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DE

M. BOILEAU DESPRÉ AU X.

A PARIS,
Aux dépens de la Compagnie.

M. DCC. LXX XII.
Avec Approbation & Privilege du Roi.

NOMS DES ASSOCIÉS.

La Veuve DESAINT, rue du Foin-Saint

Jacques. Le CLERC, quai des Augustins. BARBOU, rue & vis-à-vis la grille des

Mathurins, KNAPBN, pont S. Michel. BROCAS, rue Saint-Jacques, au Chef S.

Jean. DURAND neveu

rue Galande Hôtel Leffeville. NYON l'ainé, rue du Jardinet. C. DU'R AND, rue du Foin-Saint-Jacques. Nyon le jeune , Pavillon des quatre Nations. COLAS, place Sorbonne. BARROIS le jeune, quai des Augustins. BELIN. rue Saint-Jacques , près S. Yves.

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DISCOURS

AU ROI.

Quoique cette Piece soit placée avant toutes les autres, elle n'a pourtant pas été faite la premiere. L'Auteur la composa 'au commencement de l'année 1605, & il avoit déja fait cing Sarires. La même année ce Discours fut inséré dans un Recueil de Poésies , avant que l'Auteur eût eu le tems de le corriger. 12 le fit imprimer lui-même l'année suivante 1666 , avec les jept premieres Satires.

等。

EUNE & vaillant Héros, dont la haute sagesse N'est point le fruit tardif d'une lente vieilleffe , Et qui seul , sans Ministre , à l'exemple des Dieux, Soutiens tout par toi-même, & vois tout par tes yeux, Grand Roi; li jusqu'ici, par un trait de prudence, J'ai demeuré pour Toi dans un humble filence, Ce n'est pas que mon cæur , vainement suspendu, Balance pour t'offrir un encens qui t'est dû. Mais je sais peu louer , & ma Muse tremblante Fuit d'un fi grand fardeau la charge trop pesante,

Et dans ce haut éclat où Tu te viens offrir ,
Touchant à tes lauriers , craindroit de les flétrir.

Ainsi, sans m'aveugler d'une vaine manie,
Je mesure mon vole à mon foible génie :
Plus sage en mon respect , que ces hardis mortels,
Qui d'un indigne encens profanent tes autels ;
Qui dans ce champ d'honneur, où le gain les amene,
Ofent chanter ton nom sans force & sans haleine,
Et qui vont tous les jours, d'une importune voix ,
T'ennuyer du récit de tes propres exploits.

L'unjen style pompeux habillant une Eglogue ; De ses rares vertus Te falt un long prologue, Et mêle en se vantant soi-même à tout propos , Les louanges d'un Fat à ceiles d'un Héros.

L'autre en vain se lassant à polir une rime , Et reprenant vingt fois le rabot & la lime, Grand & nouvel effort d'un esprit sans pareil ! Dans la fin d'un Sonnet Te compare au Soleil.

Sur le haut Hélicon leur veine méprisée , Fut toujours des neuf Sæurs la fable et la risée. Calliope jamais ne daigna leur parler , Et Pégase pour eux refuse de voler. Cependant à les voir enflés de tant d'audace , Te promettre en leur nom les faveurs du Parnasse, On diroit , qu'ils ont seuls l'oreille d'Apollon, Qu'ils disposent de tout dans le sacré Vallon. C'est à leurs doctes mains , fi l'on veut les en

croire Que Phébus a commis tout le soin de ta gloire : Et ton nom , du Midi jusqu'à l'Ours vanté, Ne devra qu'à leurs vers son immortalité. Mais plutôt fans ce nom , dont la vive lumiere

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Donne un luftre éclatant à leur veine grossiere ,
Ils verroient leurs écrits , honte de l'univers ,
Pourrir dans la poussiere à la merci des vers.
A l'ombre de ton nom ils trouvent leur asyle ;
Comme on voit dans les champs un arbrisseau débile,
Qui , sans l'heureux appui qui le tient attaché,
Languiroit triftement sur la terre couché.

Ce n'est pas que ma plume injuste & téméraire
Veuille blâmer en eux le dessein de Te plaire :
Et parmi tant d’Auteurs, je veux bien l'avouer , ?
Apollon en connoît qui te peuvent louer.
Oui, je sais qu'entre ceux qui t'adressent leurs veilles,
Parmi les Pelletiers on compte des Corneilles..
Mais je ne puis souffrir , qu’un Esprit de travers ,
Qui pour rimer des mots pense faire des vers
Se donne en Te louant une gêne inutile.
Pour chanter un Auguste , il faut être un Virgile.
Et j'approuve les soins du Monarque guerrier,
Qui ne pouvoit souffrir qu’un Artisan grossier
Entreprît de tracer , d'une main 'criminelle,
Un portrait réservé pour le pinceau d'Apelle.

Moi donc, qui connois peu Phébus & ses douceurs, Qui suis nouveau seyré sur le mont des ncuf Sours : Attendant que pour Toi l'âge ait mûri ma Muse Sur de moindres sujets je l'exerce & l'amuse : Et tandis que ton bras , des peuples redouté, Và, la foudre à la main ,' rétablir l'équité, Et retient les méchans par la peur des supplices , Moi , la plume à la main , je gourmande les vices : Et ant pour moi-même une juste rigueur, Je confie au papier les secrets de mon cœur.

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