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Pour vous, dont la justice égale le courage,
Vous ne dévouez point un grand peuple au carnage ;
Avec nous, déplorant la guerre et ses fléaux,
Vous invoquez la paix, seul terme à tant de maux,
Seul espoir de la France et de l'Europe entière.

Si, pour fermer de Mars l'orageuse carrière,
Si, pour revoir des jours plus calmes et plus doux,
Notre sang suffisait, nous le verserions tous.
Mais à quel prix jouir de cette paix chérie ?
Nous faut-il lâchement trahir notre patrie ?
Nous rendre sans combat ?.... le mot n'est pas français :
On peut nous écraser; nous avilir ?.... jamais !

Près de toi, Friesenheim, trouvant les thermopyles,
Avec des ennemis aussi nombreux qu'habiles ,
Huit heures, nous luttons d’un effort peu commun;
Ah! comment triompher? ils sont trente contre un !
Mais, de lenr vaillant chef l'estime nous entoure ;
De Sacken (1) est ici notre juge en bravoure.

Parmi nous que de morts ..... ce sont les plus heureux !
Les autres vont partir pour un exil affreux;

(1) Le Général Baron de Sacken, établi chez S. A. S. le Prince d’Y sembourg-Birstein, beau-frère du jeune élève de l'abbé français, a traité avec, la plus haute distinction les braves prisonniers de la redoute de Friesenheim et applaudi aux secours qui leur etaient prodigués de toutes parts. On a spécialement admiré le trait de bonté spontanée d'une pauvre servante qui s'empressa de couvrir un de nos soldats blessé et presque nu , de son grand tablier , le seul qu'elle avait peut-être.

En hiver, demi-nus, réduits à l'indigence,
Votre cæur bienfaisant est notre providence :
De nos tristes blessés vous calmez les douleurs,
La valeur malheureuse a fait couler vos pleurs ,
Et dans vos ennemis, ( de nom seul nous le sommes ),
L'illustre d'Y sembourg (1) n'a plus vu que des hommes;
De ce touchant exemple imitateur jaloux,
Le pauyre même ici s'est depouillé pour nous.

Oui, de l'humanité votre ville est le temple;
C'est en lui souriant que le Ciel la contemple :
S'il maudit la vengeance aux entrailles d’airain ;
Combien il doit bénir le peuple palatin!
Ah ! qu'il daigne, acquittant notre reconnaissance,
A vos caurs préparer leur noble récompense!

Peut-être

que

bientôt ce Ciel consolateur Va nous rendre la paix, la France et le bonheur;

(1) Enchantée de l'accueil flatteur que le Général russe faisait au v2. leureux Major et à ses intrépides frères d'armes, qui n'avaient cédé le terrain qu'après avoir répandu des flots de sang, la Princesse d’Ysembourg lui dit : « Vous permettez donc de secourir ces braves, dont la

défaite est aussi glorieuse qu'une victoire ? » Comment, si je le per» mets, Madame ? je vous en prie et vous en conjure, lui répond vive, 'ment le preux et loyal guerrier. » De son côté, l'excellent Prince, aîné de la famille, Général-Major du Grand-DucdeBade et Colonel d'un régiment de hussards bavarois, avait donné sa parole d'honneur à l'abbé français de bien ménager, s'il y pénétrait en vainqueur, le beau pays de France et surtout la Champagne ; parole qu'il a tenue d'autant plus rey ligieusement qu'il appréciait mieux la valeur française, et puis le sang de Charles-Théodore coulait dans ses veines,

Alors, déposant tous des armes meurtrières,
Vous aimant en voisins, vous embrassant en frères,
Bon peuple de Manheim, les prisonniers français
Reconnaîtront enfin vos généreux bienfaits (1) !

(1) Les prisonniers français, dont les trois quarts étaient restés sur le champ de bataille, après avoir fait des prodiges de valeur et tué une bonne partie de la division russe, ne pouvaient demeurer long-temps dans une ville hospitalière encombrée de troupes ennemies. Il leur fallut en partir le 4 janvier , et l'ordre de ce brusque départ ne fut connu que la veille au soir. La pièce de vers intitulée : Adieux aux bons habitans de Manheim fut alors composée de très-grand matin et courut partout sans nom d'auteur. Le portrait du Chevalier de Crac y parut d'une exacte ressemblance, et, amusa d'autant plus que le pseudo-français, ce Colonel pour rire, n'osait se présenter devant son Commandant en chef, ni devant le brave régiment de cavalerie palatino-badoise, que Napoléon avait surnommé l’invincible. L'indulgence publique excusa la faiblesse des vers en faveur du sentiment qui les avait dictés , et peut-étre qu'en tâchant d'exprimer la reconnaissance des prisonniers français, ils contribuèrent un peu à rendre plus vif encore le dernier élan de la bienfaisance manbémienne pour la bravoure et le malheur.

SÉANCE DU 19 NOVEMBRE 1830.

MONSIEUR LE PRÉSIDENT ET MESSIEURS,

DANS votre dernière Séance, vous avez bien voulu agréer l'hommage que je désirais vous faire d'une centaine de volumes allemands pour la bibliothèque de notre Société d'Agriculture, Sciences, Arts et Belles-Lettres. Vous m'avez permis, en même temps, d'y joindre une courte notice sur la vie et les ouvrages de chaque auteur. Je commencerai donc par vous parler du poëte Klopstock, dont je dépose ici la Messiade en quatre tomes, et du poëte Matthisson , en vous offrant son petit volume de vers, avec les vingt volumes de son Anthologie, ou choix de poésies allemandes.

1° Klopstock, né en 1724, mort en 1803, osa le premier dégager la poésie des entraves de la rime; il est regardé comme le guide et le modèle des poëtes allemands qui, depuis plus d'un demi-siècle, rivalisent de talens et d'efforts pour faire revivre dans leur riche idiôme le rhythme harmonieux des Grecs et des Latins. Aucun écrivain n'a rendu autant de services à la langue et à la littérature de son pays.

Ses ouvrages en prose, fort inférieurs à ses ouvrages en vers, ont pour titre: République des lettres en Allemagne; Traité de l'Orthographe; Dialogues grammaticaux ; Fragmens sur la Langue elila Poésie : il y a des vues utiles mêlées de bien des paradoxes. La meilleure de ses tragédies est celle d'Adam, en mètre composé diambes et d'anapestes , avec des cheurs, à la manière antique, à-peu-près comme ceux d'Athalie et d'Esther. Dans ses élégies respirent la douceur, la délicatesse et la pureté du sentiment: c'est Tibulle avec moins de grâces, mais plus de décence et de chasteté. Il a donné quelques petits poëmes d'un nouveau genre, intitulés Bardiètes, du mot latin Barditus, employé par Tacite pour désigner le chant du combat ou chant des Bardes chez les belliqueux Germains. Ces Bardiètes, en style un peu oriental, se rapprochent de la tragédie par leur forme dramatique , set de l'épopée par les exploits qui y sont racontés ; la plus remarquable de ces pièces héroïco-dramatiques est celle d'Hermann, (1 Arminius des Romains), divisée en trois parties , la bataille et la victoire du héros, les dissensions des chefs teutons et la mort siolente du vengeur de la liberté de sa patrie.

La Messiade , suite et complément du Paradis perdu., qui paraît être le majestixelxx portique de ce vaste temple élevé à la délivrance du genre humain, la Messiade, exaltée d'abord en Alternagne a reciun enthousiasme presque exclusif, et portée aux nues dans l'ode française de Chenedollé, ca eu sensuíte

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