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pour la pensée, et de la pensée que pour la vérité et la vertu. Cette règle, qu'elle préside à vos jugements littéraires, qu'elle soit votre loi basée sur la religion, surla vertu, votre goût réagira sur les écrivains et ainsi notre patrie n'aura pas, même au point de vue littéraire, dégénéré des grandes traditions qui ont fait longtemps sa gloire et son progrès.

FIN.

APPENDICE (1)

MODÈLE D'ANALYSE

EMPRUNTÉ AU TRAITÉ DES ÉTUDES DE ROLLIN (2)

On me permettra de donner ici un essai de la manière dont je crois qu'on peut faire aux jeunes gens la lecture des livres français. Cela pourra être de quelque usage pour les jeunes maîtres, qui n'ont pas encore beaucoup d'expérience. Le fait que je vais rapporter est tiré de l'Histoire de Théodose par M. Fléchier, livre I, chap. xxxv. Il fait connaître l'élection de saint Ambroise à l'archevêché de Milan, et la part que prit à cet événement l'empereur Valentinien.

Auxence (3) étant mort, après avoir tenu pendant plusieurs années le siége de Milan, Valentinien pria les évêques de s'assembler pour élire un nouveau pasteur. Il leur demanda un homme d'un profond savoir et d'une vie irréprochable, afin, disait-il, que la ville impériale se sanctifiåt par ses instructions et par ses exemples, et que les empereurs, qui sont les maîtres du monde, et qui ne laissent pas d'être grands pécheurs, pussent recevoir ses avis avec confiance, et ses corrections avec respect. Les évèques le supplièrent d'en nommer un lui-même, tel qu'il le souhaitait; mais il leur répondit que c'était une affaire au-dessus de ses forces, et qu'il n'avait ni assez de sagesse, ni, assez de piété pour s'en mêler ; que ce choix leur appartenait, parce qu'ils avaient une parfaite connaissance des lois de l'Église, et qu'ils étaient remplis des lumières de l'esprit de Dieu.

(1) Voir l'Avertissement.

(2) On remarquera que cette analyse est tour à tour grammaticale, littéraire, historique, morale et religieuse,

(3) Évêque arien.

Les évêques s'assemblèrent donc avec le reste du clergé ; et le peuple, dont le consentement était requis, y fut appelé, Les ariens nommaient un homme de leur secte. Les catholiques en voulaient un de leur communion. Les deux partis s'échauffèrent, et cette dispute allait devenir une sédition et une guerre ouverte. Ambroise, gouverneur de la province et de la ville, homme d'esprit et de probité, fut averti de ce désordre, et vint à l'église pour l'empêcher. Sa présence fit cesser tous les différends, et l'assemblée, s'étant réunie tout d'un coup, comme par une inspiration divine, demanda qu'on lui donnåt Ambroise pour son pasteur. Cette pensée lui parut bizarre ; mais comme on persistait à le demander, il remontra à l'assemblée qu'il avait toujours vécu dans des emplois séculiers, et qu'il n'était pas même encore baptisé ; que les lois de l'empire défendaient à ceux qui exerçaient des charges publiques d'entrer dans le clergé sans la permission des empereurs ; et que le choix d'un évêque devait se faire par un moutement du Saint-Esprit, et non pas par un caprice populaire. Quelque raison qu'il alléguât, quelque remontrance qu'il fit, le peuple voulut le porter sur le trône épiscopal, auquel Dieu l'avait destiné. On lui donna des gardes, de peur qu'il ne s'enfuît, et l'on présenta une requête à l'empereur pour lui faire agréer cette élection.

L'empereur y consentit très-volontiers, et donna ordre qu'on le fit baptiser promptement, et qu'on le consacrât huit jours après. On rapporte que ce prince voulut assister lui-même à son sacre, et qu'à la fin de la cérémonie, levant les yeux et les mains au ciel, il s'écria transporté de joie : Je vous rends grâces, mon Dieu, de ce que vous avez confirmé mon choix par le vôtre, en commettant la conduite de nos âmes à celui à qui j'avais commis le gouvernement de cette province. Le saint archevêque s'appliqua tout entier à l'étude des saintes Écritures, et au rétablissement de la foi et de la discipline dans son diocèse.

On fera lire cette histoire tout de suite par un ou deux écoliers, les autres ayant leurs livres devant les yeux, afin de leur donner une idée du fait dont il s'agit. On aura soin qu'ils fassent cette lecture selon les règles ; qu'ils s'arrêtent plus ou moins selon la différente ponctuation; qu'ils prononcent comme il faut chaque mot, et chaque syllabe; qu'ils prennent un ton naturel et qu'ils le varient sans affectation. Après cette première lecture, s'il y a quelques remarques à faire pour la langue, le maître les fera en peu de mots, à peu près de la façon que je vais indiquer.

« Bizarre. » On expliquera la force de cet adjectif, qui

marque qu'il a dans la personne ou dans la chose à laquelle on l'applique, quelque chose d'extraordinaire et de choquant. Il signifie fantasque, capricieux, fâcheux, désagréable; on dit: esprit bizarre, conduite bizarre, voix bizarre. - « Caprice. » Ce mot mérite aussi d'être expliqué. Il marque le caractère d'un homme qui se conduit par fantaisie et par humeur, non par raison et par principes ; qui fait en quelque sorte mille bonds comme une chèvre, de capra. Il faudra, en passant, faire sentir le ridicule de ces deux défauts, d'agir bizarrement et par caprice. « Procéder à l'élection. » Ce verbe procéder est propre à cette phrase ; il a d'autres significations qu'on pourra faire observer.

« Commettre la conduite des âmes, » ou « le gouvernement d'une province. » Commettre signifie ici confier, donner un emploi dont on doit rendre compte. Il vient du mot latin committere, qui a le même sens. Quæstor factus sum, ut mihi honorem illum non tam datum, quam creditum ac COMMISSUM putarem. En expliquant ainsi la force de ce mot par ce passage de Cicéron, on donne une instruction importante, mais qui n'a point l'air de leçon, sur la nature et les engagements des emplois dont on est chargé, soit dans le monde soit dans l'Église. Commettre a encore d'autres significations; on dit : commettre quelqu'un pour veiller sur d'autres ; commettre une faute; se commettre avec quelqu'un; commettre l'autorité du prince. On les explique toutes.

« Afin que la ville impériale se sanctifiât par ses instructions et par ses exemples. » Ce sera ici une occasion d'expliquer une règle qu'on trouve dans les remarques de M. de Vaugelas, et que voici : La répétition des prépositions n'est nécessaire aux noms, que quand les deux substantifs ne sont pas synonymes ou équivalents. Exemple : « par les ruses et les artifices de mes ennemis ; » ruses et artifices sont synonymes, c'est pourquoi il ne faut pas répéter la préposition par. Mais si, au lieu de « artifices, » il y avait « armes, » alors il faudrait dire : « par les ruses et par les armes de nos ennemis; » parceque ruses et armes ne sont ni synonymes, ni équivalents, ni même approchants. Voici un exemple des équivalents : « Pour le bien et l'honneur de son maître. » Bien et honneur ne sont pas synonymes, mais ils sont équivalents à cause que « bien »

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