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ou en mal. Il est donc très - important de les avoir douces et polies pour prévenir les mauvais jugemens. Il ne faut presque rien pour être cru fier, incivil, méprisant , désobligeant: il faut encore moins pour être estimé tout le contraire. Véritablement, la politesse n'inspire pas toujours la bonté, l'équité, la complain sance , la gratitude ; mais elle en donne les apparences , et fait paraître l'homme au dehors comme il devrait être intérieurement. Les manières polies donnent cours au mérite, et le rendent agréable. Il faut avoir des qualités bien éminentes pour se soutenir sans la politesse, qu'on peut définir : une certaine atten, tion à faire que par nos paroles et par nos manières., les autres soient contens de nous et d'eux-mêmes. »

cc Pour ce qui est dee louanges, il y aurait une espèce de férocité à rejeter toutes celles qu'on nous donne. Un homme sage est sensible à toutes les louanges qui lui viennent des gens de bien, qui louent en lui sincèrement des choses louables. Il supporte aussi les mauvais complimens, comme les mauvais caractères , parce qu'il doit y avoir nécessairement dans le commerce des pièces d'or et de la monnaie ».

« Le sot est toujours prêt à se fàcher et à croire qu'on se moque de lui, Mais le sage, qui n'ignore pas que la moquerie est indigence d'esprit, ne prend pas garde si on rit de lui , parce que ceux qui rient ainsi sont dans le monde ce que les fous sont à la Cour, c'est-à-dire sans conséquence. Dédaignant l'art de se faire valoir, il se donne pour ce qu'il est. Il se défie de la

finesse qui est l'occasion prochaine de la fourberie : de l'une à l'autre le pas est glissant : le mensonge seul en fait la différence : si on l'ajoute à la finesse , c'est fourberie. Avec des gens , qui par finesse écoutent tout et parlent peu , il parle encore moins : ou s'il parle heaucoup, il dit peu de choses. Dans plusieurs rencontres où la fortune est intéressée, la vérité et la simplicité sont le meilleur manège du monde »,

« Il faut sans doute s'observer soigneusement pour se comporter ainsi. Il y a des vices que nous ne devons à personne, que nous apportons en naissant, et que nous fortifions par l'habitude ; il y en a d'autres que l'on contracte et qui nous sont étrangers. L'on est né avec des moeurs faciles, de la complaisance, et le desir de plaire ; mais par le traitement que l'on reçoit de ceux avec qui l'on vit, ou de qui l'on dépend, on est bientôt jeté hors de ses mesures , et même de son naturel. On a des chagrins, une bile que l'on ne se connaissait point: on se voit une autre complexion : on est enfin étonné de se trouver dur et épineux. Tout est étranger dans l'humeur, les moeurs et les manières de la plupart des hommes. Tel a vécu pendant toute sa vie chagrin, emporté, avare, rampant, soumis, laborieux, intéressé, qui était né gai, paisible, paresseux, magnifique, d'un courage fier, et éloigné de toute bassesse. Les besoins de la vie, la situation où l'on se trouve, la loi de la nécessité, forcent la nature, et y causent ces grands changemens. Ainsi, tel homme en lui-même ne peut se définir : trop de choses qui sont hors de lui, l'altèrent , le changent, le boule.

versent. Il n'est pas précisément ce qu'il est , ou ce qu'il paraît être.

« L'on a beaucoup de peine à s'approcher sur les affaires, parce qu'en général les hommes sont épineux, sur les moindres intérêts, veulent tromper et n'ètre pas trompés, et mettent fort laut ce qui leur appartient, et très-bas ce qui appartient aux autres. A quelques-uns l'arrogance tient lieu de grandeur, l'inhumanité de fermeté, et la fourberie d'esprit. Les fourbes croient aisément que les autres le sont: ils ne peuvent guères être trompés, et ils ne trompent pas long.tems. On ne trompe point en bien, La fourberie ajoute la malice au mensonge, za :

« Autre vice naturel à l'espèce humaine ; elle s'ouvre à de petites joies, et se laisse dominer par de petits chagrins. Rien n'est plus inégal et moins suivi que ce qui passe en si peu de tems dans le cæur et dans l'esprit des hommes. Aussi, sont-ils plus capables d'un grand effort que d'une longue persévérance. Leur paresse ou leur inconstance leur fait perdre le fruit des meilleurs commencemens. Ils se laissent souvent dévancer par d'autres qui sont partis après eux, et qui marchent, lentement, mais constamment. Ils savent encore mieux prendre des mesures que les suivre ; résoudre ce qu'il faut faire et ce qu'il faut dire, que faire ou dire ce qu'il faut. On se propose fermement dans une affaire qu'on négocie , de taire une. certaine chose ; et ensuite, ou par passion, ou par une intempérance de langue, ou dans la chaleur de

l'entretien, c'est la première qui échappe. Dans les choses qui sont de leur devoir les hommes agissent mollement; et ils se font un mérite ou plutôt une vanité de s'empresser pour celles qui leur sont étrangères, et qui ne conviennent ni à leur état, ni à leur caractère. Ils s'ennuierit des mêmes choses qui les ont charinés dans leurs commencemens. Ils déserteraient la table des Dieux, et le nectar avec le tems leur deviendrait insipide. Ils n'hésitent pas de critiquer les choses qui sorit parfaites, par vanité et par une mauvaise délicatesse. Enfin, les hommes n'ont point de caractère, ou s'ils en ont, c'est celui de n'en avoir aucun qui soit suivi, qui ne se démente point, et où ils soient reconnais. sables. Ils souffrent beaucoup à être toujours les mêmes, à persévérer dans la règle ou dans le désordre ; et s'ils sé délassent quelquefois d'une vertu par une autre vertu, ils se dégoûtent plus souvent d'un vice par un autre vice. Ils ont des passions contraires et des fai. blesses qui se contredisent. Il leur coûte moins de joindre les extrémités, que d'avoir une conduite dont une partie naisse de l'autre. Ennemis de la modération, ils outrent toutes choses, les bonnes et les mauvaises. »

Ć Il faut aux enfans des verges et la férule ; il faut aux hoinines faits une couronné, un sceptre, un mortier, des fourrures , des faisceaux, des timbales, des hoquetons. La raison et la justice dénuées de tous leurs ornemens, ni no persuadent, ni n'intimident. L'homme qui est esprit, se mène par les yeux et les oreilles, 5

• de La raison tient de la vérité; elle est une. L'on n'y arrive que par un chemin ; et l'on s'en écarte par mille. L'étude de la sagesse a moins d'étendue que celle que l'on ferait des sots et des impertinens. C'est aussi à quoi doit s'attacher tout homme raisonnable. Dans le particulier, il est aisé d'être tranquille et vertueux, La chose est bien autrement difficile dans la société. On vient de voir ce que les hommes sont. La meilleure règle qu'on puisse suivré pour vivre avec eux est celleci: Sachez précisément ce que vous pouvez attendre des hommes en général, et de chacun d'eux en particulier, et jetez - vous ensuite dans le commerce du Monde. »

· Page 253. La pensée ; dis-je, aurait été la mêmé, 'ét cependant, cela est sûr, elle aurait semblé fort pieuse à ceiix qui la trouvèrent impie, et qui , la charité nörs invite d le croire ; n'avaient pas d'intérêt à se facher. .

Il s'est trouvé dans tous les siècles de ces gens bien intentionnés qui semblent s'imposer le devoir d'insi- nuer dans leurs écrits, et de prouver par leur exemple, ..ju'on ne peut être à-la-fois un bon chrétien et un homme

d'esprit : comme s'il devait s'en suivre que tout imbécille fût un saint, et que cette considération suffit pour rassurer leur conscience ! Descartes avait démontré l'existence de Dieu ; et voilà, qu'un ministre du Saint-Évangile monte en chaire dans Utreck, et soutient une thèse publique pour annoncer aux Hollandais

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