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tion dans l'université ; les dignités et les titres 'qui l'attendaient , pour ainsi dire, avec impatience, he laissaient pas de venir le trouver selon un certain ordre.

Il était à l'âge de trente-un ans coadjuteur de M. le cardinal de Furstenberg, évêque et prince de Strasbourg , lorsqu'il survint dans cette académie un de ces incidens qui en troublent quelquefois la paix , et fournissent quelqué légère påture à la malignité du public. Le principé général de ces éspèces d'otages est la liberté de nos élections ; liberté qui ne nous en 'est pas cependant, ainsi qu'aux anciens Romains , moins nécessaire , ni moins précieuse. Ce fut en de pareilles circonstances que le coadjuteur de Strasbourg se montra , et calma tout: et je puis dire bardiment qu'il entra dans cette académie par'ün bienfait. Avec quel redoublement et de joie et de reconnaissance ne lui fimes-nous pas'eña suite nos complimens sur le chapeau de cardinal, sur 'là charge de grand-aumônier de France; dignités dont l'éclat rejaillissait sur nous, et qui nous élevaient toujours nous-mêmes de plus en plus !

Nous savons assez en France ce que c'est que les affaires de la constitution. Ne fussent-elles que théologiques, elles seraient déjà d'une extrême difficulté: un grand nombre de gens d'esprit ont fait tous les efforts possibles pour découvrir quelques nouveaux rayons de lumière dans des ténèbres sacrées, et ils n'ont fait que s'y enfoncer dayantage; peut-être eût-il mieux valu les respecter d'un peu plus loin. Mais les passions humaines ne manquerent pas de survenir, et de prendre part à tout , voilées avec toute l'industrie possible , d'autant plus difficiles à combattre , qu'il ne fallait

laisser sentir qu'on les reconnût. Le roi conyoqua sur ce sujet des assemblées d'évêques, à la tête desquelles il mit M. le cardinal de Rohan. Que l'on réfléchisse un instant sur ce qu'exige une pareille place dans de pareilles conjonctures , et l'on jugera aussitôt qu'un prélat, avec peu de talens, peu de savoir, des lumières acquises dans le besoin, moment par mos ment, empruntées en si bon lieu que l'on voudra , eût paru bien vite à tous les yeux tel qu'il était naturellement. J'atteste la Renommée sur ce qu'elle publia alors dans toute l'Europe à la gloire du prélat dont nous parlons. Il joignit même au mérite de grand-homme d'état et de sayant évéque , un autre mérite de surcroît , qu'il ne nous siérait pas de passer sous silence , quoique réellement fort inférieur; il fut quelquefois obligé de porter la parole au roi à la tête du respectable corps qu'il présidait, et il s'en acquitta en véritable académicien.

Il fut envoyé quatre fois à Rome par le roi pour des élections de souverains pontifės. Il n'y a certainement rien sur tout le reste

pas

de la terre qui ressemble à un conclave. Là sont renfermés , sous des lois très étroites et très gênaptes, un certain nombre d'hommes du premier ordre et du premier mérite en différentes nations , qui n'ont tous que le même objet en vue , et tous différens intérêts par rapport à cet objet: La nation italienne est de beaucoup la, plus nombreuse, très-spirituelle par une faveyr.constante de la nas ture , dressée par elle-même aux négociations, adroite à tendre des piéges subtils et imperceptibles, à pénétrer finement les appar rences trompeuses qui couvrent le yrai, et.même les secondes, ou troisièmes apparences qui, pour plus de sûreté, couvrent encore les premières. M. le cardinal de Rohan ne fut que prudent, que circonspect, sans artifice et sans mystère , ouvertement zélé pour les intérêts de la religion et de la France; et il ne laissa pas de réussir et de s'attirer une extrême considération des Italiens les plus habiles. Des exemples pareils , un peu plus fréquens, rendraient peut-être au vrai plus de crédit qu'il n'en a aujourd'hui, ou du moins plus de hardiesse de se montrer.

Toute la partie du diocèse de Strasbourg sitųée au-delà du Rhin appartient en souveraineté à l'évêque qui en prend l'investiture de l'empereur. D'un autre côté, l'évêché de Strasbourg.est extrêmement mêlé de luthériens autorisés par des traités inviolables. "M. le cardinal de Rohan avait à-soutenir le double personnage, et de prince gouverain, et d'évêque-catholique. Prince, il gouverna ses sujets avec toute l'autorité, toute la fermeté de prince, et en même temps avec -toute la bonté, toute la-douceur qu'un évêque doit à son troupeau ;;seulemept-il-y-joignit: l'esprit de conquête si naturel aux princes , mais l'esprit de conquête chrétien. Il employa tous ses soins, mais ses soins uniquement, à ramener dans le sein de l'église ceux qui s'en étaient écartés : il était né avec de grands talens pour y réussir; et en effet le nombre des catholiques est sensiblement augmenté dans le diocèse de Strasbourg.

De cette augmentation, moins difficile à continuer qu'elle n'était à commencer, il en a laissé le soin à un neveu, son digne successeur , déjà revêtu de ses plus hautes dignités. Quelle gloire pour nous, que le titre d'académicien n'ait pas été négligé dans une si noble et si brillante succession !

Après tout ce qui vient d'être dit, nous dédaignons presque parler de la magnificence de cet illustre cardinal. La magnificence , considérée par rapport aux grands , est plutôt un grand défaut quand elle y manque , qu'un grand mérite quand elle s'y trouve. Son essence est d'être pompeuse et frappante ; sa perfection serait d'avoir quelque effet utile et durable. Notre grand prélat l'a pratiquée de toutes les manières. Tantôt il a fait des

Je sens ,

présens rares à des souverains ; tantôt il a répandu ses bienfaits dans les lieux de sa dépendance qui 'en avaient besoin ; tantôt il a construit des palais superbes; tantôt il a doté, pour tous les siècles à venir , un assez grand nombre de filles indigentes. Dans toules les fêtes où pouvaient entrer la justesse et l'élégance du goût français , il n'a pas manqué de faire briller aux yeux des étrangers cet avantage , qui, quoique assez superficiel en luimême, n'est nullement indigne d'être bien ménagé.

Messieurs", que je vous fais un portrait, et fort étendu , et peut-être peu vraisemblable à force de rassembler trop de différentes perfections ; on m'accusera de cet esprit de flatterie qu'on se plaît à nous reprocher. Je vous demande encore un moment d'attention, et j'espère que je serai justifié.

Le roi a dit : « C'est une vraie perte que celle du cardinal de » Rohan ; il a bien servi l'état, il était bon citoyen et grand >> seigneur; je n'ai jamais été harangué par personne qui m'ait » plu davantage. »

Je crois n'avoir plus rien à dire sur le reproche de flatterie. J'ajouterai seulement que de cet éloge fait par le roi, il en résulte un plus grand pour le roi lui-même. Il sait connaître , il sait apprécier le mérite de ses sujets ; et combien toutes les vertus, tous les talens doivent-ils s'animer dans toute l'étendue de sa domination ! C'est là ce qui nous intéresse le plus particulier rement: l'Europe entière retentit du reste de ses louanges; et ce qui est le plus glorieux, et en même temps le plus touchant pour lui , on compare déjà son règne à celui de Louis XIV.

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THÉORIE DES TOURBILLONS

CARTÉSIENS,

AVEC DES RÉFLEXIONS

SUR

L'ATTRACTION.

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