Cause occasionnelle.

Comment voudrait-on que la simplicité de l'action de Dieu vînt d'une chose étrangère à laquelle il aurait égard, et à laquelle il ne servirait de rien qu'il eût égard? Au contraire, cela même qu'il enfermât sans nécessité une chose étrangère dans son action, en détruirait entièrement la simplicité.

Si l'on dit qu'il faut que Dieu établisse une Cause occasionnelle pour agir avec uniformité, ce n'est pas l'uniformité dont il est question présentement; car l'uniformité et la simplicité ne sont pas la même chose, quoique sur cette matière-ci on les confonde assez volontiers, et peut-être assez utilement pour les desseins que l'on a mais l'uniformité elle-même, nous l'allons traiter amplement; je crois avoir assez combattu la simplicité que l'on vante tant dans le système des Causes occasionnelles..

CHAPITRE V.

Qu'il semble que, dans le Système des Causes occasionnelles, Dieu n'agit point par des lois générales.

Agir avec uniformité, agir par des lois ou volontés générales, ce sont là de belles idées, et on voit bien qu'il faut qu'elles conviennent à Dieu. Mais qu'est-ce que des lois générales? Qu'est-ce que l'uniformité qui doit être dans l'action de Dieu? Je doute qu'on le sache tout-à-fait bien. On attribue à Dieu ces mots là, et on n'entend pas trop la chose qu'on lui attribue. Examinons cette matière avec un peu de soin.

L'action par laquelle un être intelligent agit hors de lui, a deux rapports, l'un à son dessein et à la fin qu'il se propose, l'autre à la nature du sujet sur lequel il agit.

:

Elle ne peut avoir d'autre rapport au dessein que de l'exécuter mais à la nature des objets, elle en peut avoir trois différens; ou d'être précisément telle que le demande la nature de ce sujet, ou d'être au-delà de ce qu'elle demande, et en quelque façon contre, ou d'être telle que la nature de ce sujet y soit indifférente. Je m'explique.

Si je veux faire une machine qui sonne les heures, je prends des pièces de métal, et les arrange ou les façonne d'une certaine manière : cette action est indifférente à la nature de ces pièces de métal, car de leur nature elles ne demandent point d'être façonnées ou arrangées d'une manière plutôt que d'une autre.

Mais ces pièces de métal étant devenues une machine par la figure et l'arrangement que je leur ai donnés,

elles prennent une nouvelle nature; il ne faut plus les considérer simplement comme de la matière; il les faut considérer comme une machine.

La nature d'une machine est qu'après avoir reçu du mouvement de dehors, elle exécute ensuite, étant abandonnée à elle-même, le dessein pour lequel on l'a faite.

Ainsi, lorsque je donne du mouvement à cette machine, j'agis selon que sa nature le demande.

Mais si je n'avais pu la disposer si bien, que le mouvement que je lui donnerais une fois lui fit sonner naturellement les heures, et qu'il fallût que j'allasse les lui faire sonner toutes de ma main, alors j'agirais audelà de la nature de cette machine, ou même, si vous voulez, contre; car la nature d'une machine exclut qu'après lui avoir donné du mouvement, on lui fasse faire ce qu'elle n'eût pas fait d'elle-même.

Une action est uniforme, lorsqu'elle a toujours le même rapport, tant au dessein qu'à la nature du sujet.

Ainsi, une action qui exécute un dessein peut être uniforme en trois manières.

Ou étant toujours selon la nature du sujet, ou toujours au-delà, ou lui étant toujours indifférente.

Ces trois sortes d'uniformités sont entièrement égales, prises précisément dans l'espèce d'uniformité : cependant trois actions qui auraient ces différens rapports, ne seraient pas également parfaites.

Que je donne toujours en des temps réglés du mouvement à une machine qui n'a besoin que de cela pour sonner les heures, ou que j'aille lui faire sonner toutes les heures de ma main, ou que, sans avoir fait une machine, je sonne toutes les heures en frappant

deux pièces de métal l'une contre l'autre, ce qui sera une chose indifférente à ces deux pièces de métal qui ne sont simplement que de la matière; ces trois actions, quoique d'une égale uniformité, ne sont pas d'une perfection égale. Il n'y a que la première qui soit parfaite, parce qu'elle suppose que parmi toutes les dispositions possibles où la nature de ces pièces de métal souffrait que je les misse, j'ai justement choisi celle où elles sonneront d'elles-mêmes les heures, pourvu qu'on leur donne ce que toute machine demande, c'est-à-dire du mouvement. Ainsi, j'ai confié l'exécution de mon dessein à la nature seule des sujets sur lesquels j'agis; et dans tous les effets qu'elle produit d'elle-même, elle ne fait plus que m'obéir. Mon dessein lui est si exactement proportionné, que tout ce qu'il demande, elle le demande aussi, et je ne puis rien faire pour elle qui ne me conduise à ma fin. Il est de ma sagesse de n'avoir formé sur les sujets que des desseins que leur nature pouvait exécuter, et il est de mon intelligence de les avoir mis justement dans les dispositions où leur nature seule devait exécuter mes desseins. Si j'ai choisi ce dessein proportionné à leur nature, et cette disposition proportionnée à mon dessein, parmi une infinité d'autres desseins et d'autres dispositions, je suis d'une sagesse et d'une intelligence infinies.

La seconde sorte d'action est imparfaite de l'une ou de l'autre de ces deux manières. Si les pièces de métal ont pu être disposées de sorte qu'elles sonnassent les heures sans que j'y misse la main, j'ai manqué d'intelligence de ne pas m'aviser de cette disposition: si elles n'ont jamais pu être disposées de cette sorte, j'ai man

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