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A PARIS,
CHEZ LEDENTU, LIBRAIRE-ÉDITEUR,

QUAI DES AUGUSTINS, N° 31.

M DCCC XXXVIII.

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OUV

Le sceau d'une nouvelle édition, c'est une nouvelle notice; tant qu'il restera d'excellents ouvrages à réimprimer, il restera matière devant lelivre privilégié à l'industrie du noticier, même quand il n'y aura plus rien à dire sur le livreet sur le sujet. C'est sa ressource et son état, et il ne faut pas lui envier ce monopole de préfaces qui rapporte peu de profit, et qui ne donne jamais de gloire. Que seroit-ce d'ailleurs, si la librairie , avertie de la superfluité de ce luxe postiche, s'avisoit de supprimer la notice? L'innocent homme de lettres qui en fait métier seroit réduit à composer des volumes , peut-être ! Cela est épouvantable à penser.

La notice n'a une véritable importance littéraire qu'autant qu'elle sert à éclaircir des faits utiles et peu connus, comme celle de M. de Saint-Surin sur la vie de madame de Sévigné, comme celle de M. de Montmerqué sur les nombreuses éditions de ses Lettres. De pareils travaux pouvoient illustrer ce chef-d'oeuvre même de la prose françoise , parce qu'ils en expliquent la distribution et qu'ils en facilitent l'intelligence. Ce qu'il y a de mieux à faire après de tels guides, : c'est de les suivre et de s'en tenir à leurs enseignements.

Il y a cependant une autre manière de donner au cadre usé de la notice quelque apparence de jeunesse et d'originalité : c'est d'y faire entrer à défaut de notions nouvelles sur les faits , de nouveaux aperçus littéraires ou philosophiques sur les questions qu'a soulevées dans le monde de la critique l'ouvrage

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qui en est l'objet; et comme l'aspect de ces questions doit se modifier éternellement selon les formes éternellement variées de l'esprit, il n'est pas à craindre que le texte des dissertations d'apparat s'épuise jamais. C'est un merveilleux privilége de la raison de l'homme que de pouvoir s'exercer à l'infini sur les idées les plus claires , sans se répéter ni dans l'expression ni dans le tour; et cette variété seule entretient la vie superficielle des littérateurs, car depuis longtemps les littérateurs n'inventent plus rien qui n'ait été inventé.

De ce dernier genre est le jugement de Thomas sur madame de Sévigné, lambeau de prose oratoire d'une portée assez commune pour tout autre écrivain, mais qui prouve dans celui-ci ce que peut l'influence des saines études et des bons modèles. Le nom de madame de Sévigné sous les yeux, et dominé par cet ascendant du vrai qui impose même aux esprits faux, cet orateur si enflé s'est élevé une fois en sa vie jusqu'au naturel, je dirai quelque chose de plus, jusqu'à l'abandon et jusqu'à l'incorrection : car dans une phrase de Thomas, l'incorrection est un hommage que l'art et la manière rendent à la simplicité. · Marmontel écrivoit dans le même temps une comparaison de La Fontaïne et de madame de Sévigné dont l'idée première ne manque pas de finesse , et pouvoit donner matière à des rapprochements ingénieux. Sous la plume de l'Encyclopédiste, c'est tout bonnement ce que vous voyez d'ici, pour l'avoir vu mille fois, un thème à contrastes et à reflets balancé sur une antithèse , et tout chamarré de ces oppositions piquantes qui font trépigner d'aise un auditoire académique; un vrai passe-partout de rhéteur, rempli en dernière analyse avec adresse et avec esprit. Ce n'étoit pas d'esprit qu'on avoit faute au dixhuitième siècle pour apprécier madame de Sévigné.

Depuis, madame de Sévigné a été jugée avec une tout autre puissance : elle a été goûtée , sentie, définie par des sympathies plus vives et plus naturelles, dans d'excellentes pages de Sainte-Beuve ( voyez ci après page xI), dans des pages délicieuses d'Emile Deschamps, pièces exquises qu'il faut lire, et auxquelles il seroit fort maladroit d'opposer une concurrence inutile , ce n'est vraiment pas mon intențion.

Ma notice à moi, c'est celle dont j'ai parlé en commençant ; la scrupuleuse

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