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dent beaucoup plus loin que les phénomènes qu'offrent les volcans actifs. En étudiant les révolutions physiques de l'Italie, en examinant avec soin la série des éruptions du Vésuve et de l'Etna, on a de la peine à reconnoître, malgré la proximité de ces montagnes, les traces d'une action simultanée. Il est indubitable, au contraire, que, lors des deux dernières ruines de Lisbonne ', la mer a été

"Les 1.'novembre 1755 et 31 mars 1761. Pendant le premier de ces tremblemens de terre , l'Océan inonda, en Europe, les côtes de la Suède, de l'Angleterre et de l'Espagne; en Amérique, les îles Antigua, la Barbade et la Martinique. A la Barbade, où les marées n'ont généralement que 24 à 28 pouces de hauteur, les eaux s'élevèrent de vingt pieds dans la baie de Carlisle. Elles devinrent en même temps « noires comme de l'encre, » sans doute parce qu'elles s'étoient mêlées avec le pétrole ou asphalte qui abonde dans le fond de la mer, tant sur les côtes du golfe de Cariaco, que près de l'île de la Trinité. Aux Antilles et dans plusieurs lacs de la Suisse, ce mouvement extraordinaire des eaux fut observé six heures après la première secousse qui se fit sentir à Lisbonne. (Phil. Trans., Vol. XLIX, p. 403, 410, 544, 668; Ibid., Vol. LII, p. 424). A Cadix, on vit venir du large, à huit milles de distance, une montagne d'eau de soixante pieds de hauteur : elle se jeta impétueusement sur les côtes, et

violemment agitée jusque dans le nouveau monde , par exemple, à l'île de la Barbade, éloignée de plus de douze cents lieues des côtes du Portugal.

Plusieurs faits tendent à prouver que les causes qui produisent les tremblemens de terre ont une liaison étroite avec celles qui

ruina un grand nombre d'édifices, semblable à la lame de quatre-vingt-quatre pieds de haut qui, le 9 juin 1586, lors du grand tremblement de terre de Lima, avoit couvert le port du Callao. ( Acusta, Hist. natural de las Indias, ed. de 1591, p. 123.) Dans l'Amérique septentrionale, au lac Ontario, on avoit observé de fortes agitations de l'eau dès le mois d'octobre 1755. Ces phénomènes prouvent des communications souterraines à d'énormes distances. En comparant les époques des grandes ruines de Lima et de Guatimala , qui se succèdent généralement à de longs intervalles , on a cru reconnoître quelquefois l'effet d'une action qui se propage lentement le long des Cordillères , tantôt du nord au sud, tantôt du sud au nord ( Cosme Bueno, Descripcion del Perù, ed. de Lima , p. 67.) Voici quatre de ces époques remarquables : MEXIQUE.

Pérou. (Lat. 13° 32' nord). (Lat. 12° 2' sud). 30 Nov. 1577.

17 Juin 1578. 4 Mars 1679

17 Juin 1678.

agissent dans les éruptions volcaniques, Nous avons appris à Pasto que la colonne de fumée noire et épaisse qui, en 1797, sortoit depuis plusieurs mois du volcan voisin

SO

rs

III

12 Févr. 1689.

10 Oct. 1688. 27 Sept. 1717.

8 Févr. 1716. J'avoue que, lorsque les secousses ne sont pas simultanées, ou qu'elles ne se suivent pas à peu de temps d'intervalle, il reste beaucoup de doute sur la préten.due communication du mouvement.

La liaison de ces causes, déjà reconnue par les anciens , frappa de nouveau les esprits à l'époque de la découverte de l'Amérique. ( Acosta, p. 121.) Cette découverte n'offrit pas seulement de nouvelles productions à la curiosité des hommes, elle donna aussi de l'étendue à leurs idées sur la géographie physique , sur les variétés de l'espèce humaine et sur les migrations des peuples. Il est impossible de lire les premières relations des voyageurs, espagnols, surtout celle du jésuite Acosta , sans être surpris à chaque instant de cette influence heureuse que l'aspect d'un grand continent, l'étude d'une nature merveilleuse et le contact avec des hommes des races diverses, ont exercée sur les progrès des lumières en Europe. Le germe d'un grand nombre de vérités physiques se trouve dans les ouvrages du seizième siècle, et ce germe auroit fructifié, s'il n'eût point été étouffé, par le fanatisme et la superstition.

de cette ville, disparut à l'heure même où, soixante lieues au sud, les villes de Riobamba, Hambato et Tacunga furent bouleversées par une énorme secousse. Lorsque, dans l'intérieur d'un cratère enflammé, on est assis près de ces monticules formés par des éjections de scories et de cendres, on ressent le mouvement du sol plusieurs secondes avant que chaque éruption partielle ait lieu. Nous avons observé ce phénomène au Vésuve en 1805, pendant que la montagne lançoit des scories incandescentes; nous en avions été témoins en 1802 , au bord de l'immense cratère de Pichincha , dont il ne sortoit cependant alors que des nuées de vapeurs d'acide sulfureux. · Tout paroît indiquer dans les tremblemens, de terre l'action des fluides élastiques qui cherchent une issue pour se répandre dans l'atmosphère. Souvent sur les côtes de la mer du Sud, cette action se communique presque instantanément depuis le Chili jusqu'au golfe de Guayaquil, sur une longueur de six cents lieues ; et, ce qui est très-remarquable, les secousses semblent être d'autant plus fortes que le pays est plus éloigné des volcans actiss. Les montagnes granitiques de la Calabre, couvertes de brèches très-récentes, la chaine calcaire des Apennins, le comté de Pignerol, les côtes du Portugal et de la Grèce, celles du Pérou et de la Terre-Ferme, offrent des preuves frappantes de cette assertion'. On diroit que le globe est agité avec d'autant plus de force , que la surface du sol offre moins de soupiraux qui communiquent avec les cavernes de l'intérieur. A Naples et à Messine , au pied du Cotopaxi et du Tunguragua, on ne craint les tremblemens de terre qu’aussi long-temps que les vapeurs et les flammes ne sont pas sorties de la bouche des volcans. Dans le royaume de Quito, la grande catastrophe de Riobamba, dont nous avons parlé plus haut, a même fait naître l'idée à plusieurs personnes instruites , que ce malheureux pays seroit moins souvent bouleversé, si le feu souterrain parvenoit à briser le dôme porphyritique du Chimborazo, et si cette montagne colossale devenoit un volcan actif. De tous les temps, des faits analogues ont conduit aux mêmes hypothèses. Les Grecs quiattribuoient, comme

Fleuriau de Bellevue, Journ. de Phys., T. LXII, p. 261.

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