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Croissant : Grecs, Serbes, Monténégrins Russes. Lors de la dernière campagne TurcoRusse, les cinq droujinas (régiments), réunies dès le début des hostilités, se sont illustrées par une valeur et une ténacité dignes des meilleures troupes d'Europe. Seulement, le rôle des humbles est toujours ignoré du grand public. L'opoltchénié (milice) n'a pas encore son historiographe.

Organisés hâtivement à Krichineff et à Ploesci, pendant la concentration des armées russes, les volontaires bulgares, à peine habillés et équipés, avant même d'avoir été exercés, traversèrent le Danube avec les premiers corps et se lancèrent, à la suite de Gourko, jusqu'à EskiZagra. La petite troupe déploya dans le combat du 16/31 juillet, selon le mot d'un témoin oculaire, « un courage fou ».

La série des engagements, dans lesquels Turcs et Russes se disputèrent la possession du col de Chipka, est un des épisodes les plus populaires de la campagne. Aucun, si ce n'est le siège de Plevna, ne passionna davantage la galerie européenne. Or combien, parmi les lecteurs d'Occident, savent la part prépondérante, qui revient aux milicicns bulgares, dans l'honneur d'avoir sauvé cette importante position au moment dramatique où, menacée par l'armée entière de Suleyman-Pacha, sa perte eût été le signal des plus graves complications? Depuis un mois, Osman-Pacha, bloqué dans Plevna, bravait les attaques des Russes. Ceux-ci ayant rallié autour de cette place tous les contingents disponibles, la garde des défilés de Chipka fut confiée au seul régiment d'Orel et aux cinq droujinas bulgares, déjà affaiblies par les vides des précédents combats. C'est cette poignée d'hommes qui résista, pendant près de trois journées, du 9/21 au 11/23 août, aux assauts « sans cesse, sans répit, sans interruption » des quarante mille soldats de Suleyman. Vers le soir du 11/23 août, lorsque les renforts envoyés par le général Radetzky commencèrent à arriver, les héroïques défenseurs décimés, écrasés de fatigue, épuisés de vivres, presque de munitions, n'avaient pas cédé un pouce de terrain. Si l'on considère que la prise du passage de Chipka eût singulièrement favorisé la réalisation du plan

de Suleyman, qui ne tendait à rien moins qu'à rejeter l'ennemi au delà du Danube, on comprendra le prix qu'il convient d'attacher à l'admirable solidité du détachement Russo-Bulgare, ct quelle belle page les historiens patriotes auront le droit de graver au frontispice des annales de la Principauté.

La Bulgarie actuelle, dans les limites assignées par le traité de Berlin, occupe une superficie d'environ soixante-cinq mille kilomètres carrés et renferme deux millions d'habitants ;. un nombre, au moins égal, de Bulgares est épars dans la province-seur de la Roumélie Orientale, dans la Macédoine, dans le vilayet d'Andrinople et même en Roumanie. Appauvrie par les ravages de la guerre, elle a promptement réparé les brèches, grâce à la fertilité de sés magnifiques vallées, et aux efforts d'une populaticn aussi essentiellement agricole que dure à la peine. Dès maintenant, sa prospérité matérielle permet d'entrevoir quel accroissement de richesse l'avenir lui réserve, lorsque ses hommes d'État, dégrisés de la politique, saisiront l’importance du progrès économique, ou que,

m'a con

mieux assise sur un territoire dessiné d'une manière plus conforme aux revendications de son passé historique, elle aura rassemblé en un groupe compact la totalité de ses nationaux.

Mon étoile est-ce la bonne ? duit à Sofia au mois de novembre 1881. J'ai donc été mêlé aux hommes et aux choses, assez longtemps pour m'intéresser à ce pays, et pour éprouver le désir de le parcourir avant de quitter définitivement sa capitale. Un compatriote ct ami, M. J. V., qu'une industrie qui prospère retient parmi les « barbares », n'a pas reculé devant les fatigues de l'expédition. Et voilà comment, du 1o mai au 9 juin 1884, deux Seigneurs français - un Marseillais gras et un Normand maigre ont découvert la Bulgarie. Appliquant, en matière de voyages, la théorie naïve de l'Art pour l'Art, ils se sont contentés de l'indéfinissable jouissance que procurent aux touristes convaincus le grand air, le mouvement, les chevauchées à travers l'inconnu, la perspective d'être rôti, mouillé, mal couché, mal nourri, et le spectacle de la créature humaine évoluant sur un nouveau théâtre.

Peut-être la lecture d'impressions écrites, au jour le jour, sans aucune préoccupation exclusive, induira-t-elle quelque adepte de la bonne école à faire connaissance avec une contrée splendide, où il trouvera des braves gens fidèles à leurs moeurs simples et à leurs costumes pittoresques une nature qui n'est pas encore peignée à la dernière mode

des côtes à monter et à descendre, phénomène de plus en plus rare en notre siècle de chemins de fer à outrance.

Je publie le récit de notre voyage, tel qu'il s'est bâti de lui-même, d'étape en étape, avec son défaut absolu de « composition » son mépris des « proportions » ses inégalités de style, ses longueurs ou ses lacunes, le grossissement de la sensation fraîche et le décousu des hasards journaliers. Tout autre procédé supposerait à ce livre la prétention - dont il se garde d'avoir à offrir quelque chose de meilleur que la sincérité qui est son seul mérite.

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