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1761 : « Depuis plus d'un siècle qu'un homme éloquent, » le célèbre Patru, établit par son exemple l'usage » des remercimens académiques, ils sont devenus de » jour en jour plus difficiles ; et si quelque chose pou» vait modérer l'ambition de vous être associé, ambi» tion si vive, si générale, et dès-lors si honorable à » l'Académie, c'est le discours à prononcer devant >> vous, et après vous, sur une matière que vous avez » épuisée. »

» Cependant quelque persuadé que paraisse le Public » de l'extrême difficulté des remercimens académiques, » et jusqu'à en faire une espèce d'impossibilité, il les » juge avec la dernière rigueur. »

Il est vrai que la critique s'exerçait souvent avec une maligne sévérité sur ces discours proposés en quelque sorte comme des modèles et des monumens déloquence, et dans lesquels lOrateur n'étant chargé d'aucun ina térêt, n'avait d'autre objet , dit M. de la Harpe, que celui de bien parler.

Les Censeurs tenaient peu de compte du mérite de la difficulté vaincue; ils oubliaient que Racine lui-même avait échoué contre cet écueil, et que son discours de réception avait eu si peu de succès , qu'il ne voulut pas le faire imprimer.

Des discours prononcés dans ces occasions, un petit nombre à échappé à l'oubli ; et ce sont ceux dont les auteurs ne se bornant pas aux complimens d'usage, ont traité quelque point de Littérature.

Voltaire eșt, dit-on , celui qui donna l'exemple de cette heureuse hardiesse.

( Extrait de la Revue, 9 juin 1805).

Cette hardiessé était heureuse sans doute ; personne n'en disconvient aujourd'hui : mais elle ne fut pas d'abord jugée aussi favorablement. Peu de jours après la réception de Voltaire , il parut dans les feuilles de l'abbé Desfontaines une longue lettre, assez impertinente pour trouver des lecteurs , qui fut bientôt réimprimée , puis inhumée pour toujours dans un Recueil de plates infamies (a) , avec la prose de Saint-Hiacinthe et de Rigoley de Juvigny , avec les vers de Piron et ceux du poète Roi, qui se chargeaient à tour de rôle de faire à Voltaire des leçons de style, de morale et d'urbanité,

On lit dans cette lettre , curieuse en ce qu'elle est de tout point un prodige d'ignorance et de mauvais goût : « Quant au Discours de M. de Voltaire , vous n'y » verrez rien de ce que vous croyez y voir. Il est tout » excepté ce qu'il doit être. Ce sont des réflexions, » des observations, des morceaux de dissertations, des » lambeaux de panegyrique. Il n'y a que de remercie » ment dont il n'y a pas un seul mot : c'était son p sujet as.

M. l'abbé s'égaie ensuite sur les lambeaux de ce

(a) Le Voltairiana, ou Éloges emphygouriques de M. de Voltaire; 1 gros yol, in-8.

discours qu'il déchire , et qu'il corrompt en les touchant, à la façon des Harpies. Mais surtout il se passionne contre un passage où l'Orateur, apercevant Crébillon dans le sein de l'Académie , s'écrie avec l'éloquence la plus élevée : ce Le théâtre , je l'avoue , est v menacé d'une chute prochaine : mais au moins je vois w ici ce génie véritablement tragique qui m'a servi de >> maître quand j'ai fait quelques pas dans la même » carrière ; je le regarde avec une satisfaction mêlée de » douleur , comme on voit sur les débris de sa patrie , » un héros qui l'a défendue ».

Il n'est personne, excepté les Desfontaines , qui puisse ne pas avouer le mérite éminent et l'heureux àpropos de ce passage. Dans tous les écrits en prose de Voltaire , qui ont tant d'autres genres de beautés , c'est peut-être le seul trait véritablement oratoire, c'est celui du moins qui a le plus d'éclat et de grandeur, N'est-ce donc pas une bonne fortune pour un libelliste d'avoir rencontré si bien que s'il est un morceau vrai. ment supérieur dans un ouvrage, c'est celui dont il s'est moqué ? Si ces rencontres étaient moins communes , on s'étonnerait de l'adresse qu'elles supposent. Mais les Desfontaines ont tant de tact qu'ils n'y manquent presque jamais. ,

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Je remarquerai en passant, que Voltaire n'est pas le premier , comme on le croit , qui dans son Discours de Réception ait traité un sujet de littérature, Longtems avant lui Mézériac en avait donné l'exemple en discourant sur la Traduction. Mais la discussion parut un peu longue , l'exemple ne fut pas suivi; le Discours

tomba dans l'oubli, l'orateur eut le même sort que le Discours , et la réforme restait à faire : Voltaire la commença ; Buffon et quelques autres l'ont consacrée.

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Page 84. L'éloquence avait brillé d'un tel lustre dans les grands Maitres de ce siècle, elle avait exprimé les passions avec tant de charme et d'énergie etc.

C'est peut-être aux peintures de l'amour si séduisantes dans l'Héloïse que nous devons nos véritables Poètes érotiques qui les ont souvent imitées. Un genre célèbre chez les Anciens , mais ridiculement traité dans l'autre siècle où l'on en cherchait les modèles dans des romans plus ridicules encore, l'Élégie allait enfin renaître parmi nous. Devant les graces naturelles des nouveaux disciples de Tibulle s'éclipsaient le clinquant érotique, le vernis artificiel de la précieuse école de Dorat, et les fleurs fanées et postiches des plagiaires de Gresset, qui, prenant l'abondance pour la richesse, et le vide des sons pour l'harmonie , croyaient, en cadençant des riens sonores, avoir égalé le Vert-vert, et ces épîtres charmantes qui, dans le genre léger, n'ont jamais été surpassées, si ce n'est par quelques-unes des poésies de Voltaire qu'on retrouve presque partout au premier rang.

Page 90. Les rois se plaisaient d correspondre avec eux dans leur langue etc.

Les lettres du grand Frédéric, de presque tous les

princes du Nord et du pape Benoît XIVà Voltaire, sorit trop connues pourqu'il ne soit pas inutile de faire plus que les rappeler. On peut en dire autant des lettres écrites pär quelques-uns de ces monarques ou par leurs ministres, à Diderot et à d'Alembert. Une seule me semble assez remarquable pour qu'il soit encore intéressant de la citer.On est frappé d'étonnement lorsqu'on songe qu'elle a été écrite présque sous les glaces du pôle , par le souverain despotique d'un empire encore barbare, et pour ainsi dire sauvage au commencement du dix-huitième siècle ; lorsqu'on se rappelle sur-tout que nos ministres, M. de Morville, le cardinal Dubois lui-même, disaient trente années auparavant, comme le rapporte Voltaire, que Pétersbourg ne pourrait point subsister, et que le Czar Alexiovitz n’é. tait qu'un extravagant, pour être contre-maitre d'un navire hollandais. ,,

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30 Lettre de l'Imperatrice de Russie, écrite de sa main à d'Alembert. Sensor

Bir od Bogstad » Monsieur d'Alembert, je viens de lire la réponse que vous avez écrite au sieur Odar, par laquelle vous refusez de vous transplanter pour contribuer à l'éducation de mon fils. Philosophe comme vous êtes, je comprends qu'il ne vous coûte rien de mépriser ce que l'on appelle grandeurs et honneurs dans ce monde. A vos yeux tout cela est peu de chose, et aisément je me range de votre avis. A envisager les choses sur ce pied, je re

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