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trouvé par d'autres voies. Les astronomes dont il était le plus important de comparer les observations aux nôtres , étaient Hipparque , Ptolomée et Tycho-Brahé. Les deux premiers étaient à Alexandrie en Egypte, et ils la rendirent la capitale de l'astronomie. Tycho était dans l'ile d'Huene, située dans la mer Baltique; il y fit bâtir ce fameux observatoire qu'il appela Uranibourg , ville di ciel. L'académie presque encore naissante avait formé le noble dessein d'envoyer des observateurs à Alexandrie et à Uranibourg , pour y prendre le fil du travail des grands hommes qui y avaient habité. Mais les difficultés du voyage d'Alexandrie firent que l'on se contenta de celui d'Uranibourg, que Picard voulut bien entreprendre en 167r.

Il y traça la méridienne du lieu , et fut fort étonné de la trouver différente de dix-huit de celle que Tycho avait déterminée, et qu'il ne devait pas avoir déterminée négligemment, puisqu'il s'agissait d'un terme fixe où se rapportaient toutes ses observations. Cela pouvait faire croire que les méridiens changeaient, c'est-à-dire que la terre , supposé qu'elle tourne , ne tourne pas toujours sur les mêmes pôles; car si un autre point devient pôle, tous les méridiens qui devaient passer par ce nouveau point ont nécessairement changé de position. On voit assez combien il importait aux astronomes de s'assurer ou de la variation , ou de l’invariabilité des pôles de la terre et des méridiens. .Chazelles étant en Egypte mesura les pyramides , et trouva que les quatre côtés de la plus grande étaient exposés précisément aux quatre régions du monde. Or comme cette exposition si juste doit, selon toutes les apparences possibles , avoir été affectée par ceux qui élevèrent cette grande masse de pierres il y a plus de trois mille ans, il s'ensuit que pendant un si long espace de temps rien n'a changé dans le ciel à cet égard, ou, ce qui revient au même , dans les pôles de la terre, ni dans les méridiens. Se serait-on imaginé que Tycho , si habile et si exact observateur, aurait mal tiré sa méridienne , et que les anciens Egyptiens si grossiers, du : moins en cette matière , auraient bien tiré la leur ? L'invariabilité des méridiennes a été encore confirmée par

celle
que

Cassini a tirée en 1655 dans l'église de S. Petrone à Bologne. Chazelles

rapporta aussi de son voyage du Levant tout ce que l'académie souhaitait sur la position d'Alexandrie. Aussi M. de Pontchartrain crut-il lui devoir une place dans une compagnie à qui ses travaux étaient utiles. Il y fut associé en 1695. Il retourna ensuite à Marseille reprendre ses premières fonctions.

Tout le reste de sa vie n'est guère qu'une répétition perpétuelle de ce que nous avons vu jusqu'ici. Des campagnes sur mer esque tous les ans , soit en guerre , soit en paix, quelques-unes seu

lement plus considérables, comme celle de 1697, où Barcelone fut prise, des positions qu'il prend de tous les lieux qu'il voit, des plans qu'il leve, des fonctions d'ingénieur qu'il fait assez souvent et avec gloire , et puis un retour paisible à son école de Marseille. Il ne s'en dégoûtait point pour avoir eu quelques occupations plus brillantes; jamais il ne songea à la quitter. Les plus grandes âmes sont celles qui s'arrangent le mieux dans la situation présente , et qui dépensent le moins en projets pour l'avenir.

Lorsqu'en 1700 Cassini , par ordre du roi , alla continuer du côté du midi la méridienne abandonnée en 83, Chazelles fut encore de la partie. Il ne put joindre qu'à Rhodez Cassini , qui , pour ainsi dire, filait sa méridienne en s'éloignant toujours de Paris, Mais depuis Rhodez Chazelles s'attacha si fortement à ce travail, et cela pendant la plus fâcheuse saison de l'année , que sa santé commença à s'en altérer considérablement.

La ligne étant poussée jusqu'aux frontières d'Espagne, il revint à Paris en 1701 , et il y fut malade ou languissant pendant plus d'une année. Ce fut alors qu'il communiqua à l'académie le vaste dessein qu'il méditait d'un portulan général de la Méditerranée. On peut compter que dans les cartes géographiques et hydrographiques des trois quarts du globe, le portrait de la terre n'est encore qu'ébauché; et que même dans celle de l'Europe, il est assez éloigné d'être bien fini, ni bien ressemblant, quoiqu'on y ait beaucoup plus travaillé.

Malgré plusieurs soins différens , et les infirmités même qui deviennent le plus grand de tous les soins, Chazelles ne perdait point de vue ses galères égarées dans l'Océan. Etant encore à Paris en 1702,

il

proposa qu'elles pouvaient rester à sec dans tous les ports où il entrait assez de marée pour

les у

faire entrer. Par-là il triplait le nombre des retraites qu'elles pouvaient avoir, et par conséquent aussi le nombre des occasions où elles pouvaient être employees. On fit à Ambleteuse l'épreuve de sa proposition sur deux galeres qu'on échoua , et elles soutinrent l'échouage pendant quinze jours sans aucun inconvénient; au contraire,

il donna une merveilleuse commodité pour espalmer. Il faut oser en tout genre, mais la difficulté est d'oser avec sagesse ; c'est concilier une contradiction.

Les neuf dernières années de la vie de Chazelles , quoique aussi laborieuses que les autres , furent presque toujours languissantes, et sa santé ne fit plus que s'affaiblir. Enfin il lui vint une fièvre maligne qu'il négligea dans les commencemens , soit par l'habitude de souffrir , soit par la défiance qu'il avait de la médecine, à laquelle il préférait les ressources de la nature. Enfin

il mourut le 16 janvier 1710, entre les bras du P. Laval, jésuite, son collegue en hydrographie, et son intime ami. Quand deux amis le sont dans des postes qui naturellement les rendent rivaux, il ne faut plus leur demander des preuves d'équité, de droiture, ni même de générosité. A ces vertus et à celles que nous avons déjà représentées, Chazelles joignit toujours un grand fonds de religion, c'est-à-dire ce qui assure et fortifie toutes les vertus.

É LOGE

DE GUGLIELMINI. Dominico

INICO GUGLIELMINI naquit à Bologne d'une honnête famille le 27 septembre 1655. Il étudia en mathématique sous Geminiano Montanari , Modenois , et en médecine sous l'illustre Malpighi. Il embrassa ces deux genres d'étude à la fois , comme un homme né avec d'heureuses dispositions en aurait pu embrasser un seul; et il s'attira la même affection de ces deux maîtres , que si chacun d'eux eût eu seul la gloire de le former.

En 1666, il parut dans une grande partie de l'Italie un météore aussi lumineux que la lune en son plein. Montanari fit un petit ouvrage intitulé: Fiamma volante, où, par les observations qu'il avait eues de différens endroits , il recherchait géométrique ment quelle était la ligne du mouvement de cette flamme, sa distance à la terre et sa grandeur. Selon son calcul, la distance était à peu près de quinze lieues moyennes de France, ce qui est une hauteur extraordinaire pour ces sortes de feux. Cavina , qui avait observé le même phénomène à Faenza, en avait fait un calcul fort différent: la hauteur où il le mettait , par exemple, était triple de celle de Montanari ; et celui-ci d'ailleurs avait négligé dans son écrit les observations de Faenza , non pas en les rejetant avec mépris, mais en disant qu'il était bien fâché de les trouver trop éloignées de toutes les autres , et qu'apparemment l'erreur venait de ceux qui les avaient données, et à qui on s'était fié. Cette politesse n'empêcha pas Cavina de répliquer aigrement à Montanari, qui voyant cette dispute dégénérer en injure, se sentit assez fort pour oser déclarer publiquement qu'il y renonçait. Guglielmini , âgé alors de vingt-un ans , et disciple aussi zélé de Montanari , que noụs avons dit, il y a quelques années , que Viviani l’était de Galilée, car ces sortes d'attachemens semblent avoir plus de force en Italie, demanda à son maître la permission de répondre pour lui. Il la lui refusa, de peur que son adversaire ne crût toujours voir le maître caché sous le nom du disciple; mais Guglielmini trouya moyen de vaincre cette diffi

culté. Il proposa et il obtint de soutenir des thèses publiques, où Montanari n'assisterait point, et où Cayina , dont elles attaquaient l'opinion , serait invité, et attendu pendant un certain temps. Il n'y vint point; il traita ce défi comme un duel serait traité en France, et il paraît qu'il fit bien. Quoique Guglielmimi avoue qu'il n'était pas encore entièrement sorti des sections coniques , il terrassait en géométrie son adversaire. Il y eut assez d'écrits et assez gros sur une matière qui au fond de les méritait pas. Deux ou trois pages auraient suffi pour la vérité ; les passions firent des livres.

Guglielmini fut reçu docteur en médecine dans l'université de Bologne en 1678; mais au milieu de l'application et des études que demande cette pénible profession , un nouveau phénomène qui parut au ciel le rappela encore pour un temps du côté des mathématiques. Ce fut la comète de 1680 et 1681 , qui par je ne sais quelle destinée particulière', remua plus qu'une autre le monde savant. Le sentiment de ceux qui croient les comètes des corps éternels , aussi-bien que les planètes, avait été attaqué par Montanari , sur le fondement que cette dernière comète qui avait disparu à la fin de février 1681, n'était point alors assez éloignée de la terre pour disparaître par son éloignement seul, et qu'il devait y avoir eu par conséquent quelque dissolution physique. Cette raison qui pouvait n'être pas démonstrative , le devint en quelque sorte pour Guglielmini, parce qu'elle venait d'un maître qu'il chérissait ; et elle l'engagea à chercher quelque moyen d'expliquer la génération des comètes. Il en imagina un assez singulier, dont il fit un ouvrage intitulé : De cometarum naturâ et ortu epistolica dissertatio. Boloniæ, 1681.

Il donne aux planètes des tourbillons fort étendus ; de sorte que ceux , par exemple , de Jupiter et de Saturne , qui ont leurs centres éloignés de cent soixante-cinq millions de lieues , lorsqu'ils s'approchent le plus qu'il est possible, peuvent alors se couper vers leurs extrémités. Dans cet entrelacement et cet embarras de la matière de deux tourbillons , il se forme en vertu des mouvemens opposés qui se combattent, un tourbillon nouveau , dont les parties les plus grossières, car la matière céleste n'est pas toute homogène , vont occuper le centre , et produisent un nouveau corps solide , qui est la tête de la comète. Nous ne rapporterons ni les preuves , ni les difficultés de ce système : l'auteur déclare qu'il ne le croit ni vrai, ni même vraisemblable, mais seulement propre à expliquer les faits ; et il ne le propose qu'avec une modestie qui en répare la faiblesse , et désarme les critiques.

Il donna de nouvelles preuves de son savoir dans l'astronomie,

par l'observation qu'il fit à Bologne de l'éclipse solaire du 12 juillet 1684 , et qu'il imprima en latin la même année.

Le mérite de Guglielmini fut reconnu jusques dans son pays. Le sénat de Bologne le fit premier professeur de mathématique, et lui donna en 1686 l'intendance générale des eaux de cet état. Les voyageurs nous rapportent qu'en Perse la charge de surintendant des eaux est une des plus considérables , à cause de la sécheresse du pays, et de la difficulté de l'arroser suffisamment et également. Par une raison toute contraire, cette charge est de la même importance dans le Bolonais, et en général dans la Lombardie, ou la grande quantité et la disposition des rivières et des canaux , si utiles d'ailleurs au pays , peuvent cependant produire de grands inconvéniens, à moins que l'on n'y veille continuellement et avec des yeux fort éclairés. Guglielmini eut cette délicatesse assez rare de regarder sa commission de surintendant des eaux , non comme une de ces commissions dont on s'acquitte toujours assez bien avec quelques connaissances ordinaires , et ou il suffit de ne rien gâter , mais comme un engagement sérieux à tourner ses principales pensées de ce côté-là, et à servir le public à toute rigueur.

Il donna donc dès l'année 1690 la première partie , et en 169, la seconde d'un traité d'hydrostatique , inditulé: Aquarum fluentium mensura , novâ methodo inquisita , et dédié au sénat de Bologne. Son principe fondamental , et reçu de tous les philosophes modernes, est que les vitesses d'une eau qui sort d'un tuyau vertical ou incliné , sont à chaque instant comme les racines des hauteurs de sa surface supérieure, ce qui amène nécessairement la parabole dans toute cette matière. Quand même l'eau coule dans un canal horizontal, ce qui se peut, pourvu qu'elle ait une issue pour se décharger, c'est encore le même principe , parce que l'eau supérieure pressant l'inférieure, lui imprime de la vitesse à raison de sa hauteur.

Si l'on veut trouver dans un canal horizontal la vitesse moyenne entre celle du fond , qui est la plus grande , et celle de la superficie, qui est la plus petite , ou même nulle géométriquement, on voit aussitôt par la quadrature de la parabole, que cette vitesse est toujours à celle du fond comme deux à trois, et qu'elle est toujours placée aux quatre neuvièmes de la hauteur du canal divisé du haut en bas.

Quand on a une expérience fondamentale sur la vitesse de l'eau, par exemple, celle de Guglielmini , par laquelle une eau qui est tombée de la hauteur d'un pied de Bologne, parcourt en une minute deux cent seize pieds cinq pouces d'un mouvement égal, on ay sa vitesse pour toutes les chutes possibles ; et il en a calculé

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