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est dévoilé : l’Angleterre enfante Bacon qui, à l'entrée de toutes les routes que la raison peut parcourir, place le flambeau de l'expérience : l'Italie des Médicis se inontre l'héritière et l'émule de l'Italie des Césars; et la France enfin s'avance vers cette gloire des Lettres dont va bientôt déchoir l'Italie (1). Les grands Modèles de l'Antiquité, qui n'avaient encore fait naître que des commentateurs, commencent à former des disciples; et notre Langue, qui d'abord avait acquis quelque souplesse et un certain charme de naïveté, s'élève jusqu'à l'énergie dans des Satires piquantes, et dans des Odes nobles et harmonieuses jusqu'à l'élégance et au sublime.

(1) Il est sans doute inutile de rappeler plus longuement que le XVII. siècle, cet âge du génie et du goût dans la Littérature française , fut, pour la Littérature italienne, une époque remarquable de décadence et de corruption. Les Écrivains qui l'ont honorée durant le cours du XVIIIe siècle, et qui l'honorent encore au- , . jourd'hui, ne sont parvenus à une renommée éclatante et durable que lorsqu'ils se sont entièrement écartés des traces de leurs dangereux prédécesseurs.

Un nouveau siècle commence. Au besoin d'imiter et de croire avait succédé le besoin de connaître et d'inventer. Tandis que sur les débris du despotisme scholastique, la Philosophie (1) remonte jusqu'au doute et redescend aux systèmes, des Génies de toutes les trempes s'emparent à l'envi de cette Langue à qui ses heureux progrès présagent un perfectionnement rapide. Chacun d'eux lui donne à diverses mesures les qualités dominantes de son esprit, et notre Langue est souple et féconde : le talent pur , le goût exquis viennent ensuite, ils polissent læuvre du Génie ; et notre Langue est fixée. Des Poètes, des Orateurs, dignes de la Grèce et de Rome, illustrent notre Littérature : et dans les divers genres d'écrire qui tiennent plus particulièrement à l'imagination, le beau siècle de Louis , rival du siècle d'Auguste, enfante de nombreux chefs-d'oeuvres

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(1) Descartes. On sait qu'il déblaya, si je puis ainsi dire, la route de la vérité encombrée par de vieilles erreurs, et qu'il la sema d'erreurs nouvelles. Personne n'a mieux prouvé ce que peuvent pour la raison les chutes mêmes d'un grand homme.

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qu'il faut imiter pour les égaler , et qui seraient encore des modèles lors même qu'on parviendrait à les surpasser. L'éclat dont brille la France fixe les regards de l'Univers. Et nos grands Maîtres, devenus des autorités dans toutes les littératures, consacrentenfin en Europe cette adoption des talens étrangers , cet échangedes trésors de l'esprit, et ce commerce des arts qui font entrer tous les Peuples dans le partage des bienfaits de la Raison et des richesses du Génie.

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Après cet âge couvert d'une gloire éblouissante, que restait-il encore à faire pour l'honneur des Lettres françaises , et les progrès de l'Esprit national ? La Langue était fixée, il est vrai, mais on pouvait l'enrichir. L'art d'écrire était connu , il avait ses modèles ; mais on pouvait l'agrandir , l'appliquer à de nouveaux objets, répandre ainsi les lumières, sur de plus nombreuses classes de lecteurs, et faire d'une Nation illustrée par quelques Hommes de génie une Nation d'Hommes éclairés.. Alors devait s'achever l'ouvrage du seizième et du dix-septièine siècles ; ce commerce des esprits entre les Nations, se chan

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ger en une confédération de travaux et de lumières; et toutes les Républiques littéraires se réunir en un seul Empire dont les citoyens seraient partout et les limites nulle part. Voilà ce qui restait à faire au dix-huitième siècle: et c'est de là qu'il faut partir pour juger ce qu'il a fait,

Dès ses premières années, tout annonça dans les esprits un changement général , et la nouvelle direction que devaient en recevoir les Lettres. Long-tems le plus imposant de nos Rois avait recueilli sur un trône qu'environnaient alors la gloire et les plaisis , ces tributs, les plus flatteurs que puisse obtenir un Monarque, l'admiration de ses ennemis, et l'enthousiasme de son Peuple. Les Lettres protégées par l'estime de Louis plus encore que par sa munificence, se plurent à partager l'ivresse nationale, à former la décoration d'un règne où tout parut s'einbellir. Mais ces jours éclatans n'étaient plus. Tant de grandeur s'était ruinée elle-même; trop de succès avaient amené des revers. Une destinée terrible dans ses retours, semblait, à quelque prix que ce fût, vouloir abattre ce Rai

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toujours plus grand que ses malheurs : elle le frappait à-la-fois dans son Empire et dans sa famille. Et le Peuple qui voyait tomber par des morts soudaines toute la race de Louis , pleurant sur le toubeau du jeune et vertueux Prince vers qui dans ses disgraces il avait élevé ses inains et ses voeux, sentait s'évanouir par degrés ses dernières espérances. Quel spectacle pour une Nation qui croyait pouvoir se confier en quarante années de prospérité ! à nos frontières les défaites, la faim dans nos remparts, et le deuil sur le Trône ! Cependant cette Nation généreuse, accoutumée long - tems à respecter Louis , semblait craindre d'ajouter aux douleurs d'un Prince qui reconnaissait ses fautes (1) : elle gardait un triste mais respectueux silence, et ne permettait point à ses plaintes de trahir ses justes terreurs. Mais le malheur et surtout les craintes conduisent à l'habitude de réfléchir. Les Esprits perdent alors cette insouciance de l'avenir qui naît de la félicité pré

(1) On doit en excepter quelques provinces où la révolte fut excitée par la misère , et, il faut bien le dire, par la persécution,

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