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présenter réunis par groupes, et non isolés comme ils ont été observés successivement. Il faut savoir gré aux navigateurs d'avoir accumulé un nombre immense de faits , mais on doit regretter que jusqu'à ce jour les physiciens aient tiré si peu de parti de ces journaux de route, qui, soumis à un nouvel examen, pourroient fournir des résultats inattendus. Je vais consigner à la fin de ce chapitre les expériences que j'ai faites sur la température de l'atmosphère et de l'océan, sur l'état hygrométrique de l'air, l'intensité de la couleur bleue du ciel, et les phénomènes magnétiques.

TEMPÉRATURE DE L'AIR.

Dans le vaste bassin de l'Océan Allantique boréal, entre les côtes de l'Europe, de l'Afrique et du nouveau continent, la température de l'atmosphère nous a offert un accroissement assez lent à mesure que nous avons passé des 43 aux 10 degrés de latitude. De la Corogne aux îles Canaries , le thermomètre centigrade, observé à midiel à l'ombre,

OUPIT

monta progressivement' de 100 à 18°; de Sainte-Croix de Ténériffe à Cumaria, le même instrument s'éleva de 18° à 250 2. Dans la première partie du trajet, une différence d'un degré de température correspondoit à 1948. de latitude ; dans la seconde partie, il a fallu parcourir 2° 30' de latitude pour voir monter le thermomètre d'un degré. Le maximum de la chaleur, que l'air atteint généralement deux heures après le passage du soleil au méridien, n'excéda pas, pendant celte navigation , 26°,6 (210,3 R.), et cependant nous étions au mois de juillet, et dix degrés au sud du tropique du cancer. L'évaporation de l'eau , augmentée par le mouvement de l'air et par celui des vagues, et la propriété qu'ont les liquides transparens', d'absorber très-peu de lumière à leur sur

? Depuis le 6 au 19 juin. Voyez les observations partielles dans le journal de route à la fin de ce chapitre.

. Du 25 juin au 15 juillet.

3 Les rayons de lumière pénètrent dans l'eau à des profondeurs assez considérables, et les premières couches, en transmettant librement la lumière, ne s'échauffent pas comme la terre et les rochers.

face, contribuent également à modérer la chaleur dans la partie de l'atmosphère qui environne les mers équinoxiales. On sait qu’aussi long-temps que la brise souffle sous la zone torride, les navigateurs n'y sont jamais exposés à de fortes chaleurs.

Si l'on réunit' les nombreuses observations faites dans la mer du Sud et dans l'Océan Atlantique , pendant les voyages de Cook, de Dixon, de d’Entrecasteaux et de Krusenstern, on trouve qu'entre les tropiques, la température moyenne de l'air au large est de 26 à 27 degrés. Il faut exclure de ce relevé les observations faites pendant un calme plat, parce qu'alors le corps du vaisseau s'échauffe extraordinairement, et qu'il est presque impossible de bien évaluer la température de l'atmosphère. Lorsqu'on parcourt les journaux de route de tant de célebres navigateurs, on est surpris de voir que jamrais dans les deux hémisphères ils n'ont observé le thermomètre sous la zone torride , en pleine mer, au-dessus

? Voyez un excellent Mémoire de MM. Horner et Langsdorf dans les Mémoires de l'Académie de SaintPétersbourg, Tom. I, p. 467.

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SOUS

de 340 (27°,2 R.). Sur des milliers d'observations faites à l'heure du passage du soleil par le méridien, on trouve à peine quelques jours où la chaleur se soit élevée à 31 ou 32 degrés (24°,8 ou 259,6 R.); tandis que, sur les continens de l'Afrique et de l’Asie, sous les mêmes parallèles, la température excede souvent 35 et 36 degrés. En général, entre les 10° de latitude boréale et australe, la chaleur moyenne de l'atmosphère qui repose sur l'Océan me paroît, dans les basses régions, de un à deux degrés plus petite que la température moyenne de l'air qui environne les terres situées entre les deux tropiques. Il est inutile de rappeler ici combien cette circonstance modifie le climat du globe entier, à cause de l'inégale répartition des continens au nord et au sud de l'équateur, comme à l'est et à l'ouest du inéridien de Ténériffe.

L'extrême lenteur avec laquelle augmente la température lorsqu'on fait le trajet d'Espagne à la Terre-Ferme et aux côtes du Mexique, est très-avantageuse pour la santé des Européens qui viennent s'établir dans les colonies. A la Vera-Cruz et à Carthagène des Indes, les Créoles qui descendent des

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hautes savanes de Bogola et du plateau central de la Nouvelle-Espagne, courent plus de danger sur les côtes d'être attaqués de la fièvre jaune ou du vomito, que les habitans du Nord qui arrivent par mer'. En voyageant de Perote à la Vera-Cruz, les Mexicains parviennent, en seize heures, de la région des pins et des chênes, d'un pays montueux où le thermomètre baisse souvent à midi jusqu'à 4 ou 5 degrés, dans une plaine brûlante couverte de cocotiers, de Mimosa cornigera , et d'autres plantes qui ne végètent que sous l'influence d'une forte chaleur. Ces montagnards éprouvent une différence de température de 18", et cette différence produit les effets les plus funestes sur les organes, dont elle exalte l'irritabilité. L'Européen au contraire traverse l'Océan Atlantique dans l'espace de trentecinq à quarante jours'; il se prépare pour ainsi dire graduellement aux chaleurs brûlantes de la Vera-Cruz, qui, sans être la cause directe de la fièvre jaune, n'en contribuent pas moins à la rapidité de son développement.

Un décroissement de chaleur très-sensible

'Nouv.-Esp., Tom. IV, p. 258 de l'édition in-8°,

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