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15
FABLES, LIVRE II.
Est lui seul l'honneur du printemps.

Junon répondit en colère :
Oiseau jaloux, et qui devrois te taire,

FABLE XIX.
Est-ce à toi d'envier la voix du rossignol,

LE LION ET L'ANE CHASSANT.
Toi que l'on voit porter à l'entour de ton col
Un arc-en-ciel nué de cent sortes de soies;
Qui te panades, qui déploies

Le roi des animaux se mit un jour en tête
Une si riche queue , et qui semble à nos yeux

De giboyer: il célébroit sa fête.
La boutique d'un lapidaire ?

Le gibier du lion, ce ne sont pas moineaux,
Est-il quelque oiseau sous les cieux

Mais beaux et bons sangliers, daimset cerfs bons beaux.
Plus que toi capable de plaire?

Pour réussir dans cette affaire
Tout animal n'a pas toutes propriétés.

Il se servit du ministère
Nous vous avons donné diverses qualités:

De l'âne à la voix de Stentor.
Les uns ont la grandeur et la force en partage ;

L'âne à inesser lion fit office de cor.
Le faucon est léger, l'aigle plein de courage;

Le lion le posta, le couvrit de ramée,
Le corbeau sert pour le présage;

Lui commanda de braire, assuré qu'à ce sou
La corneille avertit des malheurs à venir:

Les moins intimidés fuiroient de leur maison.
Tous sont contents de leur ramage.

Leur troupe n'étoit pas encore accoutumée
Cesse donc de te plaindre; ou bien, pour te punir,

A la tempête de sa voix;
Je t’óterai ton plumage.

L'air en retentissoit d'un bruit épouvantable:
La frayeur saisissoit les hôtes de ces bois;
Tous fuyoient, tous tomboient au piége inévitable

Où les attendoit le lion.
FABLE XVIII.

N'ai-je pas bien servi dans cette occasion ?
LA CHATTE MÉTAMORPHOSÉE EN FEMME.

Dit l'âne en se donnant tout l'honneur de la chasse.

Qui, reprit le lion, c'est bravement crié :
Un homme chérissoit éperdument sa chatte; Si je ne connoissois ta personne et ta race,
Il la trouvoit mignonne, et belle, et délicate,

J'en serois moi-même effrayé.
Qui miauloit d'un ton fort doux :

L'âne, s'il eût osé, se fût mis en colère,
Il étoit plus fou que les fous.

Encor qu'on le raillât avec juste raison :
Cet homme donc, par prières, par larmes, Car qui pourroit souffrir un âne fanfaron?
Par sortiléges et par charmes,

Ce n'est pas là leur caractère.
Fait tant qu'il obtient du destin
Que sa chatte, en un beau matin,
Devient femme; et, le matin même,
Maitre sot en fait sa moitié.

FABLE XX.
Le voilà fou d'amour extrême,

TESTAMENT EXPLIQUÉ PAR ÉsOpE.
De fou qu'il étoit d'amitié.
Jamais la dame la plus belle

Si ce qu'on dit d’Esope est vrai,
Ne charma tant son favori

C'étoit l'oracle de la Grèce :
Que fait cette épouse nouvelle

Lui seul avoit plus de sagesse
Son hypocondre de mari.

Que tout l'aréopage. En voici pour essai
Il l'amadoue; elle le flatte:

Une histoire des plus gentilles,
Il n'y trouve plus rien de chatte;

Et qui pourra plaire au lecteur:
Et, poussant l'erreur jusqu'au bout,
La croit femme en tout et partout;

Un certain homme avoit trois filles,
Lorsque quelques souris qui rongcoient de la natte Toutes trois de contraire humeur:
Troublèrent le plaisir des nouveaux mariés.

Une buveuse, une coquette;
Aussitôt la femme est sur pieds.

La troisième, avare parfaite.
Elle manqua son aventure.

Cet homme, par son testament,
Souris de revenir, femme d'être en posture :

Selon les lois municipales,
Pour cette fois elle accourut à point;

Leur laissa tout son bien par portions égales,
Car, ayant changé de figure,

En donnant à leur mère tant,
Les souris ne la craignoient point.

Payable quand chacune d'elles
Ce lui fut toujours une amorce,

Ne possèderoit plus sa contingente part.
Tant le naturel a de force.

Le père mort, les trois femelles
Il se moque de tout: certain âge accompli,

Courent au testament, sans attendre plus tard.
Le vase est imbibé, l'étoffe a pris son pli.

On le lit, on tâche d'entendre
En vain de son train ordinaire

La volonté du testateur ;
On le veut désaccoutumer :

Mais en vain : car comment comprendre
Quelque chose qu'on puisse faire,

Qu'aussitôt que chacune sæur
On ne sauroit le réformer.

Ne possédera plus sa part héréditaire
Coups de fourche ni d'étrivières

Il lui faudra payer sa mère ?
Ne lui font changer de manières;

Ce n'est pas un fort bon moyen
Et fussiez-vous embâtonnés,
Jamais vous n'en serez les maitres.

Pour payer que d'être sans bien.

Que vouloit donc dire le père ?
Qu'on lui ferme la porte au nez,

L'affaire est consultée; et tous les avocats,
Il reviendra par les fenêtres.

Après avoir tourné le cas

En cent et cent mille manières,

Petits et grands, tout approuva
Y jettent leur bonnet, se confessent vaincus, Le partage et le choix: Esope seul trouva
Et conseillent aux héritières

Qu'après bien du temps et des peines
De partager le bien sans songer au surplus.

Les gens avoient pris justement
Quant à la somme de la veuve,

Le contre-pied du testament.
Voici, leur dirent-ils, ce que le conseil treuve : Si le défunt vivoit, disoit-il, que l'Attique
Il faut que chaque seur se charge par traité

Auroit de reproches de lui!
Du tiers, payable à volonté;

Comment! ce peuple, qui se pique Si mieux n'aime la mère en créer une rente,

D'être le plus subtil des peuples d'aujourd'hui, Dès le décès du mort courante.

A si mal entendu la volonté suprême La chose ainsi réglée, on composa trois lots :

D'un testateur! Ayant ainsi parlé, En l'un les maisons de bouteille,

Il fait le partage lui-même, Les buffets dressés sous la treille,

Et donne à chaque sæur un lot contre son gré; La vaisselle d'argent, les cuvettes, les brocs,

Rien qui pût être convenable,
Les magasins de malvoisie,

Partant rien aux sœurs d'agréable :
Les esclaves de bouche, et, pour dire en deux mots, A la coquette, l'attirail
L'attirail de la goinfrerie :

Qui suit les personnes buveuses;
Dans un autre, celui de la coquetterie;

La biberonne eut le bétail ; La maison de la ville, et les meubles exquis,

La ménagère eut les coiffeuses.
Les eunuques et les coiffeuses,

Tel fut l'avis du Phrygien,
Et les brodeuses,

Alléguant qu'il n'étoit moyen
Les joyaux, les robes de prix :

Plus sûr pour obliger ces filles Dans le troisième lot, les fermes, le ménage,

A se défaire de leur bien; Les troupeaux et le pâturage,

Qu'elles se mariroient dans les bonnes familles Valets et betes de labeur.

Quand on leur verroit de l'argent; Ces lots faits, on jugea que le sort pourroit faire

Paîroient leur mère tout comptant; Que peut-être pas une saur

Ne possèderoient plus les effets de leur père : N'auroit ce qui lui pourroit plaire.

Ce que disoit le testament. Ainsi chacune prit son inclination,

Le peuple s'étonna comme il se pouvoit faire Le tout à l'estimation.

Qu'un homme seul eût plus de sens Ce fut dans la ville d'Athènes

Qu'une multitude de gens. Que cette rencontre arriva.

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A. M. D. M.

FABLE PREMIÈRE.

On lui lia les pieds, on vous le suspendit;

Puis cet homme et son fils le portent comme un lustre.
LE MEUNIER, SON FILS, ET L'ane.

Pauvres gens ! idiots ! couple ignorant et rustre !
Le premier qui les vit de rire s'éclata :

Quelle farce, dit-il, vont jouer ces gens-là ?
L'invention des arts étant un droit d'aînesse, Le plus âne des trois n'est pas celui qu'on pense.
Nous devons l'apologue à l'ancienne Grèce : Le meunier, à ces mots, connoît son ignorance;
Mais ce champ ne se peut tellement moissonner, Il met sur pieds sa bête, et la fait détaler.
Que les derniers venus n'y trouvent à glaner. L'âne, qui goûtoit fort l'autre façon d'aller,
La feinte est un pays plein de terres désertes; Se plaint en son patois. Le meunier n'en a cure;
Tous les jours nos auteurs y font des découvertes. Il fait monter son fils, il suit; et, d'aventure,
Je t'en veux dire un trait assez bien inventé : Passent trois bons marchands. Cet objet leur déplut.
Autrefois à Racan Malherbe l'a conté.

Le plus vieux au garçon s'écria tant qu'il put : Ces deux rivaux d'Horace, héritiers de sa lyre, Oh la! ob ! descendez, que l'on ne vous le dise, Disciples d'Apollon, nos maitres, pour mieux dire, Jeune homme qui menez laquais à barbe grise ! Se rencontrant un jour tout seuls et sans témoins C'étoit à vous de suivre, au vieillard de monter. (Comme ils se confioient leurs pensers et leurs soins), Messieurs, dit le meunier, il vous faut contenter. Racan commence ainsi : Dites-moi, je vous prie,

L'enfant met pied à terre, et puis le vieillard monte; Vous qui devez savoir les choses de la vie,

Quand trois filles passant, l'une dit:C'est grand'honte Qui par tous ses degrés avez déjà passé,

Qu'il faille voir ainsi clocher ce jeune fils, Et que rien ne doit fuir en cet âge avancé,

Tandis que ce nigaud, comme un évêque assis, A quoi me résoudrai-je? Il est temps que j'y pense.

Fait le veau sur son âne, et pense être bien sage. Vous connoissez mon bien, mon talent, ma naissance : Il n'est, dit le meunier, plus de veaux à mon âge: Dois-je dans la province établir mon séjour ?

Passez votre chemin, la fille, et m'en croyez. Prendre emploi dans l'armée, ou bien charge à la cour? Après maints quolibets coup sur coup renvoyés, Tout au monde est mélé d'amertume et de charmes : L'homme crut avoir tort, et mit son fils en croupe. La guerre a ses douceurs, l'hymen a ses alarmes. Au bout de trente pas, une troisième troupe Si je suivois mon goût, je saurois où buter; Trouve encore à gloser. L'un dit : Ces gens sont fous! Mais j'ai les miens, la cour, le peuple à contenter. Le baudet n'en peut plus; il mourra sous leurs coups. Malherbe là-dessus: Contenter tout le monde! Hé quoi, charger ainsi cette pauvre bourrique! Écoutez ce récit avant que je réponde.

N'ont-ils point de pitié de leur vieux domestique ?

Sans doute qu'à la foire ils vont vendre sa peau. J'ai lu dans quelque endroit qu'un meunier et son fils, Parbleu ! dit le meunier, est bien fou du cerveau L'un vieillard, l'autre

enfant, non pas des plus petits, Qui prétend contenter tout le monde et son père. Mais garçon de quinze ans, si j'ai bonne mémoire, Essayons toutefois si par quelque manière Alloient vendre leur âne, un certain jour de foire.

Nous en viendrons à bout. Ils descendent tous deux : Afin qu'il fût plus frais et de meilleur débit,

L'âne se prélassant marche seul devant eux.

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L Jo De L

LE LOUP DEVENU BERGER.

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Un quidam les rencontre et dit : Est-ce la mode Et par cet apologue, insigne entre les fables,
Que baudet aille à l'aise, et meunier s'incommode? Les ramena dans leur devoir.
Qui de l'âne ou du maître est fait pour se lasser?
Je conseille à ces gens de le faire enchâsser.
Ils usent leurs souliers, et conservent leur âne!

FABLE III.
Nicolas, au rebours : car, quand il va voir Jeanne,
Il monte sur sa bête; et la chanson le dit.
Beau trio de baudets! Le meunier repartit :
Je suis âne, il est vrai, j'en couviens, je l'avoue; Un loup qui commençoit d'avoir petite part
Mais

que
dorénavant on me blâme, on me loue,

Aux brebis de son voisinage
Qu'on dise quelque chose ou qu'on ne dise rien, Crut qu'il falloit s'aider de la peau du renard
J'en veux faire à ma tête. Il le fit, et fit bien.

Et faire un nouveau personnage.

Il s'habille en berger, endosse un hoqueton,
Quant à vous, suivez Mars, ou l'Amour, ou le prince; Fait sa houlette d'un bâton,
Allez, vencz, courcz; demeurez en province;

Sans oublier la cornemuse.
Prenez femme, abbaye, emploi, gouvernement :

Pour pousser jusqu'au bout la ruse, Les gens en parleront, n'en doutez nullement. Il auroit volontiers écrit sur son chapeau :

C'est moi qui suis Guillot, berger de ce troupeau.

Sa personne étant ainsi faite,
FABLE II.

Et ses pieds de devant posés sur sa houlette,

Guillot le sycophante approche doucement.
LES MEMBRES ET L'ESTOMAC.

Guillot, le vrai Guillot, étendu sur l'herbette,

Dormoit alors profondément; Je defois par la royauté

Son chien dormoit aussi, comme aussi sa musette; Avoir commencé mon ouvrage :

La plupart des brebis dormoient pareillement. A la voir d'un certain côté,

L'hypocrite les laissa faire; Messer Gaster en est l'image;

Et, pour pouvoir mener vers son fort les brebis, S'il a quelque besoin, tout le corps s'en ressent. Il voulut ajouter la parole aux habits,

Chose qu'il croyoit nécessaire;
De travailler pour
lui les membres se lassant,

Mais cela gâta son affaire :
Chacun d'eux résolut de vivre en gentilhomme, Il ne put du pasteur contrefaire la voix.
Sans rien faire, alléguant l'exemple de Gaster. Le ton dont il parla fit retentir les bois,
Il faudroit, disoient-ils, sans nous, qu'il vécût d'air. Et découvrit tout le mystère.
Nous suons, nous peinons comme bêtes de somme; Chacun se réveille à ce son,
Et pour qui? pour lui seul : nous n'en profitons pas; Les brebis, le chien, le garçon.
Notre soin n'aboutit qu'à fournir ses repas. (dre. Le pauvre loup, dans cet esclandre,
Chômons; c'est un métier qu'il veut nous faire appren- Empêché par son hoqueton,
Ainsi dit, ainsi fait. Les mains cessent de prendre, Ne put ni fuir ni se défendre.

Les bras d'agir, les jambes de marcher.
Tous dirent à Gaster qu'il en allâl chercher. Toujours par quelque endroit fourbes se laissent prendre.
Ce leur fut une erreur dont ils se repentirent :

Quiconque est loup agisse en loup:
Bientôt les pauvres gens tombèrent en langueur,

C'est le plus certain de beaucoup.
Il ne se forma plus de nouveau sang au caur;
Chaque membre en souffrit; les forces se perdirent.

Par ce moyen, les mutins virent
Que celui qu'ils croyoient oisif et paresseux

FABLE IV.
A l'intérêt commun contribuoit plus qu'eux.

LES GRENOUILLES QUI DEMANDENT UN nor. Ceci peut s'appliquer à la grandeur royale.

Les grenouilles, se lassant Elle reçoit et donne, et la chose est égale.

De l'état démocratique, Tout travaille pour elle, et réciproquement

Par leurs clameurs firent tant Tout tire d'elle l'aliment.

Que Jupin les soumit au pouvoir monarchique. Elle fait subsister l'artisan de ses peines,

Il leur tomba du ciel un roi tout pacifique : Enrichit le marchand, gage le magistrat,

Ce roi fit tontefois un tel bruit en tombant, Maintient le laboureur, donne paie au soldat,

Que la gent marécageuse, Distribue en cent lieux ses graces souveraines,

Gent fort sotte et fort peureuse, Entretient scule tout l'état.

S'alla cacher sous les eaux,

Dans les joncs, dans les roscaux, Ménénius le sut bien dire.

Dans les trous du marécage, La commune s'alloit séparer du sénat.

Sans oser de long-temps regarder au visage Les mécontents disoient qu'il avoit tout l'empire, Celui qu'elles croyoient être un géant nouveau. Le pouvoir; les trésors, l'honneur, la dignité;

Or c'étoit un soliveau, Au lieu que tout le mal étoit de leur côté,

De qui la gravité fit peur à la première Les tributs, les impôts, les fatigues de guerre.

Qui, de le voir s'aventurant,
Le peuple hors des murs étoit déjà posté,

Osa bien quitter sa tanière.
La plupart s'en alloient chercher une autre terre, Elle approcha, mais en tremblant.
Quand Menénius leur fit voir

Une autre la suivit, une autre en fit autant :
Qu'ils étoient aux membres semblables,

Il en vint une fourmiliere;

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LE RENARD ET LE DOUC.

19 Et leur troupe à la fin se rendit familière

Ne tardera possible guères. Jusqu'à sauter sur l'épaule du roi.

Voyez-vous à nos pieds fouir incessamment
Le bon sire le souffre, et se tient toujours coi, Cette maudite laie, et creuser une mine?
Jupin en a bientôt la cervelle rompue :

C'est pour déraciner le chêne assurément,
Donnez-nous, dit ce peuple, un roi qui se remue! Et de nos nourrissons attirer la ruine :
Le monarque des dieux leur envoie une grue,

L'arbre tombant, ils seront dévorés;
Qui les croque, qui les tue,

Qu'ils s'en tiennent pour assurés.
Qui les gobe à son plaisir;

S'il m'en restoit un seul, j'adoucirois ma plainte.
Et grenouilles de se plaindre,

Au partir de ce lieu, qu'elle remplit de crainte, Et Jupiu de leur dire : Hé quoi! votre désir

La perfide descend tout droit
A ses lois croit-il nous astreindre?

A l'endroit
Vous avez dù premièrement

Où la laie étoit en gesine.
Garder votre gouvernement;

Ma bonne amie et ma voisine,
Mais ne l'ayant pas fait, il vous devoit suffire Lui dit-elle tout bas, je vous donne un avis :
Que votre premier roi fût débonnaire et doux: L'aigle, si vous sortez, fondra sur vos petits.
De celui-ci contentez-vous,

Obligez-moi de n'en rien dire;
De peur d'en rencontrer un pire.

Son courroux tomberoit sur moi.
Dans cette autre famille ayant semé l'effroi,

La chatte en son trou se retire.
FABLE V.

L'aigle n'ose sortir, ni pourvoir aux besoins

De ses petits; la laie encore moins :
Sottes de ne pas voir que le plus grand des soins

Ce doit être celui d'éviter la fainine.
Capitaine renard alloit de compagnie

A demeurer chez soi l'une et l'autre s'obstine, Avec son ami bouc des plus haut encornés :

Pour secourir les siens dedans l'occasion : Celui-ci ne voyoit pas plus loin que son nez;

L'oiseau royal, en cas de miue;
L'autre étoit passé maitre en fait de tromperie.

La laie, en cas d'irruption.
La soif les obligca de descendre en un puits ; La faim détruisit tout; il ne resta personne
Là, chacun d'eux se désaltére.

De la gent marcassine et de la gent aiglonne
Après qu'abondamment tous deux en eurent pris, Qui n'allât de vie à trépas :
Le renard dit au bouc: Que ferons-nous, compère ? Grand renfort pour messieurs les chats.
Ce n'est pas tout de boire; il faut sortir d'ici.
Lève tes pieds en haut, et tes cornes aussi;

Que ne sait point ourdir une langue traîtresse
Mets-les contre le mur: le long de ton échine

Par sa pernicieuse adresse ! Je grimperai premièrement;

Des malheurs qui sont sortis Puis sur tes cornes m'élevant,

De la boite de Pandore, A l'aide de cette machine,

Celui qu'à meilleur droit tout l'univers abhorre, De ce lieu-ci je sortirai,

C'est la fourbe, à mon avis.
Après quoi je t'en tirerai.
Par ma barbe! dit l'autre, il est bon; et je loue

Les gens bien sensés comme toi.
Je n'aurois jamais, quant à

FABLE VII.
mol,
Trouvé ce secret, je l'avoue.

L'IVAOGXE ET SA FEMME.
Le renard sort du puits, laisse son compagnon,
Et vous lui fait un beau sermon

Chacun a son défaut, où toujours il revient:
Pour l'exhorter à patience.

Honte ni peur n'y remédie. Si le ciel t'eût, dit-il, donné par excellence

Sur ce propos, d'un conte il me souvient : Autant de jugement que de barbe au menton,

Je ne dis rien que je n'appuie
Tu n'aurois pas à la légère

De quelque exemple. Un suppôt de Bacchus
Descendu dans ce puits. Or, adieu ; j'en suis bors : Altéroit sa santé, son esprit et sa bourse :
Tåche de t'en tirer, et fais tous tes efforts;

n'ont pas fait la moitié de leur course Car, pour moi, j'ai certaine affaire

Qu'ils sont au bout de leurs écus. Qui ne me permet pas d'arrêter en chemin.

Un jour que celui-ci, plein du jus de la treille,

Avoit laissé ses sens au fond d'une bouteille, En toute chose il faut considérer la fin.

Sa femme l'enferma dans un certain tombeau.

Là, les vapeurs du vin nouveau

Cuvèrent à loisir. A son réveil il treuve
FABLE VI.

L'attirail de la mort à l'entour de son corps,

Un luminaire, un drap des morts.
L'AIGLE, LA LAIE, ET LA CHATTE.

Oh! dit-il, qu'est-ce ci? Ma femme est-elle veuve? L'aigle avoit ses petits au baut d'un arbre creux,

Là-dessus, son épouse, en habit d'Alecton,

Masquée, et de sa voix contrefaisant le ton,
La laie au pied, la chatte entre les deux ;
Et , sans s'incommoder, moyennant ce partage,

Vient au prétendu mort, approche de sa bière,
Mères et nourrissons faisoient leur tripotage.

Lui présente un chaudeau propre pour Lucifer.

L'époux alors ne doute en aucune manière La chatte détruisit par sa fourbe l'accord;

Qu'il ne soit citoyen d'enfer. Elle grimpa chez l'aigle, et lui dit : Notre mort (Au moins de nos enfants, car c'est tout un aux mères)

Quelle personne es-tu ? dit-il à ce fantôme.

La cellerière du royaume

Telles gens

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