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On voit d'abord ici deux rotations égales, ensuite une moindre, et enfin une très-grande par rapport à elles toutes.

108. Mais si on compare aux rotations les circulations correspondantes dans les mêmes planètes, les articles 73, 74, 75 seront bien confirmés. Il sera bon de s'arrêter un peu ici à Jupiter , dont la circulation et la rotation ont quelque chose de singulier.

109. La rotation de Jupiter , qui est. 2 ou { est à celle de la terre qui est ,:: jó :: 25. 1. .Donc, sa vitesse de rotation est 25 fois plus grande que celle de la terre.

On aurait trouvé la même chose par le simple raisonnement. Le diamètre de Jupiter est un peu plus de dix fois plus grand que celui de la terre. S'il faisait sa rotation en 10 jours, elle serait presque

de la même vitesse que celle de la terre : au lieu de cela, il la fait en moins de 10 heures, plus de 24 fois plus vite.

110. Cependant à cette rotation si prompte, répond une circulation qui est 2 }, la plus lente de toutes , excepté celle de Saturne; et même 2 et 2 { étant :: 36.35, il s'en faut trèspeu que ces deux grandeurs ne soient égales, au lieu que partout ailleurs la circulation a un avantage extrême sur la rotation.

11. Cela vient d'abord de ce que le diamètre de Jupiter, singulièrement grand, du moins par rapport à ceux de toutes les planètes inférieures, donne lieu à une plus grande inégalité de forces impulsives , selon l'article 68. Mais il est vrai aussi que, dans la position où est Jupiter', cinq fois plus éloigné que la terre du centre du tourbillon, les vitesses doivent être fort diminuées, et en même temps leur inégalité quelconque. On ne sait pas ce qui en est pour le sujet présent; mais, en tout cas , voici un paradoxe qui réparera tout; c'est que si les vitesses ou leurs inégalités étaient trop faibles, ou n'étaient point à compter, les forces impulsives qui causent la rotation , y gagneraient ; car on verra, par leur formation (68), qu'au lieu d'être R et r?, elles deviendraient Ret ra, et par conséquent plus grandes qu'elles n'étaient. Ce seraient deux grands fleuves, mais l'un plus profond que l'autre , qui couleraient de la même vitesse le long des deux côtés d'un grand bâtiment; certainement il serait plus attaqué et plus endommagé par le fleuve le plus profond.

peu

de différence de la circulation et de la rotation de Jupiter , conduit à croire que ces deux grandeurs pourraient quelque part se trouver parfaitement égales. Ainsi quand, pour

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112. Le

expliquer pourquoi la lune présente toujours la même face à la terre, on a supposé sa rotation égale à sa circulation, on n'a fait qu'une hypothèse très-admissible.

113. Il est vrai aussi que la lune pourrait n'avoir point de rotation. Son diamètre, qui n'est que le quart de celui de la terre, est assez petit.

114. Le plan du grand cercle ou de l'orbite, dans laquelle une planète fait sa circulation autour du centre du tourbillon solaire , est son plan de circulation, et la perpendiculaire, tirée de ce centre sur le plan de l'orbite de la planète , est son axe de circulation. Le plan du plus grand cercle que décrive la surface de la planète dans sa rotation, ou, ce qui est le même , le plan de son équateur, est son plan de rotation; et la perpendiculaire tirée du centre de la planète sur ce plan, et qui ne peut être que la droite qui joint les deux pôles de l'équateur , est l'axe de rotation. Dans l'hypothèse du tourbillon parfaitement sphérique, les deux plans et les deux axes de circulation et de rotation, ne doivent

pas être différens : on ne voit aucun principe qui les sépare; et les deux mouvemens , qui ne sont alors que le même autant qu'il est possible , s'en exécuteront plus facilement. Jupiter est à peu près dans ce cas : son axe de rotation est presque perpendiculaire à son orbite;'mais, d'un autre côté, celui de la terre est incliné de 23 degrés à l'écliptique. Cela demande de nouvelles recherches.

SECTION VIII. Du Tourbillon environné par d'autres Tourbillons. 115. Il n'y a dans dout notre tourbillon que le soleil , centre de ce tourbillon , qui ait la lumière par lui-même : celle de toutes les planètes vient certainement de lui. Nous voyons de tous côtés autour de nous un très-grand nombre d'étoiles, qu'on appelle fixes, lumineuses aussi par elles-mêmes ; et les Cartésiens croient avec beaucoup d'apparence, que ces étoiles sont des soleils, centres d'autant de tourbillons dont le nôtre est enyi. ronné. Nous ne considérons ici que ceux dont il l'est immédiatement, inégaux entre eux tous selon toutes les apparences.

Ces tourbillons, semblables au nôtre, ont chacun leur force expansive en tout sens de leur centre à leur circonférence ; et par conséquent, en touchant uotre tourbillon , ils ne peuvent manquer d'y trouver une tendance directement contraire à la leur. Il tend à s'étendre , et ils tendent tous, à le comprimer.

J'ai dit en touchant notre tourbillon , car étant rond il ne peut pas être touché dans tous ses points par d'autres corps de

avec

même figure. Quelque différence en grandeur qu'on les supposat, il restera nécessairement des vides que la matière éthérée remplira , grands ou petits.

116. Il est presque absolument impossible , pour ne pas dire absolument, que les tourbillons environnans tendent tous, des forces précisément égales, à comprimer le nôtre , sans quoi il ne peut demeurer exactement sphérique , tel que nous l'avons supposé jusqu'ici , quoiqu'il ne le soit pas. Nous allons donc rentrer dans le vrai , et admettre les forces comprimantes inégales.

117. Pour éviter la confusion , je conçois, comme dans l'article 68, le tourbillon solaire sphérique divisé en quatre parties égales par

les deux diamètres est et ouest, et nord et sud, ou É O et N S. Le centre du tourbillon sera C. Les pressions du tourbillon environnant, qui se feront de E vers C, seront directement opposées à celles de 0 en C, et de même celles de N en Cà celles de S en C. Je suppose que les inégalités de toutes les autres pressions collatérales , étant comparées et combinées ensemble , se réduisent à ces quatre principales. Cela posé , il est aisé de voir ce qui pourra arriver.

Si les deux pressions de E vers C et de O en C étant égales entre elles, sont moins fortes que les deux pressions de N en C, et de S en C, égales aussi , le tourbillon ne peut plus demeurer sphérique; son diamètre NCS deviendra plus petit que le diamètre E C O. Si on avait supposé le contraire , ce ne serait que la même chose renversée.

118. On peut imaginer que, dans ces deux cas-là, le tourbillon devient elliptique, puisqu'il a ses deux diamètres ou ates inégaux.

119. Le soleil qui était au centre de la sphère, est encore au centre de l’ellipsoïde; car , selon la supposition, il n'a été poussé inégalement d'aucun côté, et par conséquent il n'a pu être déplacé.

120. Mais si les deux pressions opposées d'un même axe, si celle de N en C, par exemple , et celle de S en C avaient été inégales , il aurait été poussé hors du centre par la plus forte , toujours sur le même axe , et aussi loin qu'il aurait été possible.

Ce petit nombre de cas très-simple suffirait pour faire entrevoir, du moins en gros , mais sûrement, l'infinité de cas moyens qui en peuvent résulter.

121. Ce qui marque encore bien que le soleil n'est pas au centre du tourbillon, c'est qu'il a une rotation bien constatée par ses taches. Il tourne sur son axe en 25 jours : cet axe est cent fois plus grand que celui de la rotation de la terre ; et par conséquent le soleil fait en un jour un peu moins de 36,000 lieues, tandis que la terre n'en fait que 9,000. Il est visible que

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vient de l'extrême grandeur du diamètre du soleil, et de l'extrême vitesse qui règne dans l'endroit où il est placé.

122. Supposé qu'il n'y eût point eu de soleil, et que tout l'espace central égal à son globe n'eût été rempli que de matière éthérée , cette matière eût eu une circulation comme celle de tout le reste ; et on trouvera que sa couche la plus élevée eût fait , selon la règle de Kepler , sa circulation en deux heures 41'. Si le centre du soleil est jeté par les tourbillons environnans hors du centre de cet espace central, et jusqu'à la couche la plus élevée , le soleil aura une circulation de deux heures 41'. Mais une circulation si courte serait nulle pour nous. Il serait impossible de s'apercevoir que le soleil, revenu à la même place au bout de deux heures 41', en eût changé pendant cet intervalle de temps, sans compter qu'il n'y aurait aucun centre visible auquel on pût rapporter cette circulation. On ne s'est aperçu que depuis peu de la rotation du soleil , dont la durée est plus de deux cents fois plus longue. 123. Nous pouvons donc raisonnablement croire

que

le soleil fait quelque petite circulation, mais si petite , qu'on peut le supposer immobile à cet égard. C'est sur ce fondement que

les Coperniciens établissent leurs calculs astronomiques qui procèdent fort bien. Le tourbillon est certainement elliptique (116), et ils mettent le soleil, non au centre , comme il serait dans un cercle , mais à un des deux foyers de l'ellipse. Il y a une infinité de différentes espèces d'ellipses : mais on prend l’ellipse ordinaire qui se règle par le simple rapport des deux axes; ce qui n'a pas empêché l'un des plus grands astronomes qui aient jamais été , Cassini , de proposer une ellipse d'une espèce plus composée , qui pouvait rendre les calculs plus exacts ou plus faciles , tant il reste encore d'incertitude sur ce sujet. Pour nous , il nous suffira de mettre le soleil dans un foyer d'une ellipse ordinaire, qui sera celle de tout notre tourbillon , mais sans savoir quel sera le rapport des deux axes de cette ellipse.

124. Peut-être croira-t-on d'abord que cette ellipse générale du tourbillon viendrait à se manifester par les orbites des planètes, qu'elle déterminerait à être de la même espèce qu'elle : mais il s'en faut bien , dans le fait, que cela soit ainsi.

La plus grande et la moindre distance de Mercure au soleil, sont entre elles à peu près comme 20 et 13; d'où il suit que son orbite est fort différente d'un cercle, et fort elliptique. Au contraire , dans l'orbite de Vénus ces deux distances sont à peu près comme 125 et 124'; ce qui fait le cercle presque parfait. Aussi les orbites de Mercure et de Vénus sont-elles, à cet égard, les deux extrêrnes; et entre elles sont celles de Mars, de Saturne, de

Jupiter , de la terre , ainsi rangées selon l'ordre de leur ellipticité décroissante. On entend bien que l’ellipticité générale du tourbillon solaire vient de la compression inégale des tourbillons environnans , et qu'il suffit , pour cet effet, que cette compression soit une simple tendance , dont il ne s'ensuivrait aucune action , aucun mouvement; mais il n'en va pas de même des ellipticités différentes des planètes; et il faut aller plus loin pour en entrevoir la cause.

125. Il faut se représenter les tourbillons environnans en nombre indéfini , grands et petits , ronds, ou à peu près ; et à cause de cette figure et du plein , leurs interstices doivent être remplis de matière éthérée, qui apparemment y sera moins agitée que si elle avait son mouvement entièrement libre dans un seul tourbillon, comme le nôtre. Ce grand amas de tourbillons, et le nôtre y est compris, ont chacun leur force expansive particulière , différente , si l'on veut, de celle de tout autre; ils tendent tous à s'agrandir , et s'en empêchent tous réciproquement, du moins pendant quelque temps; mais il serait presque impossible que, dans un très-grand nombre de combats particuliers, l'équilibre parfait ne fût à la fin rompu en quelque endroit. Un tourbillon quelconque se sera étendu , en absorbant quelque portion de cette matière éthérée des interstices moins agitée; et dès lors le voilà devenu plus fort que- tel autre tourbillon voisin, qui auparavant ne lui cédai t pas; mais dans le même temps le tourbillon voisin, moins gêné par une moindre quantité de matière des interstices , peut en pomper assez pour devenir égal à l'autre, et l'équilibre est rétabli.

126. Il suit de la que la matière éthérée des interstices des tourbillons peut

n'être

pas

oisiye et inutile au tout. 127. Il y a un second cas. Un tourbillon qui en touche un autre , ne peut tendre à s'agrandir , sans tendre en même temps à jeter de sa matière propre dans ce voisin ; et si cette tendance se réduit en acte, le plus fort s'affaiblit donc, et le plus faible se fortifie d'autant; et l'équilibre qui avait été rompu , se retrouve par la cause même qui l'avait rompu , tant la nature a été attentive et ingénieuse à le conserver.

128. On peut donc imaginer que l'univers , autant qu'il nous est connu,

est un amas de grands ballons , de grands ressorts bandés les uns contre les autres , qui s'enflent et se désenflent, et ont une espèce de respiration et d'expiration successives , analogues à celles des animaux; ce qui fera la vie de ce grand corps immense.

Il se pourrait même que ce que nous appelons ici la vertu élastique des corps, que nous obseryons fort en petit , fat quels

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