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mier président du parlement de Dombes , et l'autre au comte de Guiry, lieutenant-général du pays d'Aunis, et mestre de camp de cavalerie.

ELOGE

DE NEWTON. Ismo Newton naquit le jour de Noël V. S. de l'an 1642 å Volstrope, dans la province de Lincoln. Il sortait de la branche aînée de Jean Newton, chevalier baronnet, seigneur de Volstrope. Cette seigneurie était dans la famille depuis près de 200 ans. Messieurs Newton s'y étaient transportés de Westby dans la même province de Lincoln; mais ils étaient originaires de Newton dans celle de Lancastre. La mère de Newton, nommée Anne Ascough, était aussi d'une ancienne famille. Elle se remaria après la mort de son premier mari , père de Newton.

Elle mit son fils, âgé de 12 ans, à la grande école de Grantham, et l'en retira au bout de quelques années , afin qu'il s'accoutumat de bonne heure à prendre connaissance de ses affaires, et à les gouverner lui-même. Mais elle le trouva si peu occupé de ce soin , si distrait par les livres, qu'elle le renvoya à Grantham pour y suivre son goût en liberté. Il le satisfit encore mieux en passant de là au collège de la Trinité dans l'université de Cambridge, où il fut reçu en 1660 à l'âge de 18 ans.

Pour apprendre les mathématiques , il n'étudia point Euclide, qui lui parut trop clair, trop simple, indigne de lui prendre du temps ; il le savait presque avant que de l'avoir lu , et un coup d'ail sur. l'énoncé des théorèmes les lui démontrait. Il sauta tout d'un coup à des livres tels que la géométrie de Descartes et les optiques de Kepler. On lui pourrait appliquer ce que Lucain a dit du Nil, dont les anciens ne connaissaient point la source, qu'il n'a pas été permis aux hommes de voir le Nil faible et naissant. Il y a des preuves que Newlon avait fait à 24 ans ses grandes découvertes en géométrie , et posé les fondemens de ses deux célèbres ouvrages, les principes et l'optique. Si des intelligences supérieures à l'homme ont aussi dn progrès de connaissances, elles volent tandis que nous rampons ; elles suppriment des milieux que nous ne parcourons qu'en nous traînant, lentement et avec effort, d'une vérité à une autre qui y touche.

Nicolas Mercator, né dans le Holstein , mais qui a passé sa vie en Angleterre, publia en 1668 sa logarithmotechnie, ou il don. nait par une suite ou série infinie la quadrature de l'hyperbole. Alors il parut pour la première fois dans le monde savant une

suite de cette espèce, tirée de la nature particulière d'une courbe, avec un art tout nouveau et très-délié. L'illustre Barrow, qui était à Cambridge, où était Newton, âgé de 26 ans, se soufint aussitôt d'avoir vu la même théorie dans les écrits du jeune homme, non pas bornée à l'hyperbole, mais étendue par

des formules générales à toutes sortes de courbes , même mécaniques, à leurs quadratures, à leurs rectifications, à leurs centres de gravité, aux solides formés par leurs révolutions, aux surfaces de ces solides : de sorte que quand les déterminations étaient possibles , les suites s'arrêtaient à un certain point , ou si elles ne s'arrêtaient pas, on en avait les sommes par règles; que si les déterminations précises étaient impossibles, on en pouvait toujours approcher à l'infini , supplément le plus heureux et le plus subtil que l'esprit humain pût trouver à l'imperfection de ses connaissances. C'était une grande richesse pour un géomètre de posséder une théorie si féconde et si générale; c'était une gloire encore plus grande d'avoir inventé une théorie si surprenante et si ingénieuse : et Newton, averti par le livre de Mercator que cet habile homme était sur la voie, et que d'autres s'y pourraient mettre en le suivant, devait naturellement se presser

d'étaler ses trésors pour s'en assurer la véritable propriété qui consiste dans la découverte. Mais il se contenta de la richesse, et ne se piqua point de la gloire. Il dit lui-même dans une lettre du Commercium epistolicum, qu'il avait cru que son secret était entièrement trouvé par Mercator, ou le serait par d'autres, avant qu'il fut d'un åge assez mûr pour composer. Il se laissait enlever sans regret ce qui avait dû lui promettre beaucoup de gloire, et le flatter des plus douces espérances de cette espèce; et il attendait l'âge convenable pour composer ou pour se donner au public, n'ayant pas attendu celui de faire les plus grandes choses. Son manuscrit sur les suites infinies fut simplement communiqué à Collins et à mylord Brounker, habiles en ces matières , et encore ne le fut-il que par Barrow, qui ne lui permettait pas d'être tout-à-fait aussi modeste qu'il l'eût voulu.

· Ce manuscrit, tiré en 1669 du cabinet de l'auteur, porte pour titre : Méthode que j'avais trouvée autrefois , etc. Et quand cet autrefois ne serait que trois ans, il aurait donc trouvé à 24 ans toute la belle théorie des suites. Mais il y a plus: ce même manuscrit contient et l'invention et le calcul des fluxions ou infiniment petits, qui ont causé une si grande contestation entre Leibnitz et lui, ou plutôt entre l'Allemagne et l'Angleterre. Nous en avons fait l'histoire en 1716(1) dans l'éloge de Leibnitz; et quoique ce fût l'éloge de Leibnitz, nous y avons si exactement

(1) Page 109 et suiv.

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gardé la neutralité d'historien , que nous n'avons présentement rien de nouveau à dire pour Newton. Nous avons marqué expressément que Newton était certainement inventeur , que sa gloire était en súreté, et qu'il n'était question que de faire savoir si Leibnits avait pris de lui cette idée. Toute l'Angleterre en est convaincue , quoique la société royale ne l'ait pas prononcé dans son jugement, et l'ait tout au plus insinué. Newton est constamment le premier inventeur, et de plusieurs années le premier. Leibnitz, de son côté, est le premier qui ait publié ce calcul ; et s'il l'avait pris de Newton , il ressemblait du moins au Prométhée de la fable, qui déroba le feu aux dieux pour en faire part aux hommes.

En 1687 , Newton se résolut enfin à se dévoiler et à révéler ce qu'il était : les Principes mathématiques de la philosophie naturelle parurent. Ce livre , ou la plus profonde géométrie sert de base à une physique toute nouvelle, n'eut pas d'abord tout l'éclat qu'il méritait, et qu'il devait avoir un jour. Comme il est écrit trèssayamment, que les paroles y sont fort épargnées , qu'assez souvent les connaissances y naissent rapidement des principes , et qu'on est obligé à suppléer de soi-même tout l'entre-deux, il fallait que le public eût le loisir de l'entendre. Les grands géomètres n'y parvinrent qu'en l'étudiant avec soin; les médiocres ne s'y embarquèrent qu'excités par le témoignage des grands : mais enfin, quand le livre fut suffisamment connu, tous ces suffrages qu'il avait gagnés si lentement éclatèrent de toutes parts, et ne formerent qu'un cri d'admiration. Tout le monde fut frappé de l'esprit original qui brille dans l'ouvrage; de cet esprit créateur, qui dans toute l'étendue du siècle le plus heureux, ne tombe guère en partage qu'à trois ou quatre hommes pris dans toute l'étendue des

pays sayans. Deux théories principales dominent dans les principes mathématiques, celle des forces centrales , et celle de la résistance des milieux au mouvement, toutes deux presque

entièrement neuves, et traitées selon la sublime géométrie de l'auteur. On ne peut plus toucher ni à l'une ni à l'autre de ces matières, sans avoir Newton devant les yeux, sans le répéter, ou sans le suivre; et si on veut le déguiser, quelle adresse pourra empêcher qu'il ne soit reconnu ?

Le rapport trouvé par Kepler entre les révolutions des corps célestes et leurs distances à un centre commun de ces révolutions, règne constamment dans tout le ciel. Si l'on imagine, ainsi qu'il est nécessaire , qu'une certaine force empêche ces grands corps de suivre pendant plus d'un instant leur mouvement naturel en ligne droite d'occident en orient, et les retire continuellement

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vers un centre , il suit de la règle de Kepler, que cette force, qui sera centrale , ou plus particulièrement centripete, aura sur un même corps une action variable selon les différentes distances à ce centre, et cela dans la raison renversée des carrés de ces distances; c'est-à-dire , par exemple, que si ce corps était deux fois plus éloigné du centre de sa révolution , l'action de la force centrale sur lui en serait quatre fois plus faible. Il paraît que Newton est parti de là pour toute sa physique du monde pris en grand. Nous pouvons supposer aussi ou feindre qu'il a d'abord considéré la lune , parce qu'elle a la terre pour centre de son mouvement.

Si la lune perdait toute l'impulsion, toute la tendance qu'elle a pour aller d'occident en orient en ligne droite, et qu'il ne lui reståt que la force centrale qui la porte vers le centre de la terre, elle obéirait donc uniquement à cette force, en suivrait uniquement la direction, et viendrait en ligne droite vers le centre de la terre. Son mouvement de révolution étant connu, Newton démontre par ce mouvement, que dans la première minute de sa descente elle décrirait 15 pieds de Paris. Sa distance de la terre est de 60 demi-diamètres de la terre: donc si la lune était à la surface de la terre, sa force serait augmentée selon le carré de 60 , c'est-à-dire qu'elle serait 3600 fois plus puissante, et que la lune dans une minute décrirait 3600 fois 15 pieds.

Maintenant , si l'on suppose que la force qui agissait sur la lune soit la même que celle que nous appelons pesanteur dans les corps terrestres, il s'ensuivra du système de Galilée, que la lune, qui à la surface de la terre parcourait 3600 fois quinze pieds en une minute , devrait parcourir aussi quinze pieds dans la première soixantième partie, ou dans la première seconde de cette minute. Or, on sait par toutes les expériences , et on n'a pu les faire qu'à très-petites distances de la surface de la terre, que les corps pesans tombent de quinze pieds dans la première seconde de leur chute. Ils sont donc, quand nous éprouvons la durée de leurs chutes, dans le même cas précisé

que

si ayant fait autour de la terre, avec la même force centrale que la lune, la même révolution , et à la même distance, ils se trouvaient ensuite tout près de la surface de la terre ; et s'ils sont dans le cas où serait la lune , la lune est dans le même cas où ils sont , et n'est retirée à chaque instant vers la terre que par la même pesanteur. Une conformité si exacte d'effets , ou plutôt cette parfaite identité, ne peut venir que

de celle des causes.

Il est vrai que dans le système de Galilée, qu'on a suivi ici, la pesanteur est constante, et que la force centrale de la lune

ment

ne l'est

pas dans la démonstration même qu'on vient de donner. Mais la pesanteur peut bien ne paraître constante, ou, pour mieux dire , elle ne le parait dans toutes nos expériences, qu'à cause que la plus grande hauteur d'où nous puissions voir tomber des corps , n'est rien

par rapport à la distance de 1500 lieues où ils sont tous du centre de la terre. Il est démontré qu'un boulet de canon tiré horizontalement, décrit dans l'hypothèse de la pesanteur constante une parabole terminée à un certain point par la rencontre de la terre ; mais que s'il était tiré d'une hauteur qui pât rendre sensible l'inégalité d'action de la pesanteur, il décrirait au lieu de la parabole une ellipse , dont le centre de la terre serait un des foyers , c'est-à-dire qu'il ferait exactement ce que fait la lune.

Si la lune est pesante à la manière des corps terrestres, si elle est portée vers la terre par la même force qui les y porte ; si, selon l'expression de Newton, elle pèse sur la tèrre, la même cause agit dans tout ce merveilleux assemblage de corps célestes : car toute la nature est une ; c'est partout la même disposition, partout des ellipses décrites par des corps dont le mouvement se rapporte à un corps placé dans des foyers. Les satellites de Jupiter pèsent sur Jupiter comme la lune sur la terre , les satellites de Saturne sur Saturne , toutes les planètes ensemble sur le soleil.

On ne sait point en quoi consiste la pesanteur, et Newton lui-même l'a ignoré. Si la pesanteur agit par impulsion, on conçoit qu'un bloc de marbre qui tombe , peut être poussé vers la terre sans que la terre soit aucunement poussée vers lui; et en un mot tous les centres auxquels se rapportent les mouvemens causés par la pesanteur, pourront être immobiles. Mais si elle agit par attraction, la terre ne peut attirer le bloc de marbre, sans que ce bloc 'n'attire aussi la terre. Pourquoi cette vertu attractive serait-elle plutôt dans certains corps que dans d'autres ? Newton pose toujours l'action de la pesanteur réciproque dans tous les corps , et proportionnelle seulement à leurs masses; par là il semble déterminer la pesanteur à être réellement une attraction. Il n'emploie à chaque moment que ce mot pour exprimer la force active des corps ; force, à la vérité , inconnue , et qu'il ne prétend pas définir ; mais si elle pouvait agir aussi par impulsion, pourquoi ce termé plus clair n'au, rait-il pas été préféré ? Car on conviendra qu'il n'était guère possible de les employer tous deux indifféremment ; ils sont trop opposés. L'usage perpétuel du mot d'attraction , soutenu d'une grande autorité, et peut-être aussi de l'inclination qu'on croit sentir à Newton pour la chose même, familiarise du moins les

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