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défendre une telle cause, ni l'éloquence de Bourdaloue ni le savoir de Bossuet ". Aux ministres de la religion est venu se joindre, comme antagoniste de Molière et de la comédie, le plus éloquent, le plus dialecticien des sophistes du xville siècle et le plus dangereux ennemi du christianisme. Jean-Jacques Rousseau a été plus loin peut-être , dans ses attaques contre Molière et la comédie, que Nicole, Bourdaloue et Bossuet; et cependant l'admiration pour le génie de Molière n'a cessé de s'accroître ; jamais nous n'avons été plus généralement, plus constamment, plus fortement dominés par la passion du théâtre. Les licences contre les bonnes meurs, si justement reprochées à Molière, n'ont fait depuis, malgré les efforts des pasteurs de l'Eglise, des moralistes et quelquefois des gouvernements, qu’usurper une large part sur la scène française : ces licences sont parvenues à un degré de dévergondage tel qu'il faut, dans les temps qui ont précédé la renaissance des lettres en Europe, reculer jusqu'au siècle d'Aristophane pour trouver des exemples qui les égalent.

? L'abbé D'AUBIGNAC, Dissertation sur la condamnation des théâtres ; Paris, 1666, in-12. - Bossuet, Maximes et réflexions : sur la comédie ; 1694, in-12, p. 18 et 19.

CHAPITRE XI.

1673.

Séjour de madame de Sévigné à Grignan. – Fête donnée à Gri

gnan le 23 juillet, en réjouissance de la prise de Maëstriclit par Louis XIV. – Causes de l'interruption de la correspondance entre Bussy et madame de Sévigné. – Bussy continue toujours à solliciter sa rentrée au service. — Sa liaison avec l'abbé de Choisy. - Liaison de l'abbé de Choisy avec madame Bossuet. - Bruit auquel cette correspondance donne lieu. - Elle cesse par la faute de Bussy. – Bussy cherche à marier sa fille ainée; le marquis de Coligny et le comte de Limoges se présentent. — Correspondance du comte de Limoges avec Bussy. — Bussy obtient la permission d'aller à Paris pour ses affaires. — Il renoue sa correspondance avec madame de Sévigné, avec la marquise de Courcelles et avec Corbinelli. — Attachement de Corbinelli pour madame de Sévigné. - Des personnes qui s'intéressent à Corbinelli. – Pourquoi il ne pouvait parvenir à rien. – Sa philosophie. -Ses sentiments religieux. — Ouvrage qu'il avait composé. — Il s'applique à l'étude de la philosophie de Descartes. — Proposition de madame de Grignan sur la liberté de l'âme. — Bien démontrée, selon Corbinelli, dans le traité de Louis de la Forge sur l'esprit de l'homme. Détails sur ce traité. — Influence de la philosophie de Descartes à cette époque. — Caractère de cette philosophie. Elle se perd dans le mysticisme, et prépare le règne de la philosophie sensualiste.

- De ses partisans et de ses adversaires. — Les femmes prennent part à ces hautes discussions. — De mademoiselle du Pré et de madame de la Vigne, et de leur correspondance avec Bussy.

– Arrêt burlesque de Boileau. — Jugement sur le livre de Louis de la Forge. — Philosophie de madame de Sévigné. — Ses opinions religieuses sont puisées dans saint Augustin et dans les écrits des jansénistes. — Ses objections contre le cartesianisme. – Résultat des conférences tenues à Grignan sur ces graves matières.

Madame de Sévigné se confirme dans ses croyances. - Madame de Grignan devient sceptique ; – Corbinelli, dévot mystique. — Le livre des maximes de Corbinelli. - Sa liaison avec madame le Maistre. — Le séjour de Grignan devait peu plaire à madame de Sévigné. — Elle se prépare à partir, et à retourner à Paris.

Madame de Sévigné avait tout le loisir de s'intéresser aux nouvelles du monde, de la littérature et du théâtre. Lorsqu'elle reçut les lettres de madame de Coulanges et de madame de la Fayette dont nous avons parlé, elle ne voyageait plus, elle ne s'occupait plus de la Provence ni des Provençaux ; elle n'était plus à Aix , elle était à Grignan. Le lieutenant général gouverneur s'y était transporté pour y passer la belle saison, et madame de Sévigné jouissait encore, sans aucune jalouse distraction, du bonheur de s'entretenir avec sa fille à tout instant du jour, de la voir agir et commander dans son château, entourée de ses vassaux et de sa noble famille.

Après la prise de Maëstricht par Louis XIV, la joie fut telle à Paris que l'on alluma des feux et qu’on chanta le Te Deum sans aucun ordre de l'autorité. Ces démonstrations d'enthousiasme pour le succès des armes françaises furent imitées dans presque toutes les villes du royaume'. Dans une des gazettes du mois d'août, on lit l'article suivant ? :

« A GRIGNAN, en Provence, le 23 juillet , le comte o de Grignan fit chanter le Te Deum, par deux cheurs a de musique, dans l'église collégiale, où il se trouva « avec plusieurs personnes de qualité; et sur le soir il « allama dans la place publique un grand feu qu'il avait

· Lettre de COLBERT à Louis XIV, Paris , 4 juillet 1673, dans Louis XIV, Euvres, t. III, p. 413. 2 Gazettes, Recucil de l'année 1673, in-4', 1674, p. 755 et 73.

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« fait préparer, et qui fut exécuté aux fanfares des trom« pettes et avec décharge de canons. »

Madame de Sévigné assista à cette fête avec tous les habitants de Grignan : huit jours auparavant elle avait, par une lettre datée de ce lieu , renoué sa correspondance avec Bussy, interrompue depuis un an

Cette interruption s'explique facilement. Les guerres interminables dans lesquelles Louis XIV se trouvait engagé par ses ambitieux desseins avaient persuadé à Bussy que tôt ou tard on aurait besoin des talents militaires et de la bravoure qu'on lui connaissait, et que, s'il ne revenait pas en faveur, on se trouverait en quelque sorte forcé, par le manque de bons généraux, de l'employer à son grade. Aussi cherchait-il à se mettre en état que le roi le fìt sans répugnance; il tâchait de se faire des appuis parmi ceux qui entouraient le monarque, et il entretenait pour cet effet une nombreuse correspondance ?. Des fragments de ses Mémoires à la louange du roi, des sonnets, des rondeaux, des madrigaux étaient surtout envoyés par lui au duc de Saint-Aignan, qui aimait et admirait les productions de son esprit et qui lui-même composait des vers plus médiocres que les siens 3. Dans la galerie de son château Bussy avait un grand portrait de Louis XIV à cheval, au-dessous duquel il avait mis cette inscription :

LOUIS QUATORZIEME, ROY DE FRANCE,

ARBITRE DE L'EUROPE, * SÉVIGNÉ, Lettres (15 juillet 1673), t. III, p. 164, édit. G.; T. JII, p. 90, édit. M.

2 Bussy-RABUTIN, Lettres, t. IV et V; Paris , 1737, Suite des moires du comte de Bussy-Rabutix, Mss. de la biblioth. de l'Institut.

3 Bussy, Mém. mss. (25 mars 1673), p. 21 verso (4 avril 1674), t. V, p. 331.

FORT CONSIDÉRÉ ET MÊME CRAINT
DANS LES AUTRES PARTIES DU MONDE,

AIMABLE ET TERRIBLE,
LE PLUS BRAVE ET LE PLUS GALANT

PRINCE DE LA TERRE ".

La correspondance qu'il avait continuée assidûment avec sa cousine lui était doublementintéressante, non-seulement parce qu'il n'avait jamais cessé d'être charmé de sa personne et de son esprit, mais aussi parce que, par le grand nombre d'amis qu'il lui connaissait et par ses liaisons avec de Pomponne, il espérait bien employer le secours de sa parenté pour la réussite de ses projets. Mais, sous ce dernier rapport, ce n'était que lorsque madame de Sévigné habitait Paris que les lettres qu'il recevait d'elle pouvaient intéresser son ambition. Aussi, quand elle était aux Rochers, lui écrivait-il moins souvent. Cependant les relations de madame de Sévigné avec le duc de Chaulnes et d'autres personnages puissants de Bretague étaient une considération qui lui faisait mettre quelque régularité dans sa correspondance. Il en fut tout autrement quand elle s'en alla voir sa fille; son éloignement de Paris faisait disparaître pour Bussy la possibilité de la faire intervenir en sa faveur , et le séjour en Provence lui ôtait l'espoir de recevoir des lettres d'elle utiles à ses projets, et lui donnait la crainte d'y trouver des motifs de contrariété. Il détestait les Grignan, et les Grignan ne l'aimaient pas; de sorte que, hormis ce qui avait trait à madame de Sévigné et à sa fille, il ne désirait rien savoir de ce qui se passait autour d'elles. Voilà sans doute le motif qui fit que Bussy

Bussy, Suite des Mém. mss., p. 22 et 23 (30 mars 1673). C'est une réponse à l'abbé Fléchier, qui venait d'être reçu de l'Académie,

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