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CLEAN TE.
Mon pauvre maître Jacques, je te serai obligé toute
ma vie.

M. JACQUES.
Il n'y a pas de quoi, Monsieur.

HARPA G O N.
Tu m'as fait plaisir , maître Jacques ; & cela mérite
ure récompense.
( Harpagon fouille dans sa poche , maître Jacques tend

la main ; mais Harpagon ne tire que son mouchoir ,

en disant : )
Va, je m'en souviendrai , je t'assure.

M. JACQU E S.
Je vous baise les mains.

S CE N E V.
HARPAGON, CLEANTE.

CLE A N T E.
J

E vous demande pardon , mon pere , de l'empor-
tement que j'ai fait paroître.

HARPAGON.
Cela n'est rien.

CL E A N T E.
Je vous assure que j'en ai tous les regrets du monde.

HARPAGO N.
Et moi, j'ai toutes les joies du monde de te voir
raisonnable.

CL E A N T E.
Queile bonté à vous d'oublier si vîte ma faute !

HARPAGO N.
On oublie aisément les fautes des enfans , lorsqu'ils
entrent dans leur devoir.

CLEAN T E. Quoi ? Ne garder aucun rellentiment de toutes mes extravagances :

HARPAGON, C'est une chose où tu m'obliges par la soumission & le respect où tu te ranges.

CLĚ A N T E. Je vous promets , mon pere , que, jusques au tom. beau , je conserverai , dans mon cœur, le souvenir de vos bontés.

HARPAGON. Et moi, je te promets qu'il n'y aura aucune chose que tu n'obtiennes de moi.

CL E A N T E. Ah ! Mon pere, je ne vous demande plus rien ; & c'est m'avoir assez donné, que de me donner Mas riane.

HARP AGON, Comment:

CLEAN T E. Je dis , mon pere, que je suis trop content de vous ; & que je trouve toutes choses dans la bonté que vous avez de m'accorder Mariane.

HARPAGON.
Qui est-ce qui parle de t'accorder Mariane

CL E A N T E.
Vous , mon pere.

HARPAGON, Moi

CLĘ ANTE.
Sans doute.

HARPAGON.
Comment ? C'est toi qui as promis d'y renoncer,

CLEAN TE.
Moi , y renoncer ?

HARPAGON, Oui,

CLE A N T E. Point du tout.

HARPAGON. Tu ne t'es pas départi d'y prétendre ?

CLEAN TE. Au contraire, j'y suis plus porté que jamais

HARPAGON. Quoi, pendard, de rechef

CLEAN TE Rien ne me peut changer.

HARPAGON. Laisse-moi faire, traître.

CLEAN TE. Faites tout ce qu'il vous plaira.

HARPAGON. Je te défens de me jamais voir.

CLEAN TE. A la bonne heure.

HARPAGON. Je t'abandonne.

CL Ε Α Ν Τ Ε. Abandonnez.

HARPAGON. Je te renonce pour mon fils.

CLEAN TE. Soit,

HARPAGON, Je te déshérite.

CL E A N T E. Tout ce que vous voudrez.

HARPAGON.
Et je te donnę ma malédiction.

CLEAN TE,
Je n'ai que faire de vos dons,

SCENE V I.

CLEANTE, LA FLECHE.

LA FLECH E sortant du jardin avec une casette.
A Suivez-moi, vitet
H! Monsieur , que je vous trouve à propos !

CLEAN T E.
Qu'y a-t-il ?

LA FLECHE.
Suivez-moi , vous dis-je , nous sommes bien.

E LE A N T E.
Comment ?

LA FLECH E. Voici votre affaire.

CLEANTE. Quoi ?

LA FLECHE. J'ai guigné ceci tout le jour.

CLEAN TE.
Qu'est-ce que c'est ?

LA FLECH E.
Le trésor de votre pere que j'ai attrapé.

CLE A N T E.
Comment as-tu fait ?

LA FLECHE. Vous saurez tout, Sauvons-nous, je l'entens crier.

SCENE

SCENE VII.

HARPAGON, criant au voleur dis le

jardin.

A ,

U roleur, au voleur, à l'assassin , au meurtrier. finé, on m'a coupé la gorge, on m'a dérobé mon argent. Qui peut-ce être ? Qu'est-il devenu ? Où est-il ? Où se cache-t-il ? Que ferai-je pour le trouver ? Où courir ? Où ne pas courir? N'est-il point là ? N'est-il point ici? Qui est-ce? Arrête.

( à lui-même, se prenant par le bras. ) Rens-moi mon argent , coquin.

Ah! C'est moi. Mon esprit est troublé, & j'ignore où je suis , qui je suis , & ce que je fais. Hélas ! Mon pauvre argent, mon pauvre argent , mon cher ami , on m'a privé de toi ; & , puisque tu m'es enlevé, j'ai perdu mon support , ma consolation , ma joie , tout est fini pour moi , & je n'ai plus que faire au monde. Sans toi , il m'est impossible de vivre. C'en est fait, je n'en puis plus, je me meurs, je suis mort, je suis enterré. N'y a-t-il personne qui veuille me ressusciter, en me rendant mon cher argent , m'apprenant qui l'a pris ? Hé ? Que dites-vous ? Ce n'est personne. Il faut , qui que ce soit qui ait fait le coup , qu'avec beaucoup de foin on ait épié l'heure; & l'on a choisi justement le temps que je parlois à mon traître de fils. Sortons. Je veux aller querir la justice , & faire donner la question à toute ma maison, à servantes , à valets , à fils , à fille ; & à moi ausfi. Que de gens assemblés ! Je ne jette mes regards sur personne qui ne me donne des soup: çons, & tout me semble mon voleur. Hé? De quoi est-ce qu'on parle là: De celui qui m'a dérobé : Tome V.

P

ou en

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