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toutes les opinions et toutes les renommées. Il parcourt les Littératures étrangères ; il transporte dans la nôtre la philosophie des Anglais, leurs lettres et leurs sciences. Il traduit et il apprécie Pope, Addisson, Milton et Shakespeare, dont l'existence nous était à peine connue : il naturalise en France, les observations fécondes et l'analyse inétaphysique de Loke, à une époque où la France entière est encore imbue des erreurs de Mallebranche et de Descartes : il expose avec cette clarté, l'une des qualités distinctives de son talent et de son esprit, les découvertes de Newton, lorsque Fontenelle lui-mêine reste constaminent attaché au parti de ses anciens Maîtres, lorsque ce Jean Bernouilli, de tous les Géomètres de l'Europe le mieux fait pour apprécier ces découvertes sublimes, s'obstine à les combattre encore. Enfin, coinme s'il voulait épuiser toutes les sortes de services qu'un grand Écrivain peut rendre à sa Patrie, tandis qu'une routine meurtrière arrête encore parmi nous les

progrès de l'art de guérir , il annonce, il fait adopter la méthode salutaire de l'Inoculation. Homme véritablement fait, par l'acti. vité de son imagination ardente, pour en

flammer, pour instruire et entraîner des Français ; Homme universel comme notre Littérature à l'époque où il vécut, et qui rassemble en lui seul presque tous les genres de gloire de son Siècle !

Dans ce siècle où la République des Lettres avait des Citoyens si puissans, il l'a transformée en un Empire ; et toutes les conquêtes ont illustré son règne , toutes les palmes ont oinbragé son trône. Du haut de ce trône auguste, il semble tenir les rênes de l'opinion publique en Europe. Tous les regards sont fixés sur lui. Les plaintes des opprimés ou leurs bénédictions, le suffrage des Nations et l'estime des Princes, viennent le chercher de toutes parts. J'aperçois dans sa retraite des Têtes couronnées, des Rois assez grands pour reconnaître en lui cette royauté nouvelle qui ne doit rien au hasard. Ils viennent accorder à ce Monarque des Lettres, le tribut de l'admiration, et n'exigent pour la Puissance que le respect de l'Amitié. Des philosophes étrangers , des hommes d'état, des ministres, tous les talens, toutes les renommées, s'empressent d'agrandir à l'envi par leurs hommages, sa

renommée prédominante : exemple mémorable des grandeurs et de l'autorité du Génie , mis une fois à sa place avant sa mort!

Un tel exemple, sans doute, devait exciter parmi les Ecrivains une émulation générale : il offrait à leurs talens de nouvelles récompenses , il fit prendre à leurs travaux une nouvelle direction. Sous le règne de Louis XIV qui sut, comine tous les Rois grands et heureux, aimer et encourager les Lettres, notre Littérature naissante dut voir le prix et le mobile de ses efforts dans l'estime et les bienfaits du Monarque. Sous le règne de Louis XV, qui n'avait pas les mêmes droits que son aïeul d'aimer et de protéger les Lettres, notre Littérature formée, et désormais sûre de sa force, trouvant partout les honneurs et une considération légitime , semble n'avoir connu pour prix et pour mobile, que le suffrage des talens supérieurs, l'estime et l'approbation publiques. Ce changement dont les effets se firent plus ou moins sentir dans toutes les classes d'Ecrivains, permit à la Littérature des vérités et des erreurs qui ne pouvaient appartenir à une époque antérieure. C'est ce qu'il ne faut ja,

mais oublier en jugeant le dix-huitième Siècle, lorsqu'on veut être juste , et n'être rien de plus. Il fut un moment où une lettre, un simple éloge, un souvenir, des vers flatteurs de Voltaire, semblèrent encourager, protéger même contre l'envie , ou exciter les talens , avec autant de puissance et plus d'éclat encore, que les bienfaits de ce Roi qui, dans le siècle précédent, rouvrait la Scène à Molière, appelait Racine à sa Cour, et répandait jusqu'au fond du Nord, sur les Arts et sur les Sciences, les témoignages de son estime pour tout ce qui était grand, sentiment qui parut en lui se confondre avec l'amour de la gloire. La Littérature du dixseptième Siècle fut celle du règne de Louis XIV; la Littérature, sous Louis XV, fut celle du siècle de Voltaire,

Cet ascendant que Voltaire avait pris sur tout son siècle dans la plupart des objets que peut embrasser l'esprithumain, Montesquieu l'obtint en Europe sur les hommes supérieurs, dans les matières les plus importantes. Jeune encore,

il avait porté sur toutes les Institutions humaines 'un coup-d'ail pénétrant et observateur, Dans le premier de ses ouvrages, paraissant vouloir cacher la profondeur de ses réflexions sous le voile d'une fiction ingénieuse , il sut mêler avec adresse à des peintures étrangères, l'examen de nos opinions sur des matières délicates , et rarement souinises avant lui à des discussions littéraires. On permit sans peine à des voyageurs asiatiques de se montrer peu respectueux pour quelques usages de l'Europe. En nous divertissant par leurs préjugés, ils semblaient acquérir le droit de se moquer un peu des nôtres ; et s'ils laissaient échapper des traits d'exagération, il fallait bien les pardonner à des imaginations orientales. De fréquentés allusions rendaient cette fiction plus piquanté : et les fautes du Cabinet de Versailles, transportées dans le Conseil d'Ispahan, offraient de vives leçons dans ce lointain favorable à la vérité , et surtout à ceux qui la disent (1). Des peintures riantes et

(1) Voyez , par exemple, avec quelle adresse il fait l'histoire de la Révocation de l'Édit de Nantes, sans qu'une seule expression cache un moment sa pensée ou trahisse son secret, dans la 85e Lettre , qui commence par ces mots : « Tu sais, Mirza , que quelques 2 ministres de Cha-Soliman avaient formé le dessein

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