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rence entre les deux lieux du ciel où on la rapporte vue du centre de la terre , ou vụe d'un point de la surface; ce qui donne la grandeur dont le demi-diamètre de la terre serait vu de cette planète , et la distance de la planète à la terre.

Ce fut par la recherche de la parallaxe de Vénus que Bianchini commença. Il voulut tenter d'y appliquer l'ingénieuse méthode trouvée par feu Cassini pour la parallaxe de Mars, et expliquée en 1706 (1). Elle consiste à comparer à une étoile fixe „extrêmement proche de la planète dont on cherche la parallaxe , le mouvement de cette planète , et cela pendant un temps assez long. On n'aurait pas vu assez long-temps Vénus prise le matin ou le soir ; mais avec des lunettes on la peut voir en plein jour et dans le méridien , quelquefois même à l'oeil nu, et alors on avait le temps nécessaire. Mais on ne voit pas ainsi les fixes , à moins cependant qu'elles ne soient de la première grandeur , et c'était un pur bonheur d'en trouver quelqu'une extrêmement, proche de Vénus vue en plein jour et au méridien. Bianchini espéra , sur la foi des tables du mouvement de Vénus, que le 3 juillet 1716 elle se trouverait dans le méridien à peu près avec Régulus , ou le coeur du Lion ; et en effet, il vit ces deux astres dans la même ouverture de sa lunette. Il répéta l'observation les trois jours suivans; et après s'en être bien assuré, il trouva. par la méthode de Cassini , et vérifia encore par une autre voie, que la parallaxe de Vénus était de vingt-quatre secondes. Nous supprimons toutes les attentions fines et délicates qu'il apporta ; le mérite n'en serait senti que par les astronomes , et les astronomes supposeront aisément qu'il ne les oublia pas dans une recherche si nouvelle et si importante.

Il ne faut pourtant pas compter pour absolument sûres les vingt-quatre secondes de la parallaxe

de Vénus ; elles en donneraient quatorze pour celle du soleil , qui , selon Cassini , n'est que de dix , et, selon de la Hire , de six , et ces deux noms sont d'un grand poids. C'est plutôt la manière de trouver la parallaxe de Vénus , qui est enfin trouvée par Bianchini, que ce n'est cette parallaxe même. Il voulait recommencer ses observations en 1724 , où Vénus se devait retrouver en passant par le méridien dans la même position à peu près à l'égard de Régulus, position unique et précieuse. Mais il n'eut plus alors le même lieu pour observer , et il n'en put avoir d'autre qui y fût propre. Eh! quel déplaisir de dépendre tant d'un certain concours de circonsa" tances étrangères ! Comme Vénus ne revenait avec Régulus qu'au bout de huit ans, il se flatta de reprendre son travail en 1932; mais sa vie ne s'est pas étendue jusques-là.

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Il fut plus heureux dans l'observation encore plus importante des taches de Vénus , qu'il fit en 1726. Ce n'était pas la faute de ceux qui ne les avaient point vues, ou les avaient mal vues : ils ne se servaient que de verres de cinquante ou soixante pieds de foyer, qui n'étaient pas suffisans. Campani et Divini, les plus excellens ouvriers en ce genre, en avaient fait de cent et de cent vingt pieds; mais la difficulté était de manier des tuyaux de cette énorme longueur, qui se courbaient toujours très-sensiblement vers le milieu. Huyghens avait ingénieusement imaginé le moyen de se passer de tuyau; mais il restait encore tant d'em·barras et d'incommodités qu'on aurait apparemment abandonné l'invention, si Bianchini n'eût trouvé le secret de remédier à tout. Il vint à Paris en 1712, et fit voir à l'académie sa machine, qui parut simple, portative, maniable , et expéditive au-delà de tout ce qu'on eût osé espérer. L'académie a cru qu'elle en devait la description au public, et elle l'a donnée dans ses mémoires de 1713 (1). «Il était dans l'ordre que

l'auteur en recueillit le fruit. Il vit très-sûrement les taches de Vénus prise dans toutes les situations où elle le peut être et dans toute la variété, quoiqu'asseż bornée , de ces situations. Ces taches , vues par

les grands verres qu'il employait, ne sont que comme les taches de la lune vues à l'ail nu; et si celles-ci sont des mers,

les autres en seront aussi. Il conseille à ceux qui voudront bien voir les taches de Vénus, de s'accoutumer auparavant à regarder avec attention celles de la lune , à bien suivre leurs contours, et à les distinguer les unes des autres. L'ail préparé par cet apprentissage en sera plus habile et plus savant, quand il se transportera sur Vénus. Bianchini en distingua assez nettement les taches pour y

établir vers le milieu du disque sept mers, qui se communiquent par quatre détroits , et vers les extrémités deux autres mers sans communication avec les premières. Des parties qui semblaient se détacher du contour de ces mers , il les appela promontoires, et en compta huit. Comme il avait un droit de propriété sur ce grand globe presque tout nouveau, et dû à ses veilles, il imposa des noms à ces mers, à ces détroits , à ces promontoires; et à l'exemple tant des anciens Grecs qui ont mis dans le ciel leurs héros, que des astronomes modernes qui ont rempli la lune de philosophes et de savans, il favorisa qui il voulut de ces espèces d'apothéoses, toujours cependant avec un choix judicieux. Il avait reçu des grâces du roi de Portugal, et il donna son nom à la première mer. Pour ces autres grands pays dont il disposait, il les partagea entre les généraux Portugais les plus illustres par

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ayons

leurs conquêtes dans les deux Indes , et entre les plus célèbres navigateurs qui ont ouvert le chemin à ces conquêtes. Galilée et Cassini se trouvent là, non pas tant par l'amour de Bianchini pour sa patrie, que parce que ces deux grands hommes, qui n'ont jamais navigué, ont été aussi utiles à la navigation et à la connaissance du globe terrestre que Colomb, Vespuce et Magellan. L'académie des sciences et le nouvel institut de Bologne ont aussi leur place dans Vénus. Les principaux domaines des savans ne sont point exposés à la jalousie des autres hommes.

Nous dit en plusieurs endroits de nos histoires, et princi-, palement en 1701 (1), quelle est la méthode dont on se sert pour découvrir

par les taches d'une planete , et par les circonstances de leur mouvement, l'axe de la rotation, et sa position sur le plan de l'orbite que la planète décrit. Parce que Vénus est une planète inférieure, on ne saurait voir son disque entièrement éclairé du soleil : il y a toujours sur ce disque une ligne qui sépare la partie obscure d’avec l'éclairée , et est une portion d'un cercle qui, vu du soleil, séparait les deux hémisphères , l'un éclairé, l'autre obscur. Le plan de ce cercle est toujours perpendiculaire à une ligne tirée du centre du soleil à celui de Vénus, et cette ligne est nécessairement dans le plan de l'orbite de Vénus ou de son écliptique particulière. C'est par rapport à la ligne de la dernière illumination sur le disque de la planète, que Bianchini,observait le mouvement des taches et l'inclination de la ligne de ce mouvement: par là il parvint à déterminer que l'axe de la rotation de Vénus était incliné de quinze degrés à son orbite ou écliptique.

Lorsque l'axe de rotation d'une planète est perpendiculaire à son orbite , comme l'est presque celui de Jupiter , cette planète a toujours le soleil dans son équateur, et ses deux pôles éclairés en même temps ; elle jouit d'un équinoxe perpétuel, et chacune de ses parties n'a jamais que la même saison. Si au contraire l'axe de rotation est infiniment incliné sur l'orbite , c'està-dire couché dans son plan, la planète n'a un équinoxe que deux fois dans son année ; ses deux pôles ont alternativement le soleil vertical, et chacune de ses parties a la plus grande inégalité de saisons qu'il soit possible. L'axe de Vénus est si incliné sur son orbite, qu'il s'en faut peu qu'elle ne soit dans ce dernier cas; et l'on ne connaît point de planète qui à cet égard differe tant de Jupiter.

Cassini avait cru , ou plutôt soupçonné que la rotation de Véuns était de vingt-trois heures. Il voyait d'un jour à l'autre une certaine partie du disque avancée d'une certaine quantité, et il

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jugeait qu'elle s'était ainsi avancée après une révolutior entière du globe, qui par conséquent n'aurait pas duré vingt-quatre heures. Cela était fort possible; mais il l'était aussi que le globe n'eût

pas fait une révolution entière , qu'il en eût seulement continué une dont la lenteur aurait été nécessairement assez grande. On n'avait point d'exemple d'une lenteur pareille dans aucune rotation de planète; mais, quoique peu vraisemblable , elle n'a

pas laissé de se trouver vraie , et Bianchini a déterminé la rotation de Vénus de vingt-quatre jours huit heures. Selon le système de Mairan , rapporté en cette année 1729 (1), cette lenteur de la rotation de Vénus est en partie une suite de la grande inclinaison de l'axe.

Enfin, une découverte très-remarquable de Bianchini est celle du parallélisme constant de l'axe de Vénus sur son orbite, pareil à celui que Copernic fut obligé de donner à la terre. Ce qu'il avait imaginé et supposé pour le besoin de son système est maintenant vérifié dans toutes les planètes dont on connaît la rotation : nulle variété à cet égard, tandis que tout le reste varie ; et Copernic a eu la gloire de deviner ce qui fait aujourd'hui une des principales clefs de l'astronomie physique. Cependant Bianchini craint que ce parallélisme de Vénus et quelques autres points on la bonne astronomie le jette indispensablement, ne paraissent trop favorables à Copernic, et il a toujours grand soin d'avertir

peut s'accorder avec Tycho. Ces précautions sont nécessaires aux compatriotes de Galilée ; une petite différence de climat en mettrait apparemment dans leur style.

L'ouvrage sur les phénomènes de Vénus fait mention d'une méridienne

que

Bianchini voulait tracer dans toute l'étendue de l'Italie, à l'exemple de la méridienne de la France, unique jusqu'à présent. Pendant l'espace de huit années il avait employé tous les intervalles de ses autres travaux à faire tous les préparatifs nécessaires pour ce grand dessein ; mais il n'a pas vécu assez pour en commencer seulement l'exécution. Nous nous arrêtons là , en avouant que nous lui faisons tort

y arrêter ; mais la raison même qui nous y obligé tourne à sa gloire. Les vies des papes , par. Anastase le bibliothécaire , dont il a donné une nouvelle édition en trois tomes in-fol., enrichie d'une infinité de recherches très-savantes, sont un trop grand ouvrage qui nous mene

nerait trop loin , surtout après ceux du même genre dont nous avons rendu compte; et plusieurs ouvrages moins considérables seulement par le volume sont en trop grand nombre. Il y en a même quelques-uns qui sont des pièces d'éloquence; et l'on dit qu'il embrassait jusqu'à la poésie. Il se trouve

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que tout cela

de nous

en effet dans son style , quand les occasions s'en présentent, une force et une beauté d'expression, des figures , des comparaisons, qui sentent le génie poétique.

L'académie le mit dès l'an 1700 dans le petit nombre de ses associés étrangers.

Il mourut d'une hydropisie le 2 mars 1729. On lui trouva un cilice , qui ne fut découvert que par sa mort; et toute sa vie, par rapport à la religion, avait été conforme à cette pratique secrète. La facilité, la candeur de ses mœurs étaient extrêmes , et encore plus , s'il se peut, son ardeur à faire plaisir. Il n'était jamais engagé dans aucune étude si intéressante pour lui, dans aucun travail dont la continuation fût si indispensable et l'interruption si nuisible , qu'il n'abandonnât tout dans le moment avec joie pour rendre un service.

Son mérite a été bien connu, et l'on pourrait dire récompensé, si l'on s'en rapportait à sa modestie. Il a eu deux canonicats dans deux des principales églises de Rome. Il a été camérier d'honneur de Clément XI, et prélat domestique de Benoît XIII. Outre le secrétariat de la congrégation du calendrier , Clément XI lui donna par une bulle une intendance générale sur toutes les antiquités de Rome auxquelles il était défendu de toucher sans sa permission. Il aurait pu aspirer plus haut dans un pays où l'on sait qu'il faut quelquefois décorer la pourpre

ellemême par les talens et par le savoir ; l'exemple recent du Cardinal Noris l'autorisait à prendre des vues si élevées et si flatteuses : mais on assure que sa modération naturelle et la religion l'en préserverent toujours.

ELOGE

DE MAR ALDI. Jacques - Pullippe Maraldi naquit le 21 août 1665 á Perinaldo, dans le comté de Nice, lieu déjà honoré par la naissance du grand Cassini. Il fut fils de François Maraldi et d’Angela Catherine Cassini , seur de ce fameux astronome.

Après qu'il eût fini avec distinction le cours des études ordinaires, son goût naturel le porta aux sciences plus élevées , aux mathématiques; et il y avait fait tant de progrès à l'âge de vingtdeux ans, que son oncle , établi en France depuis plusieurs années , l’y appela en 1687 pour cultiver lui-même ses talens , et les faire connaître dans un pays où l'on avait eu un soin singulier d'en rassembler de toutes parts. Sans doute Cassini , étranger et circonspect comme il était, ne se fût pas chargé d'un

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