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l'honneur de la France, ou plutôt du Continent, qui jusqu'alors n'avait eu rien à opposer aux découvertes de Newton ».

» Un seul géomètre, M. Euler, eût pu disputer cette gloire à M. d'Alembert. Mais ,. en donnant une solutioa nouvelle du problême, il avoua qu'il avait lu Pouvrage de M. d'Alembert, et fit cet aveu avec cette noble franchise d'un grand homme qui sent qu'il peut, sans rien perdre de sa renommée , convenir du triomphe de son rival. ( Eloge de d'Alembert.)

En 1793 , l'infortuné Condorcet n'avait point changé d'opinion sur les services rendus aux Sciences par son illustre prédécesseur. Dans un ouvrage consacré au tableau des progrès de l'esprit humain , il parle de ces découvertes avec la même distinction , il y attache la même importance, et sur-tout ne rétracte rien 'de ce qu'il avait avancé dans son Éloge, . » Une foule de problemes de statique, de dynamique, avaient été , dit-il, successivement proposés et résolus, lorsque d'Alembert découvre un principe général, qui suffit seul pour déterminer le mouvement d'un nombre quelconque de points, animés de forces quel conques , et liés entre eux par des conditions. Bientôt il étend ce même principe aux corps finis d'une figure. déterminée ; à ceux qui, élastiques ou flexibles, peuvent changer de figure , mais d'après certaines lois , et en conservant certaines relations entre leurs parties; anfin , aux fluides eux-mêmes , soit qu'ils conservent la même densité, soit qu'ils se trouvent dans l'état

d'expansibilité. Un nouveau calcul était nécessaire pour résoudre ces dernières questions; il ne peut échapper à son génie, et la mécanique n'est plus qu'une science de pur calcul.

Ces découvertes appartiennent aux sciences mathématiques ; mais la nature , soit de cette loi de la gravitation universelle, soit de ces principes de méca. nique, les conséquences qu'on peut en tirer pour l'ordre éternel de l'Univers , sont du ressort de la Philosophie, On apprit que tous les corps sont assujettis à des lois nécessaires , qui tendent par elles-mêmes à produire ou à maintenir l'équilibre, à faire naître ou à conserver la régularité dans les mouvemens. (Esquisse d'un tableau historique des progrès de l'esprit humain.)

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Page 78. D'autres enfin appellent l'attention de : tous les hommes éclairés , et la vigilance du Goua? vernement sur l'Industrie, sur le Commerce, et plus encore sur lAgriculture trop négligée par Colbert, etc.

Il est inutile de s'arrêter à faire sentir l'importance des travaux entrepris au dix-huitième Siècle pour le perfectionnement de l'Administration, et sur-tout de l'Economie politique. Cette science était nouvelle. Si elle avait paru jeter quelques racines en France sous le sage ministère de Sully, après même le ministère à la fois utile et brillant de Colbert elle restait encore incertaine , livrée , saņs théorie précise, aux préjugés de la routine , aux caprices de l'innovation. Un grand Pensionnaire de Hollande , l'infortuné Jean de Wit,

avait seul conçu l'espérance et le projet de la placer dans le domaine des Sciences positives , lorsqu'on vit enfin s'élever parmi nous une classe entière d'écrivains dont le but principal fut le développement de cette science devenue si vaste et si importante dans notre état de civilisation, où pour qu'une nation soit heureuse, il faut qu'elle soit puissante , où pour qu'elle soit puissante, il faut qu'elle soit riche , et conséquemment agricole , commerçante et industrieuse.

En même-tems une École étrangère , celle des Philosophes d'Édimbourg, poursuivait les mêmes études avec assez d'ardeur et de succès pour donner bientôt naissance à l'ouvrage de Stewart, et à celui de Smith, plus répandu , plus riche en applications vraiment utiles , quoique peut-être moins complet. Cependant, j'oserai le dire chez un peuple qui ne doit plus aujourd'hui, comme il l'a fait tant de fois, s'empresser d'être généreux envers le mérite étranger pour se dispenser d'être reconnaissant envers le mérite national, un économiste français a donné sur ces matières un livre qui, du moins pour la précision et la justesse des principes, n'a pas été surpassé. Ce livre est le traité si court, mais si fécond en résultats, de la formation et de la distribution des richesses : son auteur est ce Turgot qui rendit célèbre un court ministère par une longue influence et des bienfaits qui subsistent toujourse

Nous retrouvons aujourd'hui dans notre administration, dans nos finances, des réformes salutaires que ces économistes laborieux, utiles et trop méconnus,

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Page 81. Les discours de réception ne se bornaient plus d un vain protocole de louanges et de remercimens. Des questions utiles aux lettres ou à la philosophie s'y trouvaient quelquefois traitées avec autant de justesse que d'élégance, etc.

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Lorsque l'avocat Patru, qui était de son tems un homme éloquent, dont Boileau se fit honneur d'être l'ami, et reçut, dit-on, d'excellens conseils sur ses ouvrages , fut reçu à l'Académie française, le 5 sepțembre 1640, à la place de M. Porcherès d'Arbaud, il fit un remerciement qu'on trouva si beau, quon arréta que dorénavant tout récipiendaire en prononcarait un semblable, (a)

Vraisemblablement Patru avait consacré une partie de son discours à faire l'éloge de son prédécesseur.

Le cardinal de Richelieu , fondateur de l'Académie, vivait encore ; il était tout puissant : il n'y avait pas moyen de passer ses louanges sous silence.

Après la mort du cardinal, le chancelier Séguier eut le titre de Protecteur de l'Académie ; et comme on avait toujours fait, dans les discours de réception , l'éloge du fondateur , on dut y joindre celui du Protecteur qui lui avait succédé. .

(A) Voyez l'Histoire de l'Académie, par Pelisson.

Quand le chancelier mourut, ce fut le roi (Louis XIV) qui se réserva le titre de Protecteur de l'Académie ; nouvel éloge à joindre aux précédens. .

Comme les traditions et les usages se conservent volontiers dans les compagnies , ces mêmes éloges se répétèrent de réception en réception ; et l'usage eut enfin force de loi,

Aux éloges de l'Académie en corps, du prédécesseur, du cardinal de Richelieu , du chancelier Séguier , de Louis XIV, on ne pouvait guère se dispenser d'ajouter quelques complimens pour le roi régnant; en sorte que c'était de bon compte , six éloges que tout récipiendaire était obligé de faire entrer dans son discours.

Le directeur qui lui répondait, avait précisément le même nombre de complimens à distribuer ; car il était obligé de célébrer à son tour les mêmes personnages : seulement, à l'éloge de l'Académie , il substituait , comme de raison , celui du récipiendaire.

Tel était l'usage reçu , et qui faisait de ces discours , sur un fonds tant de fois ressassé et retourné en mille manières, de vrais tours de forçe extrêmement pénibles, et dont presque tout le mérite consistait à se tirer plus ou moins heureusement des difficultés.

Aussi l'abbé Trụblet disait-il, lorsqu'il fut reçu , en

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