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Après avoir donné son Vitruye , il en fit un abrégé pour la commodité de ceux qui commencent étudier l'architecture. Il a fait encore un autre livre sur la même matière, intitulé : Ordonnance des cinq espèces de colonnes selon la méthode des anciens , où il donne les véritables proportions que doivent avoir les cinq ordres d'architecture.

Quand l'académie des sciences fut établie, il fut nommé des premiers pour en être , et pour y travailler sur les matières de physique. Il n'était pas possible qu'il ne les entendit parfaitement bien, puisqu'il avait l'esprit de la mécanique au suprême degré, Il en a donné des preuves dans ses essais de physique , où l'on a trouvé beaucoup de systèmes très-ingénieux et de pensées nouvelles. Ses traités de la circulation de la sève dans les plantes, du son , et de la mécanique des animaux , excellent entre tous les autres. Il imprimait, quand il est mort, un quatrième tome de ses essais de physique ; et il sort présentement de dessous la presse. On n'en dira rien, parce que cet ouvrage

n'a

pas encore été jugé par le public. Il travaillait aussi , dans le temps qu'il est tombé malade , à mettre en ordre un recueil de diverses machines de son invention. Il ne reste qu'à les graver, à quoi on a déjà comą mencé de travailler. Son frère, de l'académie française , trèssemblable à feu Perrault par le génie des beaux-arts, mais plus connu dans le monde du côté des belles-lettres, prendra soin de cette édition, et donnera aussi au public' ce qui en paraîtra digne parmi les papiers qui sont présentement passés entre ses mains. Perrault avait le soin de dresser les mémoires pour

servir à l'histoire naturelle des animaux, à laquelle l'académie des sciences travaille sur les dissections qu'elle fait. Ces mémoires ont été imprimés à diverses fois, et depuis on en a fait une édition au Louvre en un seul volume en 1676.

Ce génie de mécanique et de physique n'empêchait point dans Perrault celui des belles-lettres. Il possédait à fond les auteurs anciens grecs et latins, et eût pu se distinguer par cet endroit-là, s'il ne se fût pas trouvé un mérite plus considérable. Il allait même jusqu'à faire agréablement des vers latins et français. Enfin on peut dire qu'il serait très-difficile de trouver un homme qui eût rassemblé plus de différens taleus. Mais ce qu'il y'avait en lui de plus estimable , c'est qu'il ne tirait aucune vanité de ce qui en aurait donné beaucoup à d'autres. Tout grand physicien qu'il était, il n'était nullement entêté de la physique, et il ne regardait ses propres systèmes que comme des probabilités qui étaient, à la vérité, le sujet le plus raisonnable sur lequel l’esprit humain pût s'exercer, mais qui ne méritaient pas une

eréance entière. On peut s'imaginer combien cela le préservait de l'air dogmatique si insupportable dans presque tous les savans, et combien sa conversation en était plus aisée et plus agréable. Quand on a bien du mérité , c'en est le comble que d'être fait comme les autres.

ÉLOGE DE MmE. LA MARQUISE DE LAMBERT. LA MARQUISE DE LAMBERT, qui se nommait Anne-Thérèse de Marguenat de Courcelles, était fille unique d'Etienne de Marguenat, seigneur de Courcelles , maître ordinaire en la chambre des comptes , mort le 22 inai 1650 , et de Monique Passart , morte le 21 juillet 1692, pour lors femme en secondes noces de François le Coigneux , seigneur de la Rocheturpin et de Bachaumont, célèbre par son bel esprit.

Elle avait été mariée le 22 février 1666 avec Henri de Lambert, marquis de Saint-Bris en Auxerrois, baron de Chytry et Augy, alors capitaine au régiment royal, et depuis mestre de camp d'un régiment de cavalerie , fait brigadier en 1674 , maréchal de camp le 25 février 1677, commandant de Fribourg en Brisgaw au mois de novembre suivant, gouverneur de Longwy, et lieutenant-général des armées du roi au mois de juillet 1682 , et enfin gouverneur et lieutenant-général de la ville et duché de Luxembourg , au mois de juin 1684 , mort au mois de juillet 1686.

Elle avait outre deux filles mortes en bas âge, un fils et une autre fille. Le fils est Henri-François de Lambert, marquis de Saint-Bris, né le 13 décembre 1677, lieutenant-général des armées du roi du 30 mars 1720, et gouverneur de la ville d'Auxerre , autrefois colonel du régiment de Périgord. Il a été marié le 12 janvier 1725 avec Angélique de Larlan de Rochefort, veuve de Louis-François du Parc, marquis de Locmaria , lieutenant-général des armées du roi, mort le 4 octobre 1709. La fille de la marquise de Lambert était Marie-Thérèse de Lambert, qui avait été mariée en 1703 avec Louis de Beaupoil, comte de SaintAulaire, seigneur de la Porcherie et de la Grenellerie , colonellieutenant du régiment d'Enguien , infanterie , tué au combat de Ramersheim dans la haute-Alsace le 26 août 1709. Elle est morte le 13 juillet 1731, âgée de cinquante-deux ans, ayant laissé une fille unique , nommée Thérèse-Eulalie de Beaupoil de Saint-Aulaire, mariée le 7 février 1925 avec Anne-Pierre d'Harcourt, marquis de Beuvron, seigneur de Tourneville, lieutenant

eu,

général pour le roi au gouvernement de Normandie , gouverneur du vieux palais de Rouen, et mestre de camp de cavalerie , frere du duc d'Harcourt.

La mère de la marquise de Lambert épousa , comme on l'a dit, M. de Bachaumont, qui non-seulement faisait fort agréablement des

vers,

comme tout le monde sait par le fameux voyage dont il partagea la gloire avec Chapelle ; mais qui de plus était homme de beaucoup d'esprit, et de plus encore de très bonne compagnie , dans un temps où la bonne et la mauvaise se mêlaient beaucoup moins , et où l'on y était bien plus difficile. I} s’affectionna à sa belle-fille, presque encore enfant, à cause des dispositions heureuses qu'il découvrit bientôt en elle; et s'appliqua à les cultiver , tant par lui-même que par le monde choisi qui venait dans sa maison, et dont elle apprenait sa langue comme on fait la langue maternelle. · Elle se dérobait souvent aux plaisirs de son âge pour aller lire en son particulier; et elle s'accoutuma dès-lors de son propre mouvement, à faire de petits extraits de ce qui la frappait le plus. C'étaient déjà ou des réflexions fines sur le côur humain, ou des tours d'expression ingénieux, mais le plus souvent des réflexions. Cé goût ne la quitta , ni quand'elle fut obligée de représenter à Luxembourg , dont le marquis de Lambert était gouverneur, ni quand après sa mort elle eut à essuyer de longs et cruels procès , où il s'agissait de toute sa fortune. Enfin, quand elle les eut conduits et gagnés avec toute la capacité d'une personne qui n'eût point eu d'autre talent, libre enfin, et maîtresse d'un bien assez considérable qu'elle avait presque conquis, elle établit dans Paris une maison où il était honorable d'être reçu. C'était la seule , à un petit nombre d'exceptions près , qui se fût préservée de la maladie épidémique du jeu; la seule où l'on se trouvat pour se parler raisonnablement les uns les autres, et même avec esprit selon l'occasion. Aussi ceux qui avaient leurs raisons pour trouver mauvais qu'il y eût encore de la conversation quelque part, lançaient-ils, quand ils le pouvaient, quelques traits malins contre la maison de madame de Lambert; et madame de Lambert elle-même, très-délicate sur les discours et sur l'opinion du public, craignait quelquefois de donner trop à son goût : elle avait le soin de se rassurer , 'en faisant réflexion que dans cette même maison, si accusée d'esprit, elle y faisait une dépense trèsnoble , et y recevait beaucoup plus de gens du monde et de con

de

gens illustres dans les lettres. Son extrême sensibilité sur les discours du public, fut mise à une bien plus rude épreuve. Elle s'amusait volontiers à écrire pour elle seule, et elle voulut bien lire ses écrits à un très-petit

dition , que

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nombre d'amis particuliers ; car quoiqu'on n'écrive que pour soi, on écrit aussi un peu pour

les autres

sans s'en douter. Elle fit plus ; elle laissa sortir ses papiers de ses mains , sous les sermens les plus forts qu'on lui fit de la fidélité la plus exacte. On viola les sermens : des auteurs ne crurent point qu'une modestie d'auteur pût être sincère ; ils prirent des copies qui ne manquèrent point d'échapper. Voilà les avis d'une mère à son fils, les avis à sa fille imprimés ; et elle se croit déshonorée. Une femine de condition faire des livres ! comment soutenir cette infamie ?

Le public sentit bien cependant le mérite de ces ouvrages , la beauté du style , la finesse et l'élévation des sentimens , le ton aimable de vertu qui y règne partout. Il s'en fit en peu de temps plusieurs éditions, soit en France , soit ailleurs ; et ils furent traduits en anglais. Mais madame de Lambert ne se consolait point; et on n'aurait pas la hardiesse d'assurer ici une chose si peu vraisemblable , si après ces succès on ne lui avait vu retirer de chez un libraire , et payer au prix qu'il voulut, toute l'édition qu'il venait de faire d'un autre ouvrage qu'on lui avait dérobé.

Les qualités de l'âme, plus importantes et plus rares , surpassaient encore en elle les qualités de l'esprit. Elle était née courageuse, peu susceptible d'aucune crainte , si ce n'était sur la gloire; incapable de se rendre aux obstacles dans une entreprise nécessaire ou vertueuse. Elle n'était pas seulement ardente à servir ses amis sans attendre leurs prières , ni l'exposition humiliante de leurs besoins : mais une bonne action à faire ,

même en faveur de personnes indifférentes, la tentait toujours vivement; et il fallait que les circonstances fussent bien contraires, si elle n'y succombait pas. Quelques mauvais succès de ses générosités ne l'en avaient point corrigée, et elle était toujours également prête à hasarder de faire le bien. Elle fut fort infirme pendant tout le cours de sa vie. Ses dernières années furent accablées de souffrances, pour lesquelles son courage naturel n'eût pas suffi sans le secours de toute sa religion.

Enfin elle décéda à Paris le 12 juillet 1733 dans la quatrevingt-sixième année de son âge, généralement regrettée, à cause des grandes qualités de son coeur et de son esprit. Nous avons d'elle, comme on l'a dit, un excellent ouvrage sous ce titre : Avis d'une mère à son fils et à sa fille , imprimé à Paris en 1928, un volume in-12; et des réflexions sur les femmes, dont il y a eu une édition en Hollande.

A L'ACADÉMIE FRANÇAISE.

FONTENELLE ayant été élu par

Messieurs de l'Académie Française à la place de M. de Villayer , doyen du conseil d'État , j vint prendre séance le samedi 5 mai 1691, et fit le remerciment qui suit.

MESSIEURS, Si je ne songeais aujourd'hui à me défendre des mouvemens flatteurs de la vanité, quelle occasion n'aurait-elle pas de me séduire, et de me jeter dans la plus agréable erreur ou je sois jamais tombé? En entrant dans votre illustre compagnie , je croirais entrer en partage de toute sa gloire ; je me croirais associé à l'immortelle renommée qui vous attend; et comme la vanité est également hardie dans ses idées, et ingénieuse à les autoriser, je me croirais digne du choix que vous avez fait de moi pour ne vous pas croire capables d'un mauvais choix.

Mais , Messieurs, j'ose assurer que je me garantis d'une si douce illusion ; je sais trop ce qui m'a donné vos suffrages. J'ai prouvé par ma conduite , que je connaissais tout ce que vaut l'honneur d'avoir place dans l'académie française , et vous m'avez compté cette connaissance pour un mérite; mais le mérite d'autrui vous a encore plus fortement sollicités en 'ma faveur. Je tiens,

, par le bonheur de ma naissance , à un grand nom, qui dans la plus noble espèce des productions de l'esprit efface tous les autres noms, à un nom que vous respectez vous-mêmes. Quelle ample matière m'offrirait l'illustre mort qui l'a ennobli le premier ! Je ne doute pas que le public, pénétré de la vérité de son éloge , ne me dispensât de cette -scrupuleuse bienséance qui nous défend de publier des louanges où le sang nous donne quelque part : mais je me veux épargner la honte de ne pouvoir, avec tout le zèle du sang, parler de ce grand homme, que comme en parlent ceux que sa gloire intéresse le moins. Vous , Messieurs, à qui sa mémoire sera toujours chère ,

daipour elle , en me mettant en état de nè la pas déshonorer. Empêchez que l'on ne reproche à la nature de m'avoir uni à lui par des liens trop étroits. Vous le pouvez , Messieurs ; j'ose croire même que vous vous y engagez aujourd'hui. Sûrs que vos lumières se communiquent, vous m'accordez

gnez travailler

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