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qu'à lui. Il paraît en effet peu convenable que l'atmosphère du soleil allât (par une matière étrangère , mue différemment des autres, et même irrégulièrement) troubler l'ordre et l'uniformité qui doit être dans le tourbillon de Mercure aussi-bien que dans les autres.

158. On pourrait même porter cette idée plus loin, si l'on considère seulement notre tourbillon solaire, et que, pour mettre tout sur le plus bas pied, on le conçoive terminé à Saturne, oit il pourrait bien ne pas l'être. On conçoit que le principal objet de cet immense édifice, ce sont ces corps solides qui sont mus et avec tant de rapidité, et avec tant de régularité. Mais toutes les masses de ces corps mises ensemble, ne sont tout au plus qu'un atôme, en comparaison de la masse presque infinie de la matière éthérée où ils flottent. Pourquoi cette étrange disproportion ? L'Océan sera-t-il fait uniquement pour porter une noisette ? Il me semble qu'on peut diminuer un peu la surprise ; je dis seulement un peu, en supposant , sur le fondement des trois atmosphères que nous avons rapportées, qu'elles sont, en général, nécessaires à tous les corps célestes ; et par conséquent il aura fallu laisser entre eux de très-grands intervalles, afin que la matière éthérée, qui est l'âme de tout le tourbillon, ayant été troublée dans son action par des atmosphères, recommençat à l'exercer en toute liberté dans de grands espaces parfaitement occupés par elle.

;

RÉFLEXIONS
SUR LA THÉORIE PRÉCÉDENTE.

I. Si le système cartésien , dont'on vient de voir l'exposition, est suffisamment établi, du moins dans ses points principaux, il est sår

que le système newtonien sera dès lors réfuté; car il suppose essentiellement l'attraction, principe très-obscur et trèscontestable, au lieu que le systeme cartésien n'est fondé que sur des principes purement mécaniques, admis de tout le monde. Mais le Newtonianisme est devenu depuis peu tellement à la mode , car il y en a aussi même chez ceux qui pensent, et il a pris, ou tant d'autorité, ou tant de vogue, qu'il mérite d'être attaqué directement et dans toutes les formes,

Ses plus zélés partisans ne disconviennent pas que l'attraction ne soit inintelligible ; mais ils disent que l'impulsion l'est aussi , parce que nous n'avons pas une idée nette de ce que le choc fait

B en repos,

passer du corps mû dans le corps en repos. Il est vrai que nous n'avons pas cette idée bien claire ; mais nous voyons très-clairement que si le corps 4 mủ choque le corps

il arrivera quelque chose de nouveau; ou A s'arrêtera , ou il retournera en arrière , ou il poussera B devant lui. Donc, l'impulsion ou le choc aura nécessairement un effet quelconque; mais de ce que A et B sont tous deux en repos à quelque distance que ce soit l'un de l'autre , il ne s'ensuit nullement qu'ils doivent aller l'un vers l'autre, ou s'attirer. On ne voit là la nécessité d'aucun effet; au contraire , on en voit l'impossibilité. Cela met une différence infinie entre ce qui reste d'obscurité dans l'idée de l'impulsion, et l'obscurité totale qui enveloppe celle de l'attraction.

II. La matière ne se meut point par elle-même, et il n'y a qu'un être étranger et supérieur à elle qui puisse la mouvoir. Tout mouvement est une action de Dieu sur la matière ; et il n'est pas étonnant que nous n'ayions pas une idée claire de cette action prise en elle-même; mais nous avons une idée très-claire de ses effets. Je vois que la force que Dieu imprime à la matière , quand il meut avec i degré de vitesse A, qui a 1 de masse , est la même que celle qui aurait mû A et B égaux avec } de vitesse ; que par conséquent, lorsque A mù choque B en repos , il a la force nécessaire pour le pousser devant lui; de sorte qu'ils iront tous deux ensemble comme une seule masse, avec une vitesse qui sera };

de là suivront, comme l'on sait, les règles du mouvement très-géométriques. Il ne reste en tout ceci d'obscurité que dans l'idée précise de l'action de Dieu, qui ne doit pas être à notre portée.

III.
Les Newtoniens peuvent dire que comme les

corps ne se meuvent que par la volonté de Dieu , il est possible que par cette même volonté ils s'attirent mutuellement; mais la différence est extrême. Dans le premier cas, la volonté de Dieu ne fait que mettre en oeuvre une propriété essentielle à la matière, sa mobilité, et déterminer au mouvement l'indifférence naturelle qu'elle a au repos ou au mouvement. Mais, dans le second

on ne voit point que les corps aient par eux-mêmes aucune disposition à s'attirer: la volonté de Dieu n'aurait aucun rapport à leur nature , et serait purement arbitraire, ce qui est fort contraire à tout ce que nous offre de toutes parts l'ordre de l'univers. Cet arbitraire admis ruinerait toute la preuve philosophique de la spiritualité de l'âme. Dieu aurait aussi bien pu donner la pensée à la matière que l'attraction.

cas,

les

IV. Si l'on dit que l'attraction mutuelle est une propriété essentielle aux corps , quoique nous ne l'apercevions pas, on en pourra dire autant des sympathies, des horreurs , de tout ce qui a fait l'opprobre de l'ancienne philosophie scolastique. Pour recevoir ces sortes de propriétés essentielles, mais qui ne tiendraient point aux essences telles que nous les connaissons, il faudrait être accablé de phénomènes qui fussent inexplicables sans leur secours; et encore même alors ce ne serait pas les expliquer.

V. L'attraction étant supposée , quelles en seront les lois ? J'entends bien qu'elle se réglera sur les masses ; j'entends aussi qu'elle sé réglera sur les distances. Un corps aura besoin d'une force attractive d'autant plus grande, que celui sur lequel il doit agir sera plus éloigné; et, ce qui en est une suite , il exercera d'autant mieux sa force, que ce second corps sera plus proche. De là s'ensuivra nécessairement que l'attraction se fera en raison inverse de la distance, ou , ce qui est le même , sera d'autant plus forte, que la distance sera plus petite; mais il s'ensuivra aussi que cette force sera infinie quand la distance sera nulle, ou que deux corps se toucheront; ce qui ne paraît pas soutenable. Il y aurait alors entre deux corps qui se toucheraient, une cohésion que nulle force finie ne pourrait vaincre. Si deux corps allaient Pun vers l'autre, il serait toujours d'autant plus difficile de les faire retourner en arrière , qu'ils se seraient plus approchés l'un de l'autre, etc. ; car on ne peut pas compter tous les inconvé niens qui naîtraient de cette règle ou loi de l'attraction. Ils auraient beau être enveloppés et déguisés par différentes circonstances physiques , il ne sera pas possible qu'on ne les reconnût et qu'on ne les démêlât souvent, et comme la loi de l'attraction, selon les Newtoniens, n'est pas la simple raison inverse des distances, mais celle de leurs carrés, tous les inconvéniens en deviendraient encore beaucoup plus forts et plus marqués ; la cohésion de deux corps qui se toucheraient, deviendrait d'autant plus invincible à toute force finie , etc. On le verra aisément, pour peu qu'on soit géomètre.

VI. Quand on veut exprimer algébriquement ou géométriquement des forces physiques et agissantes dans l'univers , et qui ont nécessairement, par leur nature, de certains rapports, et sont renfermées dans certaines conditions, il ne suffit pas d'avoir bien fait un calcul dont le résultat sera infaillible, et sur lequel on

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sera sûr de pouvoir compter; il faut encore , pour contenter sa raison, entendre ce résultat, et savoir pourquoi il est venu tel qu'il est. Ainsi , dans la théorie précédente ( 8. 14.), on a trouyé, non-seulement que la force centrifuge renferme le carré de la vitesse, mais encore pourquoi elle le renferme nécessairement. Ici , je demande pourquoi l'attraction suit les carrés des distances plutôt que toute autre puissance ? Je ne crois pas qu’l fût aisé de le dire.

VII. Du moins est-il bien certain que cette loi des carrés ne suffirait pas pour expliquer plusieurs phénomènes de chymie si violens, que les plus hautes puissances de l'attraction ne sembleraient qu'à peine y pouvoir atteindre. Cette loi des carrés n'est donc pas une loi générale de la nature.

VIII. Les deux corps A et B, égaux en masse , s'attirent avec une force égale, si l'on n'y considère rien de plus : mais cela subsiste-til encore, si A, toujours de la même masse, a un plus grand volume que B? Il semble que la force de A soit plus dispersée ; mais , d'un autre côté, elle embrassera mieux B, et avec quelque ayantage.

IX. Si A et B, égaux en masse et en volume , ne different qu'en

l'un est solide et l'autre fluide , ont-ils une force égale ? ou quelle sera la différence de leurs attractions?

X. Les corps A, B et C, égaux, étant rangés sur la même ligne et avec des distances égales , l'action mutuelle des deux extrêmes A et C passe-t-elle au travers de B, ou y est-elle arrêtée ?

xt. Mais une chose encore plus importante, c'est de savoir si, avec l'attraction, quelle qu'en soit la loi , on admettra aussi la force centrifuge ? Un corps circulant sera attiré, ou vers le centre, ou vers la circonférence du cercle qu'il décrit , et en même temps il tendra, par sa force centrifuge, à s'éloigner du centre. Cette force, dans le premier caș, diminue donc l'effet de l'attraction ; et dans le second, elle l'augmente. L'un ou l'autre cas arrive perpétuellement, sans exception ; et les effets toujours certainement altérés par la force centrifuge, le devraient être sensiblement, du moins en quelques occasions rares. Mais cela ne se rencontre jamais : les effets de l'attraction sont toujours purs et sans mélange , à cet égard, dans le système new

ce que

tonien, et par conséquent ce système est incompatible avec la force centrifuge. Cependant c'est une force bien réelle , bien démontrée, bien reconnue , même de ceux qui en reconnaissent encore quelques autres.

XII.

Malgré tout cela , dira-t-on, il est de fait que le système newtonien répond juste à tous les phénomènes. Comment est-il si heureux , s'il est faux? Je conviens qu'il répond juste aux phénomènes célestes ; et il ne laisse pourtant pas d'être faux. Ce paradoxe demande une assez longue explication.

Les astronomes n'avaient point encore de règle générale pour la détermination des différentes distances des planètes au soleil , lorsque Kepler conçut, en homme d'esprit et en grand philosophe,

, que, comme tout est lié dans la nature, ces distances inconnues pourraient bien avoir quelque rapport aux révolutions de ces mêmes planètes autour du soleil, dont les temps étaient bien certainement connus.

Il chercha ce rapport, et il trouva cette belle règle qui immortalisera son nom , que les distances sont comme les racines cúbiques des carrés des révolutions. Ce rapport ne fut tiré d'aucun principe connu d'ailleurs, ni même adapté à rien d’établi : : ce n'est qu'un simple fait qui n'a pu résulter

que

d'un nombre affreux de calculs très-embarrassés; et par là même il pouvait légitimement être suspect; mais toutes les observations de tous les astronomes se sont toujours accordées à le confirmer. C'est déjà une loi fondamentale du ciel.

D'un autre côté, Huyghens a très-ingénieusement découvert l'expression de la loi de la force centrifuge, adoptée pareillement de tout le monde, mais parce qu'elle était prouvée bien géométriquement.

Enfin, le fameux livre de Newton est entièrement fondé sur le principe des attractions en raison inverse des carrés des distances, principe qui s'accordait avec la règle de Képler , et par conséquent ne pouvait être combattu par les faits ou les observations astronomiques.

Mais comme les Cartésiens avaient les attractions en horreur, et qu'ils se flattaient de les avoir bannies pour jamais ,, ils attaquèrent le système newtopien, et firent voir qu'en appliquant aux corps célestes les forces centrifuges de Huyghens , et en les supposant en équilibre entre eux, il en naissait nécessairement la règle de Kepler, et même le principe fondamental du livre de Newton, pourvu seulement qu'on veuille bien appeler force centrifuge ce qu'il appelait attraction. Je ne puis m'empêcher

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