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Ces doux ramages,

Ce beau séjour
Nous invite à l'amour.
DEUXIÈME MENUET. — TOUS DEUX ENSEMBLE.

Vois, ma Climène,

Vois, sous ce chêne,
S'entre-baiser ces oiseaux amoureux :
Ils n'ont rien dans leurs veux

Qui les gène;
De leurs doux feux
Leur àme est pleine.

Qu'ils sont heureux !
Nous pouvons tous deux ,

Si tu le veux,

Être comme eux. (Six autres Français viennent après, vêtus galamment à la poitevive,

trois en hommes et trois eu femmes , accompagnés de huit flûtes et de hautbois , et dansent les menuets,

SIXIÈME ENTRÉE. Tout cela finit par le mélange des trois nations, et les applaudissements

en danse et en musique de toute l'assistance, qui chante les deux vers

qui suivent : Quels spectacles charmants ! quels plaisirs goûtons-nous ! Les dieux mèmes, les dieux n'en ont point de plus doux.

FIN DU BOURGEOIS GENTILHOMME.

LES

FOURBERIES DE SCAPIN,

COMÉDIE (1671).

PERSONNAGES.

ACTEURS. ARGANTE, père d'Octave et de Zerbinette. HUBERT. GÉRONTE, père de Léandre et d'Hyacinthe. DU CROISY. OCTAVE, fils d'Argante, et amant d'Hyacinthe. BARON. LÉANDRE, fils de Géronte, et amant de Zerbinette.

LA GRANGE. ZERBINETTE, crue Égyptienne, et reconnue

fille d'Argante, et amante de Léandre. Mlle BEAUVAL. HYACINTHE, fille de Géronte, et amante d'Octave.

Mlle MOLIÈRE. SCAPIN, valet de Léandre, et fourbe.

MOLIÈRE. SILVESTRE, valet d'Octave.

LA THORILLIÈRE. NÉRINE, nourrice d'Hyacinthe.

DE BRIE.
CARLE, fourbe.
DEUX PORTEURS.

La scène est à Naples.

ACTE PREMIER.

SCÈNE PREMIÈRE.
OCTAVE, SILVESTRE.

OCTAYE.

Ah! fâcheuses nouvelles pour un caur amoureux ! dures extrémités où je me vois réduit ! Tu viens , Silvestre, d'apprendre au port que mon père revient?

SILVESTRE.

Oui.

OCTAVE.

Qu'il arrive ce matin même ?

SILVESTRE.

Ce matin même.

OCTAVE

Et qu'il revient dans la résolution de me marier ?

SILVESTRE.

Oui.

OCTAVE. Avec une fille du seigneur Géronte ?

SILVESTRE,
Du seigneur Géronte.

OCTAVE.
Et que cette fille est mandée de Tarente ici pour cela ?

SILVESTRE.
Oui.

OCTAVE.
Et tu tiens ces nouvelles de mon oncle ?

SILVESTRE.
De votre oncle.

OCTAVE.
A qui mon père les a mandées par une lettre?

SILVESTRE.
Par une lettre.

OCTAVE.
Et cet oncle, dis-tu, sait toutes nos affaires ?

SILVESTRE.
Toutes nos affaires..

OCTAVE. Ah ! parle, si tu veux, et ne te fais point, de la sorte, arracher les mots de la bouche.

SILVESTRE. Qu'ai-je à parler davantage ? vous n'oubliez aucune circonstance, et vous dites les choses tout justement comme elles sont.

OCTAVE Conseille-moi, du moins, et me dis ce que je dois faire dans ces cruelles conjonctures.

SILVESTRE. Ma foi, je m'y trouve autant embarrassé que vous ; et j'aurais bon besoin que l'on me conseillât moi-même.

OCTAVE.
Je suis assassiné par ce maudit retour.

SILVESTRE.
Je ne le suis pas moins.

OCTAVE Lorsque mon père apprendra les choses, je vais voir fondre sur moi un orage soudain d'impétueuses réprimandes.

SILVESTRE. Les réprimandes ne sont rien; et plut au ciel que j'en fusse quitte à ce prix ! mais j'ai bien la mine, pour moi, de payer

plus cher vos folies, et je vois se former, de loin, un nuage de coups de bâton qui crèvera sur mes épaules.

OCTAVE.
O ciel ! par où sortir de l'embarras où je me trouve ?

SILVESTRE.
C'est à quoi vous deviez songer avant que de vous y jeter

OCTAVE.
Ah! tu me fais mourir par tes leçons hors de saison.

SILVESTRE.
Vous me faites bien plus mourir par vos actions étourdies.

OCTAVE. Que dois-je faire ? Quelle résolution prendreA quel remède recourir ?

SCENE II.

OCTAVE, SCAPIN, SILVESTRE.

SCAPIN. Qu'est-ce, seigneur Octave ? Qu'avez-vous ? Qu'y a-t-il Quel désordre est-ce là ? Je vous vois tout troublé.

OCTAVE Ah! mon pauvre Scapin, je suis perdu; je suis désespéré, je suis le plus infortuné de tous les hommes.

SCAPIN.
Comment ?

OCTAVE.
N'as-tu rien appris de ce qui me regarde ?

SCAPIN.
Non.

OCTAVE. Mon père arrive avec le seigneur Géronte, et ils me veulent marier.

SCAPIN.

Eh bien ! qu'y a-t-il là de si funeste ?

OCTAVE.
Hélas ! tu ne sais pas la cause de mon inquiétude ?

SCAPIN. Non; mais il ne tiendra qu'à vous que je la sache biertut; et je suis homme consolatif , homme à m'intéresser aux affaires des jeunes gens.

OCTAVE. Ah! Scapin, si tu pouvais trouver quelque invention, for. ger quelque machine, pour me tirer de la peine où je suis, je croirais l'être relevable de plus que de la vie.

SCAPIN.

A vous dire la vérité, il y a peu de choses qui me soient impossibles, quand je m'en veux mêler. J'ai sans doute reçu du ciel un génie assez beau pour toutes les fabriques de ces gentillesses d'esprit, de ces galanteries ingénieuses, à qui le vulgaire ignorant donne le nom de fourberies ; et je puis dire, sans vanité, qu'on n'a guère vu d'homme qui fût plus habile ouvrier de ressorts et d'intrigues, qui ait acquis plus de gloire que moi dans ce noble métier. Mais, ma foi, le mérite est trop maltraité aujourd'hui; et j'ai renoncé à toutes choses depuis certain chagrin d'une affaire qui m'arriva.

OCTAVE

Comment ! quelle affaire, Scapin ?

SCAPIN

Une aventure où je me brouillai avec la justice.

OCTAVE.
La justice ?

SCAPIN.
Oui; nous eûmes un petit démêlé ensemble.

SILVESTRE.

Toi et la justice ?

SCAPIN. Oui. Elle en usa fort mal avec moi; et je me dépitai de telle sorte contre l'ingratitude du siècle, que je résolus de ne plus rien faire. Baste ! Ne laissez pas de me conter votre aventure.

OCTAVE.

Tu sais, Scapin, qu'il y a deux mois que le seigneur Géronte et mon père s'embarquèrent ensemble pour un voyage qui regarde certain commerce où leurs intérêts sont mêlés.

SCAPIN.

Je sais cela.

OCTAVE.

Et que Léandre et moi nous fùmes laissés par nos pères, moi sous la conduite de Silvestre, et Léandre sous la direction.

SCAPIN.
Oui. Je me suis fort bien acquitté de ma charge.

OCTAVE.
Quelque temps après, Léandre fit rencontre d'une jeune
Egyptienne, dont il devint amoureux.

SCAPIN. Je sais cela encore.

OCTAVE. Comme nous sommes grands amis, il me fit aussitot confi.

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