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D'ANALYSE LITTÉRAIRE

comprenant

DES LEÇONS ET MODÈLES DE CRITIQUE SUR LES TEXTES DES PROSATEURS

FRANÇAIS REGARDÉS COMME CLASSIQUES,

ET PRÉCÉDÉ

D'UN ESSAI SUR LA COMPOSITION LITTÉRAIRE

OUVRAGE DESTINE

AUX COLLÉGES ET AUX ÉCOLES PRIMAIRES SUPÉRIEURES, et pouvant servir aux études pour le Baccalauréat, en ce qui regarde l'examen

sur les auteurs français,

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NOUVELLE MAISON, 38, RUE SAINT-SULPICE

RÉGIS RUFFET et Cie, successeurs
PERISSE Frères (Ancienne Maison), rue Mercière, à Lyon.

1861

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AVERTISSEMENT

Une longue pratique de l'enseignement nous a fait reconnaître que l'on n'enseigne pas le français dans les classes, d'une manière satisfaisante et complète. On ne sait pas assez que les textes d'un auteur français doivent être expliqués comme ceux des auteurs anciens, soit sous le rapport de la langue, pour la valeur, la portée, la synonymie, l'étymologie des mots ; soit sous le rapport littéraire, pour les beautés de toute nature que ces textes contiennent.

Savoir sa propre langue non-seulement dans son génie' grammatical, mais encore dans son génie littéraire, est sans doute le résultat le 'plus positif que l'on doive rechercher dans le long travail des études classiques. Pourtant l'étude du français, à son point de vue le plus élevé, n'occupe pas dans les colléges toute la place qui devrait lui appartenir. Par exemple, dans les institutions primaires des deux sexes, l'enseignement est maintenu dans des proportions trop restreintes pour tout ce qui tient au développement de l'esprit et du goût. On passe beaucoup d'années aux analyses grammaticales et logiques, avec quelques exercices de narration ; puis l'on donne de rapides aperçus de rhétorique et d'histoire littéraire, dictés et appris par ceur; mais peu d'explications, peu d'exercices analytiques des textes.

C'est trop peu de chose pour une instruction qui, même dans l'enseignement primaire, doit nourrir l'esprit, élever le cour, former le goût, orner et contenir l'imagination, et plus tard occuper les loisirs de la pensée. A plus forte raison peut-on le dire de l'enseignement classique, dans lequel l'étude littéraire du français doit tenir le premier rang comme étant l'objet auquel se ramènent plus particulièrement tous les autres.

Rollin, au premier volume du Traité des Études, fait connaître la nécessité que nous sentons encore aujourd'hui, et il donne un modèle excellent (que nous rapporterons à l'appendice), de cette analyse des textes, qui nous paraît un exercice essentiel, pour la pleine intelligence de notre langue et de notre littérature. Les paroles de l'illustre recteur doivent être rapportées :

« En apprenant aux jeunes gens les principes et les beautés de leur langue, on commencera à leur former le goût et le discernement. Dans la lecture que l'on fera des livres français on ne se contentera pas d'examiner les règles du langage, que l'on ne perdra pourtant jamais de vue. On aura soin de remarquer la propriété, la justesse, la force, la délicatesse des expressions et des tours,

On sera encore plus attentif à la solidité et à la vérité des pensées et des choses. On fera observer la suite et l'économie des différentes preuves et parties du discours. Mais l'on préférera à tout le reste ce qui est capable de former le cæur, ce qui peut inspirer des sentiments de générosité, de désintéressement, de mépris pour les richesses, d'amour pour le bien public, d'aversion pour l'injustice et pour la mauvaise foi ; en un mot tout ce qui fait l'honnête homme et plus encore ce qui fait le vrai chrétien.

« Quant au style, il faut s'en tenir à la règle de Quintilien, qui est de faire lire aux jeunes gens d'abord et toujours les meilleurs écrivains. Quand ils commenceront à avoir le jugement formé, il sera bon de leur en proposer où l'on trouve des défauts capables de séduire les jeunes gens, comme sont certaines pensées brillantes qui frappent d'abord par leur éclat, mais dont on reconnaît le faux et le vide quand on les examine de près. Il faut les accoutumer de bonne heure à juger sainement de ce qu'ils lisent, à rendre raison du jugement qu'ils portent, enfin à aimer partout le vrai, à sentir ce qui lui est contraire, à ne se point laisser éblouir par l'apparence du beau. »

Ces sages observations sont vraies aujourd'hui comme elles l'étaient du temps de Rollin; mais peut-être n'ontelles pas été assez complétement mises en pratique. Un enseignement classique où les textes sont expliqués avec sécheresse, et sans leur demander toutes les beautés

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