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qu'il explique, l'amènent à la formation du soleil, des planètes , et même des comètes. Il conçoit que les comètes sont des taches du soleil , assez massives pour avoir été chassées impétueusement hors de ce grand globe de feu: elles s'élèvent jusqu'à une certaine distance , et retombent ensuite dans le soleil, qui les absorbe de nouveau et les dissout, ou les repousse encore hors de lui, s'il ne les dissout pas. On tâche présentement à aller plus loin sur la théorie des comètes, et ce ne sont plus des générations fortuites.

L'histoire des découvertes faites dans le ciel par les télescopes, appartenait assez naturellement à la dioptrique. Hartsoëker la donne accompagnée de ses réflexions sur tant de singularités nouvelles et imprévues. Il finit par

les observations du microscope , et l'on peut juger que les petits animaux qui se transforment en tous les autres , n'y sont pas oubliés.

Cet ouvrage lui attira l'estime des savans, et l'amitié de quelques – uns , comme l'abbé Gallois , qui conserva toujours pour lui les mêmes sentimens. Le P. Malebranche et le marquis de l'Hôpital , qui reconnurent qu'il était bon géomètre , voulurent le gagner à la nouvelle géométrie des infiniment petits dont ils étaient pleins; mais il la jugeait peu

utile
pour

la physique à laquelle il s'était dévoué. Il dédaignait assez par la même raison les profondeurs de l'algèbre, qui, selon lui, ne servaient à quelques sayans qu'à leur procurer la gloire d'être inintelligibles pour la plupart du monde. Il est vrai qu'en ne regardant la géométrie que comme instrument de la physique , il pouvait souvent n'avois pas besoin que l'instrument fût si fin : mais la géométrie n'est pas un pur

instrument; elle elle-même une beauté sublime , indépendante de tout usage. S'il ne voulait pas, comme il l'a dit aussi, se laisser détourner de la physique , il avait raison de craindre les charmes de la géométrie nouvelle.

Animé par le succès de sa dioptrique, il publia, deux ans après, ses Principes de Physique à Paris. Là, il expose avec plus d'étendue le système qu'il avait déjà donné en raccourci; et y joignant sur les différens sujets auxquels son titre l'engage, un grand nombre, soit de ses pensées particulières , soit de celles qu'il adopte, il forme un corps de physique assez complet, parce qu'il y traite presque de tout, et assez clair parce qu'il évite les grands détails, qui, en approfondissant les matières, les obscurcissent pour une grande partie des lecteurs.

Au renouvellement de l'académie en 1699, temps où il était retourné en Hollande avec sa famille, il fut nommé associé étranger : c'était le fruit de la réputation qu'il laissait à Paris. Quelque temps après, il fut aussi agrégé à la société royale de

a par

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Berlin , et l'on peut remarquer que dans tous les buvrages qu'il a imprimés depuis, il ne s'est paré ni de ces titres d'honneur, ni d'aucun autre. Il a toujours mis simplement et à l'antique par Nicolas Hartsoëker ; bien différent de ceux qui rasseinblent le plus de titres qu'ils peuvent, et qui croient augmenter leur mérite à force d'enfler leur nom.

Le feu Czar étant allé à Amsterdam pour ses grands desseins, dont nous admirons aujourd'hui, les suites , demanda aux magistrats de cette ville quelqu'un qui pût l'instruire, et lui ouvrir le chemin des connaissances qu'il cherchait. Ils firent venir de Rotterdam Hartsoëker , qui n'épargna rien pour se montrer digne de ce choix, et de l'honneur d'avoir un tel disciple. Le Czar, qui prit beaucoup d'affection pour lui, voulut l'emmener en Moscovie : mais ce pays était trop éloigné , et de meurs trop différentes ; l'incertitude des événemens encore trop grande , une famille trop difficile à transporter. Messieurs d'Amsterdam, pour le dédommager en quelque sorte des dépenses qu'il avait été obligé de faire pendant sa demeure auprès du Czar , lui firent dresser une petite espèce d'observatoire sur un des bastions de leur ville. Ils savaient bien que c'était là le récompenser magnifiquement, quoiqu'à peu

de frais.' Il entreprit dans cet observatoire un grand miroir ardent composé de pièces rapportées , pareil à celui dont quelques-uns prétendent qu'Archimède se servit. Le Landgrave de Hesse-Cassel alla le voir travailler ; et pour lui faire un honneur encore plus marqué, il alla chez lui. Comme les savans sont ordinairement trop heureux

que
les

princes daignent les admettre à leur faire la cour, les histoires n'oublient pas les visites rendues aux savans par les princes; elles honorent les uns et les autres, et peut-être également.

Dans le même temps, le feu électeur palatin, Jean-Guillaume, avait jeté les yeux sur Hartsoëker , pour se l'attacher : mais, ce qui est rare, le philosophe résistait aux sollicitations de l'électeur ; et, ce qui est plus rare encore , l'électeur persévéra pendant trois ans; et enfin, en 1704, le philosophe se résolut à s'engager dans une cour. Il fut le premier mathématicien de S. A.E., et en même temps professeur honoraire eu philosophie dans l'université d'Heidelberg.

Ce n'est pas assez pour un sayant attaché à un prince, d'en recevoir régulièrement et magnifiquement même , si l'on veut, ces récompenses indispensables que reçoivent sans distinction tous ses autres officiers : il lui en faut de plus délicates ; il faut que le prince ait du goût pour les talens et pour les connaissances du savant, il faut qu'il en fasse usage ; et plus cet

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usage est fréquent et éclairé en même temps, plus le savant est bien payé. Hartsoëker eut ce bonheur avec son maître, qui avait beaucoup d'inclination pour la physique, et s'y appliquait plus sérieusement qu'en prince.

Le physicien prétendait même être obligé au prince d'une observation singulière , qui le fit changer de sentiment sur une matière importante. L'électeur lui apprit la reproduction merveilleuse des jambes d'écrevisse (1). Sur cela , Hartsoëker , qui ne ne put concevoir que cette reproduction de parties perdues ou retranchées , qui est sans exemple dans tous les animaux connus, s'exécutât par le seul mécanisme, imagina qu'il y avait dans les écrevisses une âme plastique ou formatrice , qui savait leur refaire de nouvelles jambes ; qu'il devait y en avoir une pareille dans les autres animaux, et dans l'homme même; et parce que la fonction de ces âmes plastiques n'est pas de reproduire des membres perdus , il leur donna celle de former les petits animaux qui perpétuent les espèces. Ce seraient là les natures plastiques de M. Cudworth , qui ont eu de célèbres partisans, si ce n'était

que celles-ci agissent sans connaissance , et que celles de M. Hartsoëker sont intelligentes. Ce nouveau système lui plut tant, qu'il se rétracta hautement de la première pensée qu'il avait eue sur les petits animaux, et la traita lui-même de bizarre et d'absurde, termes que la plus grande sincérité d'un auteur n'emploie guère. Quant aux terribles objections qui se présentent bien vite contre les âmes plastiques , il ne se les dissimule pas; et poussé par lui-même aux dernières extrémités, il avoue de bonne foi qu'il ne sait pas de réponse. Il semble qu'il vaudrait autant n'avoir point fait de système , que d’être, si promptement réduit à en venir là. Il ne s'agit que d'avouer son ignorance un peu plus tôt. n Il rassembla les discours préparés qu'il avait tenus à l'électeur, et en forma deux volumes, qui parurent en 1707 et 1708 sous le titre de Conjectures physiques , dédiées au prince pour qui ils avaient été faits. Cet ouvrage est dans le même goût que les Essais de physique , dont il ne se cache pas de répéter quelquefois des morceaux en propres termes, aussi-bien que de l'Essai de dioptrique ; car à quoi bon cette délicatesse de changer de tours et d'expressions , quand on ne change pas de pensées ?

Du Palatinat, il fit des voyages dans quelques autres pays de l'Allemagne, ou pour voir les savans, ou pour étudier l'histoire naturelle, surtout les mines. A Cassel , il trouva un verre ardent du Landgrave , fait par

Tschirnhaus, de la même grandeur que celui qu'avait feu le duc d'Orléans , et tout pareil. Il répéta les (1) Voyez l'Hist. de 1912, p. 35 et suiv.

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expériences de Homberg , et n'eut pas le même succès à l'égard de la vitrification de l'or , dont nous avons parlé en 1702, p. 34, et en 1717, p. 30. Il est le philosophe hollandais, aux objections duquel Homberg répondait en 1767. Il ne s'en est point désisté, et a toujours soutenu que ce qui se vitrifiait n'était point l'or, mais une matière sortie du charbon qui soutenait l'or dans le foyer , et mêlée peut-être avec quelques parties hétérogenes de l'or. Il niait même la yitrification d'aucun métal au verre ardent; jamais il n'avait seulement pu parvenir à celle du plomb, quelque temps qu'il y eût employé. Il est triste qu'un grand nombre d'expériences délicates soient encore incertaines. Seraitce donc trop prétendre , que de vouloir du moins avoir des faits bien constans?

Le landgrave de Hesse-Cassel dit un jour à Hartsoëker , qu'il aurait bien souhaité le trouver peu content de la cour Palatine. Il répéta deux fois ce discours, que Hartsoëker ne voulasť pas entendre ; et enfin , le prenant par la main , il lui dit: Je ne sais si vous me comprenez. Hartsoëker, obligé de répondre, l'assura de son respect , de sa reconnaissance, et en même temps d'une fidélité inviolable pour l'électeur. Un refus si noble à des ayances si flatteuses dut le faire regretter dayantage par le landgrave.

Il alla à la cour d'Hanovre , où Leibnitz, ami né de tous les sayans , le présenta à l'électeur, aujourd'hui roi d'Angleterre, et à la princesse électorale , si célebre par son goût et par ses lumières. Il reçut un accueil très-favorable ; la renommée de Leibnitz rendait témoignage à son mérite.

L'électeur Palatin ayant entendu parler avec admiration du miroir ardent de Tschirnhaus, demanda à Hartsoëker s'il en pourrait faire un pareil. Celui-ci aussitôt en fit jeter trois dans la verrerie de Neubourg , de la plus belle matière qu'il fut possible. Il les eut bientôt mis dans leur perfection , et l'électeur lui en donna le plus grand , qui a trois pieds cinq pouces rhinlandiqués de diamètre , et que deux hommes ont de la peine à transporter. Il est de neuf pieds de foyer , et ce foyer est parfaitement rond , et de la grandeur d'un louis d'or. Le miroir du Palais-Royal n'est pas si grand.

En 1710, il publia un volume intitulé: Eclaircissemens sur les conjectures physiques. Ce sont des réponses à des objections, dont il a dit depuis que la plupart étaient de Leibnitz. Dans cet ouvrage, il devient un homme presque entièrement différent de ce qu'il avait été jusqu'alors. Il n'avait jamais attaqué personne : ici il est un censeur très-sévère; et c'est principalement volumes donnés tous les ans par l'académie , que tombe sa ceusure. Il est vrai qu'il a souvent déclaré qu'il ne critiquait que ce

sur les

qu'il estimait, et qu'il se tiendrait honoré de la même marque d'estime. L'académie qui ne se croit mullement irrépréhensible, ne fut point offensée : elle le traita toujours comme un de ses membres, sujet seulement à quelque mauvaise humeur; et les particuliers attaqués ne voulurent point interrompre le cours de leurs occupations , pour travailler à des réponses qui le plus souvent sont négligées dų public, et tout au plus soulagent un peu la vanité des auteurs.

Les Eclairoissemens sur les conjectures physiques eurent une suite assez ample , qui parut en 1912. L'auteur y étend beaucoup plus loin qu'il n'avait encore fait, le système des âmes plastiques. Dans l'homme, l'âme raisonnable donne les ordres; et une âme végétative, qui est la plastique , intelligente et plus intelligente que la raisonnable même, exécute dans l'instant; et non-seulement exécute les mouvemens volontaires, mais prend soin de toute l'économie animale, de la circulation des liqueurs, de la nutrition, de l'accrétion , etc.: opérations trop difficiles pour n'être l'effet que, du seul mécanisme. Mais, dit-on aussitôt, Gette âme raisonnable, cette âme végétative, c'est nous-mêmes.: et comment faisons-nous tout cela sans en savoir rien? Hartsoëker répond par une comparaison qui du moins est assez ingénieuse: un sourd est seul dans une chambre , et il y a dans des chambres voisines des gens destinés à le servir. „On lui a fait comprendre que quand il voudrait manger,, il n'avait qu'à frapper avec un båtop; il frappe ,,et aussitôt des gens viennent qui apportent des plats. Comment peut-il.concevoir que ce bruit qu'il n'a pas entendu, et dont il n'a pas l'idée, les a fait venir?

Après cela on s'attend assez à une âme végétative intelligente dans les bêtes , qui en paraissent effectivement assez dignes. On ne sera pas même trop surpris qu'il y, en ait une dans les plantes, ou elle réparera, comme dans les écrevisses , les parties perdues ; aura attention à ne , les laisser sortir de terre que par tiendra cette tige toujours verticale ; fera enfin tout ce que le mécanisme n'explique pas commodéinent. Mais Hartsoëker ne s'en tient pas là. A ce nombre prodigieux d'intelligences répan dues partout, il en ajoute qui président aux mouvemeņs célestes, et qu'on croyait abolies pour jamais. Ce n'est pas là le seul exemple qui fasse voir qu'aucune idée de la philosophie, ancienne n'a été assez proscrite pour devoir désespérer de revenir dans la moderne.

Cette suite des éclaircissemens contient, outre plusieurs morceaux de physique destinés à l'usage de l'électeur , differens morceaux particuliers , qui sont presque tous des critiques qu'il fait de plusieurs auteurs célèbres , ou des réponses à des critiques

la tige;

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