Page images
PDF
EPUB

sur lui.

la philosophie expérimentale, et surtout à la chymie , pour laquelle il paraît avoir eų un goût particulier.

En 1666, Colbert, qui savait combien la gloire des lettres contribue à la splendeur d'un état , proposa et fit approuver au roi l'établissement de l'académie royale des sciences. Il rassembla avec un discernement exquis" un petit nombre d'hommes , excellens chacun dans son genre. Il fallait à cette compagnie an secrétaire qui entendit et qui parlåt bien toutes les différentes langues de ces sayans; celle d'un chymiste, par exemple , et celle d'un astronome, qui fût auprès du public leur interprète commun; qui pût donner å tant de matières épineuses et abstraites des éclaircissemens, un certain tour , et même un agrément que les auteurs négligent quelquefois de leur donner , et que cependant la plupart des lecteurs demandent; enfin , qui , par son caractère , fût exempt de partialité, et propre à rendre un compte désintéressé des contestations académiques. Le choix de Colbert pour cette fonction tomba sur du Hamel ; et après les épreuves qu'il avait faites sans y penser, de toutes les qualités nécessaires , un choix aussi éclairé ne pouvait tomber que

Sa belle latinité ayant beaucoup brillé dans ses ouvrages, et d'autant plus que les matières étaient moins favorables , il fut choisi pour mettre en latin un traité des droits de la feue reine sur le Brabant, sur Namur , et sur quelques autres seigneuries des pays-bas Espagnols. Le roi qui le fit publier en 1667, voulait qu'il pût être lu de toute l'Europe , où ses conquêtes, et peut-être aussi un grand nombre d'exceļlens livres, n'avaient pas encore rendu le français aussi familier qu'il l'est devenu.

A cet ouvrage , qui soutenait les droits de la reine , il en succéda l'année suivante un autre de la même main, et en latin, qui soutenait les droits de l'archevêque de Paris contre les exemptions que prétend l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés. Ce fut Perefixe, alors archevêque, qui engagea du Hamel à cette en-. treprise, et apparemment il crut que le nom d'un auteur , si éloigné d'attaquer sans justice, et même d'attaquer , serait un grand préjugé pour le siége archiepiscopal. En effet, c'est là la seule fois que du Hamel ait forcé son caractère jusqu'a prendre le personnage d'agresseur; et il est bon qu'il l'ait pris une fois pour laisser un modèle de la modération et de l'honnêteté avec laquelle ces sortes de contestations devraient être conduites.

Sa grande réputation sur la latinité fut cause encore qu'en la même année 1668, Colbert de Croissy , plénipotentiaire pour paix d'Aix-la-Chapelle, l'y mena avec lui. Il pouvait l'employer souvent

pour

tout ce qui se devait traiter en latin avec les mi

la

[ocr errors]
[ocr errors]

nistres étrangers; et quoique la pureté de cette langue puisse paraître une circonstance peu importante par rapport à une négociation de paix, les politiques savent assez qu'il ne faut rien négliger de ce qui peut donner du relief à une nation aux yeux de ses voisins ou de ses ennemis.

Après la paix d'Aix-la-Chapelle , de Croissy alla ambassadeur en Angleterre , et du Hamel l’y accompagna. Il fit ce voyage en philosophe; sa principale curiosité fut de voir les sayans, surtout l'illustre Boyle, qui lui ouvrit tous ses trésors de physique expérimentale. De lá il passa en Hollande avec le même esprit, et il rapporta de ces deux voyages des richesses dont il a ensuite orné ses livres.

Revenu en France, et occupant sa place de secrétaire de l'académie, il publia son traité de corporum affectionibus en 1670. Là il pousse la physique jusqu'à la médecine , dont il ne se contente pas d'effleurer les principes. Deux ans après, il donna son traité de mente humana. C'est une logique métaphysique, ou une théorie de l'entendement humain et des idées , avec l'art de conduire sa raison. Quoique les expériences physiques paraissent étrangères à ce sujet , elles y entrent cependant en assez grande quantité, elles fournissent tous les exemples dont l'auteur a besoin ; il en était si plein , qu'elles semblent lui échapper à chaque moment.

Un an après , c'est-à-dire en 1673 , parut son livre de corpore animato. On peut juger par le titre si la physique expérimentale y est employée. Surtout l'anatomie y règne. Du Hamel en avait acquis une grande connaissance, et par des conférences de l'académie , et par un commerce particulier avec Stenon et du Verney. Quand du Verney commença à s'établir à Paris, et qu'il y établit en même temps , un nouveau goût pour l'anatomie, du Hamel fut un des premiers qui se saisit de lui et des découvertes qu'il apportait. Un tel disciple excita encore le jeune anatomiste à de plus grands progrès , et y contribua.

Dans ce livre de corpore animato , il fait entendre qu'on lui reprochait de ne point décider les questions, et d’être trop indéterminé entre les différens partis. Il promet de se corriger , et il faut avouer cependant qu'il ne paraît pas trop avoir tenu parole ; mais enfin il est rare qu'un philosophe soit accusé de n'être pas assez décisif. Au même endroit , il se fait à lui

même un autre reproche , dont il est beaucoup plus touché ; c'est d'être ecclésiastique, et de donner tout son temps à la philosophie profane. Il est aisé de voir quelle foule de raisons le justifiaient; mais l'extrême délicatesse de sa conscience ne s'en contentait pas. Il proteste qu'il

[ocr errors]

veut retourner à un ouvrage de théologie , dont le projet avait été formé dès le temps qu'il publia ses premiers livres , et dont" l'exécution avait toujours été interrompue.

Cependant il y survint encore une nouvelle interruption. Un ordre supérieur , et glorieux pour lui , l'engagea à composer un cours entier de philosophie selon la forme usitée dans les colléges. Cet ouvrage parut en 1678 sous le titre de philosophia v'etus et nova, ad usum scholæ accommodata, in regiå Burgundia pertractata ; assemblage aussi judicieux et aussi heureux qu'il puisse être des idées anciennes et des nouvelles, de la philosophie des mots et de celle des choses , de l'école et de l'académie. Pour en parler encore plus juste , l'école y est ménagée, mais l'académie y domine. Du Hamel y a répandu tout ce qu'il avait puisé dans les conférences académiques, expériences, découvertes , raisonnernens, conjectures. Le succès de l'ouvrage a été grand; les nouveaux systèmes déguisés en quelque sorte, ou alliés avec les anciens, se sont introduits plus facilement chez leurs ennemis et peut-être le vrai y a-t-il eu moins d'oppositions à essuyer, parce qu'il a eu le secours de quelques erreurs.

Plusieurs années après la publication de ce livre , des missionnaires qui l'avaient porté aux Indes orientales, écrivirent qu'ils y enseignaient cette philosophié avec beaucoup de succès principalement la physique , qui est des quatre parties du cours entier celle où l'académie et les modernes ont le plus de part. Des peuples peu éclairés, et conduits par le seul gott naturel , n'ont pas beaucoup hésité entre deux espèces de philosophie, dont l'une nous a si long-temps occupés.

Il semble que du Hamel ait été destiné à être le philosophe de l'orient. Le P. Bouvet, jésuite, et fameux missionnaire de la Chine, a écrit que quand ses confrères et lui voulurent faire en langue tartare une philosophie pour l'empereur de ce grand état, et le disposer par-là aux vérités de l'évangile , une des. principales sources où ils puisèrent fut la philosophie ancienne et moderne de du Hamel. L'entrée qu'elle pouvait procurer à la religion dans ces climats éloignés, a dû le consoler de l'applica-, tion qu'il y avait donnée.

A la fin il s'acquitta encore plus précisément du devoir dont. il se croyait chargé. En 1691, il imprima un corps de théologie en sept tomes, sous ce titre : Theologia speculatrix et practica juxta SS. Patrum dogmata pertractata et ad usum scholæ accommodata. La théologie a été long-temps remplie de subtilités fort ingénieuses à la vérité, utiles même jusqu'à un certain point, mais assez souvent excessives ; et l'on négligeait alors la

[ocr errors]

connaissance des pères, des conciles , de l'histoire de l'église , enfin tout ce qu'on appelle aujourd'hui théologie positive. On. allait aussi loin que l'on pouvait aller par la seule métaphysique, et sans le secours des faits

presque

entièrement inconnus; et cette théologie a pu être appelée fille de l'esprit et de l'ignorance. Mais enfin les vues plus saines et plus nettes des deux derniers sièclés ont fait renaitre la positive. Du Hamel l'a réunie dans son ouvrage avec la scolastique, et personne n'était plus propre à ménager cette réunion. Ce que la philosophie expérimentale est à l'égard de la philosophie scolastique, la théoJogie positive l'est à l'égard de l'ancienne théologie de l'école; c'est la positive qui donne du corps et de la solidité à la scolastique, et du Hamel fit précisément pour la théologie ce qu'il avait fait pour la philosophie. On voit de part et d'autre la même étendue de connaissances, le même désir et le même art de concilier les opinions, le même jugement pour choisir quand il le faut, enfin le même esprit qui agit sur différentes matières. On peut se représenter ici ce que c'est que d'être philosophe et théologien tout à la fois, philosophe qui embrasse toute la philosophie, théologien qui embrasse la théologie entière.

Ce travail presque immense lui en produisit encore un autre. On souhaita qu'il tiråt en abrégé de son corps de théologie, ce qui était le plus nécessaire aux jeunes ecclésiastiques que l'on instruit dans les séminaires. Touché de l'utilité du dessein, il l'entreprit , quoique âgé de soixante-dix ans , et sujet à une infirmité qui de temps en temps le mettait à deux doigts de la mort. Il fit même beaucoup plus qu'on ne lui demandait ; il traita quantité de matières qu'il n'avait pas fait entrer dans son premier ouvrage, et en donna un presque tout nouveau en 1694, sous ce titre: Theologiæ clericorum seminariis accommodate summarium. Ce sommaire contient cinq volumes.

Son application à la théologie ne nuisit point à ses devoirs académiques. Non-seulement il exerça toujours sa fonction, en tenant la plume et recueillant les fruits de chaque assemblée ; mais il entreprit de faire en latin une histoire générale de l'académie depuis son établissement en 1666 jusqu'en 1696. Il prit cette époque pour finir son histoire , parce qu'au commencement de 1697, il quitta la plume, ayant représenté à M. de Pontchartrain, chancelier de France, qu'il devenait trop infirme, et qu'il avait besoin d'un successeur. Il serait de mon intérêt de cacher ici le nom de celui qui osa prendre la place d'un tel homme ; mais la reconnaissance que je lui dois de la bonté avec laquelle il m'agréa, et du soin qu'il prit de me former, ne me le permet pas.

Ce fut en 1698 que parut son histoire sous ce titre: Regice scientiarum academic historia. L'édition fut bientôt enlevée, et en 1700 il en parut une seconde beaucoup plus ample , augmentée de quatre années qui manquaient à la première pour finir le siècle, et dont les deux dernières étaient comprises dans une histoire française.

Si nous n'avions une preuve incontestable par la date de ses livres, nous n'aurions pas la hardiesse de rapporter qu'en la même année 1698, où il donna pour la première fois son histoire de l'académie, il donna aussi un ouvrage théologique fort savant, intitulé: Institutiones biblicæ , seu scripturæ sacræ prolegomena , unà cum selectis annotationibus in pentateuchum. Là il ramasse tout ce qu'il y a de plus important à savoir sur la critique de l'écriture sainte ; un jugement droit et sûr est l'architecte qui choisit et qui dispose les matériaux que fournit une vaste érudition. Le même caractère règne dans les notes sur les cinq livres' de Moïse ; elles sont bien choisies, peu chargées de discours, instructives , curieuses seulement lorsqu'il faut qu'elles le soient pour être instructives, savantes sans pompe ,

mêlées quelquefois de sentimens đe piété , qui partaient aussi naturellement du coeur de l'écrivain , que du fond de la matière.

Il publia en 1701 les psaumes , et 1703 les livres de Salomon , la sapience et l'ecclésiastique, avec de pareilles notes. Tous ces. ouvrages n'étaient

que

les avant-coureurs d'un autre sans comparaison plus grand auquel il travaillait, d'une bible entière accompagnée de notes sur tous les endroits qui en demandaient, et de notes telles qu'il les faisait. Il la donna en 1705, âgé de 81 ans. Cette bible , par la beauté de l'édition , par

la commodité et l'utilité du commentaire.disposé au bas des pages , l'emporte , au jugement des savans , sur toutes celles qui ont encore paru:

Parvenu à un si grand âge, ayant acquis plus que personne le droit de se reposer glorieusement, mais incapable de ne rien faire , il voulut continuer de mettre en latin l'histoire française de l'académie ; et il avait déjà fait cet honneur à une préface générale qui marche à la tête. Mais enfin il mourut le 6 août 1706, d'une mort douce et paisible , et par la seule nécessité de mourir.

Jusqu'ici nous ne l'avons presque représenté que comme savant et comme académicien ; il faudrait maintenant le représenter comme homme , et peindre ses moeurs : mais ce serait le panegyrique d'un saint, et nous ne sommes pas dignes de toucher à cette partie de son éloge , qui devrait être fait à la face des autels, et non dans une académie. Nous en détacherons

et

« PreviousContinue »