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qui sache parler un autre idiome que le castillan. · La dénomination de Guayqueries, de même que celle de Pérou et de Péruvien, doit son origine à un simple malentendu. Les compagnons de Cristophe Colomb, en longeant l'île de la Marguerite, où réside encore, sur la côte septentrionale, la portion la plus noble de la nation guayquerie, rencontrèrent quelques indigènes qui harponnoient des poissons en lançant un bâton attaché à une corde et terminé par une pointe extrêmement aiguë. Ils leur demandèrent, en langue d'Hayti, quel étoit leur nom , et les Indiens

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'Les Guayqueries de la Banda del Norte se regardent comme de race plus noble , parce qu'ils se croient moins mélangés avec les Indiens Chaymas et d'autres castes cuivrées. On les distingue des Guayqueries du continent à la manière de prononcer l'espagnol qu'ils parlent presque sans desserrer les dents. Ils montrent avec orgueil aux Européeus la Pointe de la Galère, appelée ainsi à cause du vaisseau de Colomb qui étoit mouillé dans ces parages, et le port du Manzanillo , où ils jurèrent aux blancs, pour la première fois, en 1498, cette amitié qu'ils n'ont jamais trahie , et qui leur a fait donner, en style du palais, le titre de fieles, fidèles. (Voyez plus haut , p. 57.)

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croyant que la question des étrangers avoit rapport aux harpons formés da bois dur et pesant du palmier Macana, répondirent Guaike , Guaite, ce qui signifie báton pointu. Il existe aujourd'hui une difference frappante entre les Guayqueries, tribu de pêcheurs habiles et civilisés, et ces Guaraounos sauvages de l'Orénoque qui suspendent leurs habitations aux trones du palmier Moriche!

La population de Cumana a été singulièrement exagérée dans ces derniers temps. En 3800, plusieurs colons, peu habitués aux recherches d'économie politique, faisoient monter cette population à 20,000 ames, tandis que des officiers du roi, employés à ľadministration du pays, pensoient que la ville, avec ses faubourgs, n'en renfermoit pas 12,000. M. Depons, dans son ouvrage estimable sur la province de Caracas, donnait, à Cumana, en 1802, près de 28,000 habitans; d'autres ont porté ce nombre, pour l'année 1810, à 30,000. Quand on considère la lenteur avec laquelle la population s'accroît à la Terre-Ferme, je ne dis pas dans les campagnes, mais dans les villes, on doit révoquer en doute que Cumana soit déjà d'un tiers plus peuplée que la Véra-Cruz, port principal du vaste royaume de la Nouvelle-Espagne. Il est même facile de prouver qu'en 1802 , la population excédoit à peine dix-huit à dixneuf mille ames. J'ai eu communication des différens mémoires que le Gouvernement a fait dresser sur la statistique du pays, à l'époque où l'on agitoit la question de savoir, si le revenu de la ferme du tabac pouvoit être remplacé par une contribution personnelle, et je me flatte que mon évaluation repose sur des fondemens assez solides.

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Un dénombrement, fait en 1792, n'a donné pour la ville de Cumana, ses faubourgs et les maisons éparses à une lieue à la ronde, que 10,740 habitans. Don Manuel Navarele, officier de la trésorerie, assure que l'erreur de ce dénombrement ne sauroit être du tiers ou du quart de la somme totale. En comparant les registres annuels des baptêmes, on ne remarque qu’un foible accroissement depuis 1790 jusqu'en 1800. Les femmes , il est vrai, sont extrêmement fécondes, surtout dans la caste des indigènes ; mais, quoique la petite vérole soit encore inconnue dans ce pays, la mortalité des enfans en bas âge est effrayante, à cause de l'abandon extrême dans lequel ils vivent, et de la mauvaise habitude qu'ils ont de se nourrir de fruits verts et indigestes. Le nombre des naissances' s'élève généralement de 520 à 600, ce qui indique au plus une population de 16,800 ames. On peut être sûr que tous les enfans indiens sont baptisés et inscrits sur les registres des paroisses; et en supposant que la population eût été, en 1800, de 26,000 ames, il n'y aurait eu, sur quarante-trois individus, qu’une seule naissance; tandis que le rapport des naissances à la population totale est, en France, comme 28 à 100, et dans les ré

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? Voici les résultats que j'ai tirés des registres qui m'ont été communiqués par les curés de Cumana. Naissances de l'année 1798, dans le district des Curas rectores, 237 ; dans le district des Curas castrenses , 57; dans le faubourg des Guayqueries , ou paroisse d'Alta Gracia , 209; dans le faubourg des Serritos, ou paroisse du Socorro, 19. Total, 522. On reconnoît, par ces registres des paroisses , la grande fécondité des mariages indiens; car, quoique le faubourg des Guayqueries renferme beaucoup d'individus d'autres castes, on est frappé de la quantité d'enfans nés sur la rive gauche du Manzanares. Leur nombre s'élève à deux cinquièmes du total des naissances.

gions équinoxiales du Mexique, comme 17 à 100.

Il est à présumer que peu à peu le faubourg indien s'étendra jusqu'à l'embarcadère; la plaine qui n'est pas encore couverte de maisons ou de cabanes, ayant au plus 340 toises de long'. Les chaleurs sont un peu moins accablantes du côté de la plage que dans l'ancienne ville où la réverbération du sol calcaire et la proximité de la montagne Saint-Antoine élèvent singulièrement la température de l'air. Au faubourg des Guayqueries, les vents de mer ont un libre accès ; le sol y est argileux, et à ce que l'on croit, moins exposé par cette raison aux secousses violentes des tremblemens de terre, que les

· J'ai conclu cette distance des angles de hauteur et des azimuts de plusieurs édifices dont j'avois mesuré avec soin la hauteur. Du côté de la rivière, il y avoit, en 1800, de la première cabane du faubourg des Guayqueries à la Casa blanca (de Don Pasqual Goda), 538 toises, et de cette première cabane au pont sur le Manzanares, 210 toises. Ces données auront un jour quelque intérêt lorsqu'on voudra connoître les progrès de l'industrie et de la prospérité de Cumana depuis le commencement du dix-neuvième siècle.

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