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garderai comme très-petite la conduite de la reine Christine qu'on a tant louée et souvent blâmée à plus juste titre. Mais être 'né ou appelé pour contribuer au bonheur et même à l'instruction d'un peuple entier, et y renoncer, c'est refuser, ce me semble , le bien que vous avez à cœur. Votre philosophie est fondée sur l'humanité; perinettez-moi de vous dire que ne point se préter à la servir tandis qu'on le peut c'est manquer son but. Je vous sais trop honnête homme pour attribuer · vos refus à la vanité, je sais que la cause n'en est que l'a. mour du repos pour cultiver les lettres et l'amitié : mais à quoi tient-il ? venez avec tous vos amis, je vous promets, et à eux aussi, tous les agrémens et facilités qui peuvent dépendre de moi, et peut-être vous trouverez-vous plus de liberté et de repos que chez vous. Vous ne vous prêtez point aux instances du roi de Prusse et à la reconnaissance que vous lui devez; mais ce prince n'a point de fils. J'avoue que l'éducation de ce fils me tient si fort à coeur, et vous m'êtes si nécessaire, que peut-être je vous presse trop. Pardonnez mon indiscrétion en faveur de la cause , et soyez assuré que c'est l'ese time qui m'a rendue si intéressée,

Signé CATHERINE.

Une semblable lettre suffirait seule sans doute pour autoriser ce qu'on avance dans le discours sur la conduite que tenaient les rois à l'égard de nos philosophes. Įls les appelaient dans leurs états, comme autrefois Philippe avait appelé à sa cour le précepteur d'Alexandre ,

pour y présider à l'éducation de l'héritier de leur cota ronne. Ils leur offraient de l'estime, des richesses et des honneurs ; et quand ces hommes généreux ne voulaient accepter que l'estime , les rois se montraient assez justes pour ne pas s'étonner de leurs refus.

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ÉLOGE

DE

LA BRUYÈRE.

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* Respicere exemplar vite, morumque, ....... idii.Et veras hinc ducere voces.

HORAT. De Arte pocti

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Le peintre des moeurs et de la société, Là Bruyère, est de tous nos grands écrivains celui dont la vie et la personne nous sont le plus inconnues : la satire elle-même ne nous a rien appris sur ce philosophe satirique ; et l'on voit avec surprise dans un moraliste célèbre l'homme le plus ignoré. Singulier contraste, en effet, entre la destinée d'un auteur et celle de ses ouvrages ! A l'obscurité profonde dont il paraît s'être enveloppé, malgré l'éclat de sa gloire , oni croirait qu'il n'a vécu que pour composer ses

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