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remontoient la rivière pendant la nuit, et effrayoient les baigneurs, en faisant jaillir l'eau par leurs évents.

Le port de Cuinana est une rade qui pourroit recevoir les escadres de l'Europe entière. Tout le golfe de Cariaco, qui a trente-cinq milles de long sur six à huit milles de large, offre un excellent mouillage. Le GrandOcéan n'est pas plus calme et plus pacifique sur les côtes du Pérou que la mer des Antilles depuis Portocabello, et surtout depuis le

cap Codera jusqu'à la pointe de Paria. Les ouragans des îles Antilles ne se font jamais sentir dans ces parages où l'on navigue dans des chaloupes non pontées. Le seul danger du port de Cumana est un bas-fond, celui du Morne Rouge', qui, de l'est à

que au delà

Baxo del Morro roxo. Il y a d'une et demie à trois brasses d'eau sur ce bas-fond , tandis des accores il y en a dix-huit, trente et même trentehuit. Les restes d'une ancienne batterie, située au nord-nord-est du château Saint-Antoine, et tout près de ce dernier, servent de marque pour éviter le banc du Morne Rouge. Il faut virer de bord avant que cette batterie couvre une montagne très-élevée de la péninsule d'Araya , qui a été relevée paz

l'ouest, a goo toises de largeur, et qui est tellement accore qu'on y touche presque sans s'en apercevoir.

J'ai donné quelque étendue à la description du site de Cumana, parce qu'il m'a paru important de faire connoître un lieu qui, depuis des siècles, a été le foyer des tremblemens de terre les plus effrayans. Avant de parler de ces phénomènes extraordinaires, il sera utile de résumer les traits épars du tableau' physique dont je viens de tracer l'esquisse.

La ville, placée au pied d'une colline sans verdure, est dominée par un château. Point de clocher, point de coupoles qui puissent fixer de loin l'oeil du voyageur, mais bien quelques troncs de tamariniers, de cocotiers et de datiers qui s'élèvent au-dessus des maisons, dont les toits sont en terrasses. Les plaines environnantes, surtout celles du côté de la mer, offrent un aspect triste, poudreux

M. Fidalgo, du château Saint-Antoine , nord 66° 30' est, à 6 lieues de distance. Si l'on néglige cette manoeuvre, on risque d'autant plus de toucher que les hauteurs de Bordones ôtent le vent au vaisseau qui se dirige sur le port.

et aride, tandis qu'une végétation fraîche et vigoureuse fait reconnoître de loin les sinuosités de la rivière qui sépare la ville des faubourgs, la population de races européenne et mixte des indigènes à teint cuivré. La colline du fort Saint-Antoine, isolée, nue et blanche, renvoie à la fois une grande masse de lumière et de chaleur rayonnante : elle est composée de brèches dont les couches renferment des pétrifications pélagiennes. Dans le lointain , vers le sud, se prolonge un vaste et sombre rideau de montagnes. Ce sont les hautes Alpes calcaires de la Nouvelle-Andalousie, surmontées de grès et d'autres formations plus récentes. Des forêts majestueuses couvrent cette Cordillère de l'intérieur, et se lient, par un vallon boisé, aux terrains couverts, argileux et salins des environs de Cumana. Quelques oiseaux, d'une taille considérable, contribuent à donner une physionomie particulière à ces contrées. Sur les plages maritimes et dans le golfe, on trouve des bandes de hérons pêcheurs et des Alcatras d'une forme très-lourde, qui cinglent, comme le cygne, en relevant les ailes. Plus près de l'habitation des hommes, des milliers de vautours Galinazo, véritables Chacals parmi les volatiles , sont occupés sans cesse à déterier les cadavres des animaux !. Un golfe, qui renferme des sources chaudes et soumarines, sépare les roches secondaires des roches primitives et schisteuses de la péninsule d'Araya. L'une et l'autre de ces côtes sont baignées par une mer paisible, d'une teinte azurée, et toujours doucement agitée par le même vent. Un ciel pur, sec, et n'offrant que quelques nuages légers au coucher du soleil, repose sur l'Océan, sur la péninsule dépourvue d'arbres et sur les plaines de Cumana, tandis qu'on voit les orages se former, s'accumuler et se résoudre en pluies fécondes entre les cimes des montagnes de l'intérieur. C'est ainsi que, sur ces côtes, comme au pied des Andes, le ciel et la terre offrent de grandes oppositions de sérénité et de brouillards, de sécheresse et d'ondées, de nudité absolue et de verdure sans cesse renaissante. Dans le nouveau continent, les régions basses et maritimes different autant des régions montueuses de l'intérieur, que les

· Buffon, Hist. nat, des oiseaux, T. I, p. 114

plaines de la Basse-Égypte different des plateaux élevés de l’Abyssinie.

Les rapports que nous venons d'indiquer, entre le littoral de la Nouvelle-Andalousie et celui du Pérou, s'étendent jusqu'à la fréquence des tremblemens de terre et aux limites

que la nature semble avoir prescrites à ces phénomènes. Nous avons éprouvé nous-mêmes des secousses très-violentes à Cumana; et, au moment où l'on reconstruisoit les édifices récemment écroulés, nous avons été à même de recueillir, sur les lieux, le détail exact des circonstances qui ont accompagné la grande catastrophe du 14 décembre 1797. Çes notions auront d'autant plus d'intérêt, que les tremblemens de terre ont été considérés jusqu'ici, moins sous un point de vue physique et géologique, que sous le rapport des effets funestes qu'ils ont sur la population et le bien-être de la société.

C'est une opinion très-répandue sur les côtes de Cumana et à l'île de la Marguerite, que le golfe de Cariaco doit son existence à un déchirement des terres accompagné d'une irruption de l'Océan. La mémoire de cette grande révolution s'étoit conservée parmi les

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