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Et quae

posse,

peut; il leur faut apprendre ce que c'est qu'un | les choses dont il voit bien qu'il ne sanroit rien lion , un renard , ainsi du reste, et pourquoi l'on faire de bon: compare quelquefois un homme à ce renard ou à ce lion. C'est à quoi les fables travaillent : les pre- Desperat tractata nitescere relinquit. mières notions de ces choses proviennent d'elles.

J'ai déjà passé la longueur ordinaire des pré- C'est ce que j'ai fait à l'égard de quelques morafaces; cependant je n'ai pas encore rendu raison lités du succès desquelles je n'ai pas bien espéré. de la conduite de mon ouvrage.

Il ne reste plus qu'à parler de la vie d'Ésope. Je L'apologue est composé de deux parties , dont ne vois presque personne qui ne tienne pour on peut appeler l'une le corps , l'autre l'ame. Le fabuleuse" celle que Planude nous a laissée. On corps est la fable; l'ame, la moralité. Aristote s'imagine que cet auteur a voulu donner à son n'admet dans la fable que les animaux ; il en héros un caractère et des aventures qui réponexclut les bommes et les plantes. Cette règle est dissent à ses fables. Cela m'a paru d'abord spémoins de nécessité que de bienséance , puisque cieux; mais j'ai trouvé à la fin peu de certitude en ni Ésope, ni Phèdre , ni aucun des fabulistes ne cette critique. Elle est en partie fondée sur ce qui l'a gardée; tout au contraire de la moralité , dont

se passe entre Xantus et Esope : on y trouve trop aucun ne se dispense. Que s'il m'est arrivé de le de niaiseries. Eh! qui est le sage à qui de pareilles faire, ce n'a été que dans les endroits où elle n'a choses n'arrivent point ? Toute la vie de Socrate pu entrer avec grace, et où il est aisé au lecteur n'a pas été sérieuse. Ce qui me confirme en mon de la suppléer, On ne considere en France que ce sentiment, c'est que le caractère que Planude qui plait : c'est la grande règle, et, pour ainsi donne à Esope est semblable à celui que Plutarque dire, la seule. Je n'ai donc pas cru que ce fut un lui a donné dans son Banquet des sept sages crime de passer par dessas les anciennes cou- c'est-à-dire d'un homme subtil, et qui ne laisse tumes, lorsque je ne pouvois les mettre en usage rien passer. On me dira que le Banquet des sept sans leur faire fort. Du temps d'Esope , la fable sages est aussi une invention. Il est aisé de donner étoit contée simplement; la moralité séparée et de tout : quant à moi, je ne vois pas bien pourtoujours ensuite. Phèdre est venu , qui ne s'est quoi Plutarque auroit voulu imposer à la postepas assujéti à cet ordre : il embellit la narration, rité dans ce traité-là , lui qui fait profession d'être et transporte quelquefois la moralité de la fin au véritable partout ailleurs, et de conserver à chacommencement. Quand il seroit nécessaire de lui cun son caractère. Quand cela seroit, je ne santrouver place, je ne manque à ce précepte que rois que mentir sur la foi d'autrui : me croira-t-on pour en observer un qui n'est pas moins impor- moins que si je m'arrête à la mienne ? Car ce que tant : c'est Horace qni nous le donne. Cet auteur je puis est de composer un tissu de mes conjecne veut pas qu'un écrivain s'opiniâtre contre l'in- tures, lequel j'intitulerai : Vie d'Ésope. Quelque capacité de son esprit, ni contre celle de sa ma- vraisemblable que je le rende, on ne s'y assurera tière. Jamais, à ce qu'il prétend, un homme qui pas; et, fable pour fable, le lecteur préfèrera veut réussir n'en vient jusque-là ; il abandonne ioujours celle de Planude à la mienne.

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LA VIE D'ÉSOPE LE PHRYGIEN. Nous n'avons rien d'assuré touchant la naissance | cher de ce qu'il a dit d’Esope que ce qui m'a semblé d'Homère et d'Esope: à peine même sait-on ce qui trop puéril, ou qui s'écartoit en quelque façon de la leur est arrivé de plus remarquable. C'est de quoi il bienséance. y a lieu de s'étonner, vu que l'histoire ne rejette pas Ésope étoit Phrygien, d'un bourg appelé Amodes choses moins agréables et moins nécessaires que rium. Il naquit vers la cinquante-septième olympiade, celle-là. Tant de destructeurs de nations, tant de quelque deux cents ans après la fondation de Rome. princes saps mérite ont trouvé des gens qui nous On ne sauroit dire s'il eut sujet de remercier la naont appris jusqu'aux moindres particularités de leur ture ou bien de se plaindre d'elle; car, en le douant vie ; et nous ignorons les plus importantes de celles d'un très bel esprit, elle le fit naître difforme et laid d'Esope et d'Homère, c'est-à-dire des deux persona de visage, ayant à peine figure d'homme, jusqu'à lui nages qui ont le mieux mérité des siècles suivants. refuser presque entièrement l'usage de la parole. Car Homère n'est pas seulement le père des dieux, Avec ces défauts, quand il n'auroit pas été de condic'est aussi celui des bons poëtes. Quant à Ésope, il me tion à être esclave, il ne pouvoit manquer de le desemble qu'on le devoit mettre au nombre des sages venir. Au reste, son ame se maintint toujours libre dont la Grèce s'est tant vantée, lui qui enseignoit la et indépendante de la fortune. véritable sagesse, et qui l'enseignoit avec bien plus Le premier maitre qu'il eut l'envoya aux champs d'art que ceux qui en donnent des définitions et des labourer la terre, soit qu'il le jugeât incapable de règles. On a véritablement recueilli les vies de ces toute autre chose, soit pour s'ôter de devant les deux grands hommes;, mais la plupart des savants yeux un objet si désagréable. Or il arriva que ce les tiennent toutes deux fabuleuses, particulière- maitre étant allé voir sa maison des champs, un ment celle que Planude a écrite. Pour moi, je n'ai paysan lui donna des figues : il les trouva belles, et pas voulu m'engager dans cette critique. Comme les fit serrer fort soigneusement, donnant ordre à son Planude vivoit dans uu siècle où la mémoire des sommelier, appelé Agathopus, de les lui apporter au choses arrivécs à Esope ne devoit pas être encore sortir du bain. Le hasard voulut qu'Esope cút affaire éteinte, j'ai cru qu'il savoit par tradition ce qu'il a dans le logis. Aussitôt qu'il y fut entré, Agathopus laissé. Dans cette croyance, je l'ai suivi, sans retran- se servit de l'occasion, ct mangea les figues avec

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quelques uns de ses camarades : puis ils rejetérent crient et qui soient méchants, ma mine les fera taire :
cette friponnerie sur Ésope, ne croyant pas qu'il se on les menacera de moi comme de la bête. Cette
pût jamais justifier, tant il étoit bègue et paroissoit raillerie plut au marchand. Il acbeta notre Phrygien
idiot. Les châtiments dont les anciens usoient envers trois oboles, et dit en riant: Les dieux soient loués!
leurs esclaves étoient fort cruels, et cette faute très- je n'ai pas fait une grande acquisition, à la vérité;
punissable. Le paurre Ésope se jeta aux pieds de son aussi n'ai-je pas déboursé grand argent.
inaitre; et, se faisant entendre du mieux qu'il put, Entre autres denrées, ce marchand trafiquait d'es-
il témoigna qu'il demandoit pour toute grace qu'on claves : si bien qu'allant à Éphèse pour se défaire de
sursit de quelques moments sa punition. Cette grace ceux qu'il avoit, ce que chacun d'eux devoit porter
lui ayant été accordée, il alla querir de l'eau tiède, pour la commodité du voyage fut départi selon leur
la but en présence de son seigneur, se mit les doigts emploi et selon leurs forces. Esope pria que l'on eût
dans la bouche, et ce qui s'ensuit, sans rendre autre égard à sa taille ; qu'il étoit nouveau venu, et devoit
chose que cette cau seule. Après s'être ainsi justifié, l étre traité doucement. Tu ne porteras rien, si tu veux,
il fit signe qu'on obligeat les autres d'en faire autant. , lui repartirent ses camarades. Ésope se piqua d'hon-
Chacun demeura surpris: on n'auroit pas cru qu'une neur, et voulut avoir sa charge comme les autres. On
telle invention pût partir d'Ésope. Agathopus et ses le laissa donc choisir. Il prit le panier au pain : c'é-
camarades ne parurent point étonnés. Ils burent de toit le fardeau le plus pesant. Cbacun crut qu'il l'avoit
l'eau comme le Phrygien avoit fait, et se mirent les fait par bêtise: mais dès la dinée le panier fut entamé,
doigts dans la bouche; mais ils se gardèrent bien de et le Prygien déchargé d'autant; ainsi le soir , et de
les enfoncer trop avant. L'eau ne laissa pas d'agir, même le lendemain : de façon qu'au bout de deux
et de mettre en évidence les figues toutes crues en jours il marchoit à vide. Le bon sens et le raisonue-
core et toutes vermeilles. Par ce moyen Ésope se ment du personnage furent admirés.
garantit : ses accusateurs furent punis doublement, Quant au marchand, il se délit de tous ses esclaves,
pour leur gourmandise et pour leur mécbanceté. à la réserve d'un grammairien, d'un chantre et d'É-

Le lendemain , après que leur maitre fut parti, et sops, lesquels il alla exposer en vente à Samos. Avant
Ésope étant à son travail ordinaire, quelques voya- que de les mener sur la place, il fit habiller les deux
geurs égarés (aucuns disent que c'étoient des prêtres premiers le plus proprement qu'il put, comme chacun
de Diane) le prièrent, au nom de Jupiter hospita- farde sa marchandise : Ésope, au contraire, ne fut
lier, qu'il leur enseignât le cbemin qui conduisoit à vêtu que d'un sac, et place entre ses deux compa-
la ville. Ésope les obligea premièrement de se repo- gnons afin de leur donner lustre. Quelques acheteurs
ser à l'ombre; puis, leur ayant présenté une légère se présentèrent, entre autres un philosophe appelé
collation, il voulut être leur guide, et ne les quitta Xantus. Il demanda au grammairien et au chantre ce
qu'après qu'il les eut remis dans leur chemin. Les qu'ils savoient faire. Tout, reprirent-ils. Cela fit
bonnes gens levèrent les mains au ciel, et prièrent rire le Phrygion : on peut s'imaginer de quel air.
Jupiter de ne pas laisser cette action charitable sans Planude rapporte qu'il s'en fallut peu qu'on ne prit
récompense. À peine Esope les eut quittés, que le la fuite , tant il fit une effroyable grimace. Le mar-
chaud et la lassitude le contraignirent de s'endor-chand fit son chantre mille oboles, son grammairien
mir. Pendant son sommeil, il s'imagina que la For- trois mille; et, en cas que l'on achetât l'un des deux,
tune étoit debout devant lui, qui lui délioit la lan- il devoit donner Esope par dessus le marché. La
guc, et par mème moyen lui faisoit présent de cet art cherté du grammairien et du chantre dégoûta Xan-
dont on peut dire qu'il est l'auteur. Réjoui de cette tus. Mais, pour ne pas retourner chez soi sans avoir
aventure, il s'éveilla en sursaut; et en s'éveillant : fait quelque emplète , ses disciples lui conseillèrent
Qu'est-ce ci? dit-il: ma voix est devenue libre; je d'acheter ce petit bout d'homme qui avoit ri de si
prononce bien un râteau , une charrue, tout ce que hoone grace : on en feroit un épouvantail ; il diver-
se veux. Cette merveille fut cause qu'il changea de tiroit les gens par sa mine. Xantus se laissa persua-
maitre. Car, comme un certain Zénas, qui étoit là en der, et fit prix d'Esope à soixante oboles. Il lui de-
qualité d'économe et qui avoit l'ail sur les esclaves, manda, devant que de l'acheter, à quoi il lui sera
en eut battu un outrageusement pour une faute qui propre, comme il l'avoit demandé à ses camarades.
ne le méritoit pas, Esope ne put s'empêcher de le Esope répondit : A rien , puisque les deux autres
reprendre, et le menaça que ses mauvais traitements avoient tout retenu pour eux. Les commis de la
seroient sus. Zénas, pour le prévenir et pour se ven- douane remirent généreusement à Xantus le sou
ger de lui, alla dire au maitre qu'il étoit arrivé un pour livre, et lui en donnèrent quittance sans rien
prodige dans sa maison; que le Phrygien avoit re- payer.
couvré la parole, mais que le méchant ne s'en ser- Xantus avoit une femme de goût assez délicat, et
voit qu'à blasphémer et à médire de leur seigneur. à qui toutes sortes de gens ne plaisoient pas : si bien
Le maitre le crut, et passa bien plus avant; car il lui que de lui aller présenter sérieusement son nouvel
donna Ésope, avec liberté d'en faire ce qu'il vou- esclave il n'y avoit pas d'apparence, à moins qu'il
droit. Zónas de retour aux champs, un marchand ne la voulût mettre en colère et se faire moquer de
l'alla trouver, et lui demanda si pour de l'argent il le lui. Il jugea plus à propos d'en faire un sujet de
vouloit accommoder de quelque bète de somme. Non plaisanterie , et alla dire au logis qu'il venoit d'ache-
pas cela, dit Zénas; je n'en ai pas le pouvoir : mais ter un jeune esclave le plus beau du monde et le
je te vendrai, si tu veux, un de nos esclaves. Là-des- mieux fait. Sur cette nouvelle, les filles qui servoient
sus , ayant fait venir Ésope, le marchand dit: Est-ce sa femme se pensèrent battre à qui l'auroit pour son
afin de te moquer que tu me proposes l'achat de ce serviteur ; mais elles furent bien étonnées quand le
personnage? On le prendroit pour une outre. Dès personnage parut. L'une se mit la main devant les
que le marchand eut ainsi parlé, il prit congé d'eux, yeux; l'autre s'enfuit; l'autre fit un cri. La maîtresse
partić murmurant, partic riant de ce bel objet. du logis dit que c'étoit pour la chasser qu'on lui ame-
Esope le rappela, et lui dit: Achète-moi hardiment; noit un tel monstre ; qu'il y avoit long-temps que le
je ne te serai pas inutile. Si tu as des enfants qui | philosophe se lassoit d'elle. De parole en parole, le

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différent s'échauffa jusqu'à tel point que la femme mari, par esprit de contradiction on par jalousie. demanda son bien et voulut se retirer chez ses pa- Ce ne fut pas sans la garder bonne à Esope , qui rents. Xantus fit tant par sa patience, et Ésope par tous les jours faisoit de nouvelles pièces à son maison esprit , que les choses s'accommoderent. On ne tre, et tous les jours se sauvoit du châtiment par parla plus de s'en aller; et peut-être que l'accou- quelque trait de subtilité. Il n'étoit pas possible au tumance effaça à la fin une partie de la laideur du philosophe de le confondre. nouvel esclave.

Un certain jour de marché, Xantus, qui avoit Je laisserai beaucoup de petites clioses où il fit pa- dessein de régaler quelques uns de ses amis, lui Toitre la vivacité de son esprit; car, quoiqu'on puisse commanda d'acheter ce qu'il y auroit de meilleur, juger par là de son caractère, elles sont de trop et rien autre chose. Je t'apprendrai, dit en soi-même peu de conséquence pour en informer la postérité. le Phrygien, à spécifier ce que tu souhaites, sans Voici seulement un échantillon de son bon sens et t'en remettre à la discrétion d'un esclave. Il n'acheta de l'ignorance de son maitre. Celui-ci alla chez un donc que des langues, lesquelles il fit accommoder jardinier se choisir lui-même une salade; les herbes | à toutes les sauces : l'entrée, le second, l'entremets, cueillies, le jardinier le pria de lui satisfaire l'esprit tout ne fut que langues. Les conviés louèrent d'abord sur une difficulté qui regardoit la pluilosophie aussi le choix de ce mets ; à la fin ils s'en dégoûtèrent. bien que le jardinage: c'est que les herbes qu'il plan. Ne t'ai-je pas commandé, dit Xantus, d'acheter ce toit et qu'il cultivoit avec un grand soin ne profitoient qu'il y auroit de meilleur? Eh! qu'y a-t-il de meilpoint, tout au contraire de celles que la terre pro- leur que la langue? reprit Esope. C'est le lien de la duisoit d'elle-même sans cultnre ni amendement. vie civile, la clef des sciences, l'organe de la vérité Xantus rapporta le tout à la Providence, comme on et de la raison : par elle on bâtit les villes et on les a coutume de faire quand on est court. Esope se mit police ; on instruit, on persuade, on règne dans les à rire; et, ayant tiré son maitre à part, il lui con-assemblées, on s'acquitte du premier de tous les deseilla de dire à ce jardinier qu'il lui avoit fait une voirs, qui est de louer les dieux. Hé bien, dit Xantus réponse ainsi générale, parce que la question n'étoit ( qui prétendoit l'attraper), achète-moi demain ce pas digne de lui : il le laissoit donc avec son garçon, qui est de pire: ces mêmes personnes viendront chez qui assurément le satisferoit. Xantus s'étant allé pro- moi ; et je veux diversifier. mener d'un autre côté du jardin , Ésope compara la Le lendemain Ésope ne fit encore servir que le terre à une femme qui, ayant des enfants d'un pre- même mets, disant que la langue est la pire chose mier mari , en épouserait un second qui auroit aussi qui soit au monde : c'est la mère de tous débats , la des enfants d'une autre femme : sa nouvelle épouse nourrice des procés, la source des divisions et des ne manqueroit pas de concevoir de l'aversion pour guerres. Si on dit qu'elle est l'organe de la vérité, ceux-ci, et leur ôterait la nourriture afin que les c'est aussi celui de l'erreur, et, qui pis est, de la siens en profitassent. Il en étoit ainsi de la terre, calomnie. Par elle on détruit les villes, on persuade qui n'adoptoit qu'avec peine les productions du tra- de méchantes choses. Si d'un côté elle lave les dieux, vail et de la culture, et qui réservoit toute sa ten- de l'autre elle profère des blasphèmes contre leur dresse et tous ses bienfaits pour les siennes seules : puissance. Quelqu'un de la compagnie dit à Xantus elle étoit marâtre des unes et mère passionnée des que véritablement ce valet lui étoit fort nécessaire ; autres. Le jardinier parut si content de cette raison, car il savoit le mieux du monde exercer la patience qu'il offrit à Ésope tout ce qui étoit daus soo jar- d'un philosophe. De quoi vous mettez-vous en peine? din.

reprit Esope. Eh! trouve-moi, dit Xantus, un homme Il arriva quelque temps après un grand différent qui ne se mette en peine de rien. entre le philosophe et sa femme. Le philosophe, Ésope alla le lendemain sur la place ; et voyant étant de festin, mit à part quelques friandises, et dit un paysan qui regardoit toutes choses avec la froi. à Esope : Va porter ceci à ma bonne amie. Esope deur et l'indifférence d'une statue, il amena ce l'alla donner à unc petite chienne qui étoit les délices paysan au logis. Voilà , dit-il à Xantus, l'bomme de son maitre. Xantus, de retour, ne manqua pas sans souci que vous demandez. Xantus commanda à de demander des nouvelles de son présent, et si on sa femme de faire chauffer de l'eau, de la mettre l'avoit trouvé bon. Sa femme ne comprenoit rien à dans un bassin , puis de laver elle-même les pieds ce langage; on fit venir Esope pour l'éclaircir. Xan- de son nouvel hôte. Le paysan la laissa faire, quoitus, qui ne cherchoit qu'un prétexte pour le faire qu'il sût fort bien qu'il ne méritoit pas

cet honneur; battre, lui demanda s'il ne lui avoit pas dit expressé- mais il disoit en lui-même : C'est peut-être la coument : Va-t'en porter de ma part ces friandises à ma tume d'en user ainsi. On le fit asscoir au haut bout; bonne amie. Esope répondit là-dessus que la bonne il prit sa place sans cérémonie. Pendant le repas, amie n'étoit pas la femme, qui, pour la moindre Xantus ne fit autre chose que blâmer son cuisinier; parole, menaçoit de faire un divorce ; c'étoit la rien ne lui plaisoit : ce qui étoit doux, il le trouvoit chienne, qui enduroit tout, et qui revenoit faire trop salé; et ce qui étoit trop salé, il le trouvoit caresses après qu'on l'avoit battue. Le philosophe doux. L'homme sans souci le laissoit dire , et mandemeura court; mais sa femme entra dans une telle geoit de toutes ses dents. Au dessert, on mit sur la colère qu'elle se retira d'avec lui. Il n'y eut parent table un gâteau que la femme du philosophe avoit ni ami par qui Xantus ne lui fit parler, sans que les fait : Xantus le trouva mauvais, quoiqu'il fût très raisons ni les prières y gagnassent rien. Ésope s'a- bon. Voilà , dit-il, la pâtisserie la plus méchante visa d'un stratagème. Il acheta force gibier, comme que j'aie jamais mangée; il faut brûler l'ouvrière, pour une noce considérable, et fit tant qu'il fut ren- car elle ne fera de sa vie rien qui vaille : qu'on apcontré par un des domestiques de sa maitresse. Ce- porte des fagots. Attendez, dit le paysan ; je m'en lui-ci lui demanda pourquoi tant d'apprêts. Ésope lui vais querir ma femme : on ne fera qu’un bûcher dit que son maitre , ne pouvant obliger sa femme pour toutes les deux. Ce dernier trait désarçonna le de revenir, en alloit épouser une autre. Aussitôt que philosophe, et lui ôta l'espérance de jamais attraper la dame sut cette nouvelle, elle retourna chez son le Phrygicn.

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Or ce n'étoit pas seulement avec son maître qu’É- ) s'écria Ésope, les présages sont bien mentenrs ! moi, sope trouvoit occasion de rire et de dire de bons qui ai vu deux corneilles, je suis battu; mon maitre, mots, Xantus l'avoit envoyé en certain endroit : il qui n'en a vu qu'une, est prié de noces. Ce mot plut rencontra en chemin le magistrat qui lui demanda tellement à Xantus, qu'il commanda qu’on cessât de où il alloit. Soit qu'Esope fût distrait, ou pour une fouetter Ésope; mais quant à la liberté, il ne se autre raison, il répondit qu'il n'en savoit rien. Le pouvoit résoudre à la lui donner, encore qu'il la lui magistrat, tenant à mépris et irrévérence cette ré- promit en diverses occasions. ponse, le fit mener en prison. Comme les luissiers Un jour ils se promenoient tous deux parmi de le conduisoient : Ne voyez-vous pas, dit-il, que j'ai vieux monuments, considérant avec beaucoup de très bien répondu? Savois-je qu'on me feroit aller plaisir les inscriptions qu'on y avoit mises. Xantas où je vais ? Le magistrat le fit relâcher, et trouva en aperçut une qu'il ne put entendre, quoiqu'il deXantus heureux d'avoir un esclave si plein d'esprit. meuråt long-temps à en chercher l'explication. Elle

Xantus, de sa part, voyoit par la de quelle im- étoit composé des premières lettres de certains mots. portance il lui étoit de ne point affranchir Esope, et Le philosophe avoua ingédument que cela passoit combien la possession d'un tel esclave lui faisoit son esprit. Si je vous fais trouver un trésor par le d'honneur. Même un jour, faisant la débauche avec moyen de ces lettres, lui dit Esope, quelle récomses disciples, Ésope, qui les servoit, vit que les fu- pense aurai-je? Xantus lui promit la liberté et la mées leur échauffoient déjà la cervelle, aussi bien moitié du trésor. Elles signifient, poursuivit Ésope, au maitre qu'aux écoliers. La débauche de vin, leur qu'à quatre pas de cette colonne nous en rencontredit-il, a trois degrés : le premier, de volupté; le se- rons un. En effet, ils le trouvèrent après avoir creusé cond, d'ivrognerie; le troisième, de fureur. On se quelque peu dans terre. Le philosophe fut sommé inoqua de son observation, et on continua de vider de tenir parole, mais il reculoit toujours. Les les pots. Xantus s'en donna jusqu'à perdre la raison, dieux me gardent de t'affranchir, dit-il à Ésope, que et à se vanter qu'il boiroit la mer. Cela fit rire la tu ne m'aies donné avant cela l'intelligence de ces compagnie. Xantus soutint ce qu'il avoit dit, gagea lettres ! ce me sera un autre trésor plus précieux que sa maison qu'il boiroit la mer tout entière; et, pour celui lequel nous avons trouvé. On les a ici gravées, assurauce de la gageure, il déposa l'anneau qu'il poursuivit Esope; comme étant les premières lettres avoit au doigt.

de ces mots : ATC605 Bruata, etc.; c'est-à-dire: «Si Le jour suivant, que les vapeurs de Bacchus fu- vous reculez quatre pas, et que vous creusiez, vous reut dissipées, Xantus fut extrêmement surpris de trouverez un trésor.» Puisque tu es si subtil , reparne plus retrouver son anneau, lequel il tenoit fort tit Xantus, j'aurois tort de me défaire de toi : n'escher. Ésopelui dit qu'il étoit perdu, et que sa maison père donc pas que je t'affranchisse. Et moi, répliqua l'étoit aussi par la gageure qu'il avoit faite. Voilà le Ésope, je vous dénoncerai au roi Denys; car c'est philosophe bien alarmé : il pria Esope de lui ensei- à lui que le trésor appartient, et ces mêmes lettres gner une défaite. Ésope s'avisa de celle-ci :

commencent d'autres mots qui le signifient. Le pliQuand le jour que l'on avoit mis pour l'exécution losophe intimidé dit au Phrygien qu'il prit sa part de la gageure fut arrivé, tout le peuple de Samos de l'argent et qu'il n'en dit mot; de quoi Ésope déaccourut au rivage de la mer pour être témoin de la clara ne lui avoir aucune obligation, ces lettres honte du philosophe. Celui de ses disciples qui avoit ayant été choisies de telle manière qu'elles rengagé contre lui triomphoit déjà. Xantus dit à l'as- fermoient un triple sens, et signifioient encore : semblée : Messieurs, j'ai gagé véritablement que je « En vous en allant, vous partagerez le trésor que boirois toute la mer, mais non pas les fleuves qui vous aurez rencontré.» Dès qu'il fut de retour, Xanentrent dedans: c'est pourquoi, que celui qui a gagé tus commanda qu’on enfermât le Phrygien, et que contre moi détourne leurs cours, et puis je ferai ce l'on lui mit les fers aux pieds, de crainte qu'il n'allât que je me suis vanté de faire. Chacun admira l'ex- publier cette aventure. Helas! s'écria Ésope, est-ce pédient que Xantus avoit trouvé pour sortir à son ainsi que les philosophes s'acquittent de leurs prohonneur d'un si mauvais pas. Le disciple confessa messes ? Mais faites ce que vous voudrez, il faudra qu'il étoit vaincu, et demanda pardon à son maitre. que vous m'affranchissiez malgré vous. Xantus fut reconduit jusqu'à son logis avec accla- Sa prédiction se trouva vraie. Il arriva un prodige mation.

qui mit fort en peine les Samiens. Un aigle enleva Pour récompense, Esope lui demanda la liberté. l'anneau public (c'étoit apparemment quelque sceau Xantus la lui refusa , et dit que le temps de l'affran- que l'on apposoit aux délibérations du conseil ), et chir n'étoit pas encore venu; si toutefois les dieux le fit tomber au sein d'un esclave. Le philosophe fut l'ordonnoient ainsi, il y consentoit: parta ut, qu'il prit consulté là-dessus, et comme étant philosophe, et garde au premier présage qu'il auroit étant sorti du comme étant un des premiers de la république. 11 logis; s'il étoit heureux, et que, par exemple, deux demanda temps, et eut recours à son oracle ordicorneilles se présentassent à sa vue, la liberté lui naire : c'étoit Esope. Celui-ci lui conseilla de le proseroit donnée; s'il n'en voyoit qu'une, qu'il ne se duire en public, parce que, s'il rencontroit bien, lassât point d'être esclave. Esope sortit aussitôt. Sou l'honneur en seroit toujours à son maitre; sinon, il maitre étoit logé à l'écart, et apparemment vers un n'y auroit que l'esclave de blâmé. Xantus approuva lieu couvert de grands arbres. A peine notre Phry- la chose, et le fit monter à la tribune aux harangues. gien fut hors, qu'il aperçut deux corneilles qui s'a- Dès qu'on le vit, chacun s'éclata de rire : personne batirent sur le plus haut. Il en alla avertir son mai- ne s'imagina qu'il pût rien partir de raisonnable d'un tre qui voulut voir lui-même s'il disoit vrai. Tandis homme fait de cette manière. Esope leur dit qu'il ne que Xantus venoit, l'une des corneilles s'envola. Me falloit pas cousidérer la forme du vase, mais la litromperas-tu toujours ? dit-il à Esope : qu'on lui queur qui y étoit enfermée. Les Samiens lui crièdonne des étrivières. L'ordre fut exécuté. Pendaut rent qu'il dit donc sans crainte ce qu'il jugeoit de le supplice du pauvre Ésope, on vint inviter Xantus ce prodige. Ésope s'en excusa sur ce qu'il n'osoit le à un repas : il promit qu'il s'y trouveroit. Hélas ! faire. La Fortune, disoit-il, avoit mis un débat de

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gloire entre le maître et l'esclave: si l'esclave disoit / rus , assisté d'Esope, avoit toujours l'avantage, et mal, il seroit battu; s'il disoit mieux que le maitre, se rendoit illustre parmi les autres, soit à résoudre, il seroit battu encore. Aussitôt on pressa Xantus de soit à proposer. l'affranchir. Le philosophe résista long-temps. A la

Cependant notre Phrygien se maria; et, ne pouvant fin le prevôt de ville le menaça de le faire de son avoir d'enfants, il adopta un jeune homme d'extracoffice, et en vertu du pouvoir qu'il en avoit comme

tion noble, appelé Ennus. Celui-ci le paya d'ingramagistrat; de façon que le philosophe fut obligé de titude , et fut si méchant que d'oser souiller le lit de donner les mains. Cela fait, Esope dit que les Sa

son bienfaiteur. Cela étant venu à la connaissance miens étoient menacés de servitude par ce prodige; d'Ésope, il le chassa. L'autre, afin de s'en venger, et que l'aigle enlevant leur sceau ne signifioit autre contrefit des lettres par lesquelles il sembloit qu'Échose qu'un roi puissant qui vouloit les assujetir. sope eût intelligence avec les rois qui étoient émules

Peu de temps après, Crésus, roi des Lydiens , fit de Lycérus. Lycérus, persuadé par le cachet et par dénoncer à ceux de Samos qu'ils eussent à se rendre la signature de ces lettres, commanda à un de ses ses tributaires; sinon, qu'il les y forceroit par les ar- officiers nommé Hermippus que, sans chercher de mes. La plupart étoient d'avis qu'on lui obéit. Ésope plus grandes preuves, il fit mourir promptement le leur dit que la Fortune présentoit deux chemins aux traitre Ésope. Cet Hermippus, étant ami du Phrykommes : l’un, de liberté, rude et épineux au com- gien, lui sanva la vie ; et, à l'insu de tout le monde, mencement, mais dans la suite très agréable; l'au- le nourrit long-temps dans un sépulere, jusqu'à tre, d'esclavage, dont les commencements étoient ce que Necténabo, roi d'Égypte, sur le bruit de la plus aisés, mais la suite laborieuse. C'étoit conseiller mort d'Ésope, crut à l'avenir rendre Lycérus son assez intelligiblement aux Samiens de défendre leur tributaire. Il osa le provoquer , et le défia de lui liberté. Ils renvoyèrent l'ambassadeur de Crésus envoyer des architectes qui sussent bâtir une tour en avec peu de satisfaction,

l'air, et, par mème moyen, un homme prêt à réponCrésus se mit en état de les attaquer. L'ambassa- | dre à toutes sortes de questions. Lycérus ayant lu deur lui dit que, tant qu'ils auroient Esope avec eux, les lettres et les ayant communiquées aux plus hail auroit peine à les réduire à ses volontés, vu la biles de son état , chacun d'eux demeura court; ce confiance qu'ils avoient au bon sens du personnage. qui fit que le roi regretta Ésope; quand Hermippus Crésus le leur envoya demander, avec promesse de Ini dit qu'il n'étoit pas mort et le fit venir. Le Phryleur laisser la liberté, s'ils le lui livroient. Les prin- gien fut très bien reçu, se justilia , et pardonna à cipaux de la ville trouvèrent ces conditions avanta- Ennus. Quand à la lettre du roi d'Egypte, il n'en fit geuses, et ne crurent pas que leur repos leur coûtât que rire, et manda qu'il enverroit au printemps les trop cher quand ils l'achèteroient aux dépens d'É- | architectes et le répondant à toutes sortes de quessope. Le Phrygien leur fit changer de sentiment en tions. Lycérus remit Esope en possession de tous ses leur contant que, les loups et les brebis ayant fait biens, et lui fit livrer Ennus pour en faire ce qu'il un traité de paix, celles-ci donnèrent leurs chiens voudroit. Esope le reçut comme son enfant; et, pour pour otages. Quand elles n'eurent plus de défen- toute punition, lui recommanda d'honorer les dieux seurs, les loups les étranglèrent avec moins de peine et son prince , se rendre terrible à ses ennemis, faqu'ils ne faisoient. Cet apologue fit son effet : les cile et commode aux autres; bien traiter sa femme, Samicns prirent une délibération toute contraire à sans pourtant lui confier son secret ; parler peu , et celle qu'ils avoientprise. Esope voulut toutefois aller chasser de chez soi les habillards; ne se point laisser vers Crésus, et dit qu'il les serviroit plus utilement abattre au malheur ; avoir soin du lendemain , car il étant près du roi que s'il demeuroit à Samos. vaut mieux enrichir ses ennemis par sa mort que

Quand Crésus le vit, il s'étonna qu’une si chétive d'être importun à ses amis pendant son vivant; surcréature lui eût été un si grand obstacle. Quoi! voilà tout n'être point envieux du bonheur ni de la verti celui qui fait qu'on s'oppose à mes volontés ! s'écria- d'autrui , d'autant que c'est se faire du mal à soit-il. Esope se prosterna à ses pieds. Un homme pre-même. Ennus, touché de ces avertissements et de la noit des sauterelles, dit-il, une cigale lui tomba aussi bonté d'Ésope, comme d'un trait qui lui auroit pénésous la main. Il s'en alloit la tuer comme il avoit fait tré le cæur , mourut pen de temps après. les sauterelles. Que vous ai-je fait? dit-elle à cet Pour revenir au défi de Nectenabo , Esope choisit homme : je ne ronge point vos blés; je ne vous pro- dles aiglons, et les fit instruire (chose disticile à cure aucuu dommage : vous ne trouverez en moi croire ) ; il les fit, dis-je, instruire à porter en l'air que la voix, dont je me sers fort innocemment. chacun un panier dans lequel étoit un jeune enfant. Grand roi, je ressemble à cette cigale: je n'ai que Le printemps venu, il s'en alla en Egypte avec tout la voix, et ne m'en suis point servi pour vous cet équipage; non sans tenir en grande admiration offenser. Crésus, touché d'admiration et de pitié, et en attente de son dessein les peuples chez qui il non seulement lui pardonna, mais il laissa en repos passoit. Nectenabo , qui, sur le bruit de sa mort, les Samiens à sa considération.

avoit envoyé l'énigme , fut extrêmement surpris de En ce temps-là le Phrygien composa ses fables, les- son arrivée. Il ne s'y attendoit pas, et ne se fût jaquelles il laissa au roi de Lydic, et fut envoyé par mais engagé dans un tel défi contre Lycérus, s'il eût lui vers les Samiens, qui décernerent à Ésope de cru Esope vivant. Il lui demanda s'il avoit amené les grands lionneurs. Il lui prit aussi envie de voyager architectes et le répondant. Esope dit que le réponet d'aller par le monde, s'entretenant de diverses | dant étoit lui-même, et qu'il feroit voir les architecchoses avec ceux que l'on appeloit philosophies. En- tes quand il seroit sur le lieu. On sortit en pleine fin il se mit en grand crédit près de Lycérus, roi campagne , ou les aigles enlevèrent les paniers avec de Babylone. Les rois d'alors s'envoyoient les uns les petits enfants, qui crioient qu'on leur donnat du aux autres des problèmes à résoudre sur toutes sor- mortier, des pierres ct du bois. Vous voyez , dit tes de matières, à condition de se payer une espèce Esope à Nectónabo, je vous ai trouvé des ouvriers ; de tribut ou d'amende; selon qu'ils répondroient fournissez-leur des matériaux. Nceténabo avoua que bien ou mal aux questions proposées ; en quoi Lycé- | Lycérus étoit le vainqueur. Il proposa toutefois ceci

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