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D'ANALYSE LITTÉRAIRE

INTRODUCTION.

PRNICIPES DE COMPOSITION CLASSIQUE ET D'ANALYSE LITTÉRAIRE

EXERCICES PRÉPARATOIRES. NARRATION. DESCRIPTION. DISCOURS, LIEUX COMMUNS.- ANALYSES

LITTÉRAIRES.

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Nous supposons qu'avant de se livrer d'une manière suivie aux diverses compositions classiques et à l'exercice des analyses littéraires, on a étudié, dans un cours oral ou dans un bon traité, les préceptes de la rhétorique ou du moins les principes les plus généraux de l'art d'écrire. Il faut aussi admettre que l'élève a fait les exercices de style, préparatoires et élémentaires , qui doivent précéder tout exercice littéraire un peu sérieux. A cet égard , nous croyons bien faire de rappeler ici un procédé qui nous a toujours semblé très-utile pour préparer une classe au travail de la composition.

Le maître commence par disposer des textes dans lesquels il introduit, non pas des fautes contre la grammaire, mais des imperfections, en ce qui regarde le choix des expressions et celui des tours. Les élèves sont chargés de corriger ces imperfections et d'améliorer le texte qui leur a été dicté. Ce genre d'exercice ne doit pas être très-fréquent, ni se prolonger trop longtemps, parce qu'il y a de l'inconvénient à trop s'arrêter sur les formes vicieuses, même pour apprendre l'art de les corriger. Dans tous les cas, le maître veille à ce que les phrases qu'il emprunte appartiennent à de bons auteurs et soient extraites de morceaux choisis, afin que les corrigés, qu'il aura toujours soin de lire ou de dicter soient des modèles sûrs, faits pour rester dans le souvenir. Selon que les élèves se rapprochent plus ou moins du corrigé, ils sont regardés comme plus ou moins habiles, et il n'est pas impossible que les plus forts retrouvent le texte intégralement. Nous allons donner trois exemples fort courts de ce genre de devoir.

L'ANCIENNE TYR.

J'étais dans l'admiration en considérant la bonne situation de cette grande ville, qui se trouve au milieu des flots, dans une île. La côte voisine est remarquable par sa fécondité, par les fruits qu'elle porte, par la douceur de sa température. Cette région est près du Liban, dont la cîme s’élève à travers les airs et monte jusqu'aux étoiles: la glace couvre son front éternellement; des rivières pleines de frimas descendent, semblables à des torrents, des rocs qui entourent sa tête. Plus haut, il y a une forêt de cèdres qui paraissent être aussi anciens que le sol où ils croissent, et qui portent jusque vers les nuages l'épaisseur de leurs branches.

CORRIGÉ.

J'admirais l'beureuse situation de cette grande ville, qui est au milieu de la mer, dans une île; la côte voisine est délicieuse par sa fertilité, par les fruits exquis qu'elle porte, par la douceur de son climat. Ce pays est au pied du Liban, dont le som

met fend les nues et va toucher les astres; une glace étel nelle couvre son front; des fleuves pleins de neige tombent, comme des torrents, des rochers qui environnent sa tête. Au-dessus on voit une vaste forêt de cèdres antiques, qui paraissent aussi vieux que la terre où ils sont plantés, et qui portent leurs branches épaisses jusque vers les nues. FÉNELON.

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LE CHEVAL

Les hommes n'ont jamais fait de plus grande conquête que celle de cet animal orgueilleux et emporté qui partage avec eux la fatigue du combat et la gloire de la guerre. Non moins courageux que son maître, le cheval envisage le danger et ne craint pas de s'y exposer ; il s'accoutume au fracas des armes; il s'y plaît et le recherche, et s'enflamme d'une ardeur égale; il partage de même ses amusements; aux exercices des tournois, de la course, on le voit qui brille et qui étincelle. Cependant, comme il n'a pas moins de docilité que de courage, il ne se laisse pas entraîner à sa flamme; il a appris à modérer son allure ; nonseulement il se soumet à la voix de son conducteur, mais on dirait qu'il veut savoir ce qu'il désire; il s'abandonne entièrement, ne se refuse à quoi que ce soit, se fait esclave de tout son pouvoir, et même succombe afin de se montrer plus obéissant.

CORRIGÉ.

La plus noble conquête que l'homme ait jamais faite est celle de ce fier et fougueux animal qui partage avec lui les fatigues de la guerre et la gloire des combats. Aussi intrépide que son maître, le cheval voit le péril et l'affronte ; il se fait au bruit des armes, il l’aime, il le cherche, il s'anime de la même ardeur. Il partage aussi ses plaisirs : à la chasse, aux tournois, à la course, il brille, il étincelle. Mais, docile autant que courageux,

il ne se laisse point emporter à son f'eu; il sait réprimer ses mouvements; non-seulement il fléchit sous la main de celui qui le guide, mais il semble consulter ses désirs ; il se livre sans réserve, sert de loutes ses forces, et même meurt pour mieux

BUFFON.

obéir.

LA CATARACTE DU NIAGARA.

Nous fûmes promptement arrivés sur les bords de la cataracte , qui faisait connaître son voisinage en mugissant d'une manière affreuse. Perpendiculairement, elle a cent quarante-quatre pieds de hauteur; au moment où elle tombe, elle ressemble moins à une rivière qu'à une mer, dont les torrents affluent à la bouche entr'ouverte de quelque gouffre. Elle se partage en deux branches et s'incline en manière de fer à cheval. Entre les deux chutes une ile s'avance, laquelle a été creusée en dessous, et qui est suspendue, couverte de tous ses arbres, sur le désordre des flots. Un grand nombre d'arcs-en-ciel font des courbes sur l'abime et s'y croisent. Le flot, qui vient frapper le rocher, remonte en nuages d'écume qui dominent les forêts. Des sapins, des noyers, des rochers qui offrent des formes effrayantes, ornent le tableau; des aigles que le courant d'air entraîne, s'abaissent en tournant au fond du gouffre.

CORRIGÉ.

Nous arrivâmes bientôt au bord de la cataracte, qui s'annonçait par d'affreux mugissements. Sa hauteur perpendiculaire est de cent quarante-quatre pieds; au moment de la chute, c'est moins un fleuve qu'une mer, dont les torrents se pressent à la bouche béante d'un gouffre. Elle se divise en deux branches et se courbe en fer à cheval. Entre les deux chutes s'avance une île creusée en dessous, qui pend, avec tous ses arbres, sur le chaos des ondes. Mille arcs-en-ciel se courbent et se croisent sur l'abime. L'onde, frappant le roc ébranlé, rejaillit en tourbillons d'écume qui s'élèvent au-dessus des forêts. Des pins, des noyers sauvages, des rochers taillés en forme de fantômes décorent la scène. Des aigles, entraînés par le courant d'air, descendent en tournoyant au fond du gouffre. CHATEAUBRIAND.

Un certain nombre d'exemples analogues, ainsi que leurs propres exercices, feront promptement apprécier aux élèves la différence du bon et du mauvais style.

Dans les commencements, il est bon de marquer aux élèves les mots qui demandent des synonymes ou des épithètes, les tours qu'il faut changer, les incises qu'il faut resserrer, les effets d'harmonie qu'il faut chercher. Un peu plus tard, les élèves marchent seuls. Par cette comparaison assidue de leur propre travail avec celui des modèles, ils acquièrent un sentiment vif de la propriété des termes et des tours particuliers à la langue française. Un coup d'ail leur suffit pour reconnaître la différence entre leur travail et le corrigé.

Quand la classe a été suffisamment occupée de cet exercice, on arrive à celui de la composition proprement dite.

Les sujets ou devoirs littéraires que l'on a coutume de donner dans un cours sont : 1° des narrations; 2° des descriptions ; 3° des discours; 4° des lieux communs; 5° des analyses littéraires. Nous indiquons plus bas les règles particulières pour chacun de ces genres ; mais voici d'abord les principes dont les élèves doivent se préoccuper pour la pratique de la composition en général.

Quand le sujet est donné, quel qu'il soit, il faut le méditer; puis on se met à l'ouvre. Or, il y a trois conditions à remplir, ainsi que l'enseignent toutes les rhétoriques. La première est l'invention ; il faut inventer, c'est-à-dire trouver les idées générales qui doivent présider au travail; ainsi, avant de bâtir, faut-il que l'architecte prépare les matériaux. Il y a aussi trois choses à inventer, à trouver : les preuves pour instruire, les ornements pour plaire, les mouvements pour toucher. La seconde condition est la disposition; on doit examiner dans quel ordre il convient d'employer les matériaux, de manière que les preuves aillent en croissant, que les idées soient à leur place, selon

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