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vapeurs. Le soleil montoit rapidement vers le zenith. Une lumière éblouissante étoit répandue dans l'air, sur les collines blanchâtres, parsemées de Cactiers cylindriques, et sur cette mer toujours calme, dont les rives sont peuplées d’Alcatras ', d’Aigrettes et de Flamants. L'éclat du jour, la vigueur des couleurs végétales ,. la forme des plantes , le plumage varié des oiseaux, tout annonçoit le grand caractère de la nature dans les régions équatoriales. .

La ville de Cumana, capitale de la NouvelleAndalousie, est éloignée d'un mille de l'embarcadère ou de la batterie de la Bocca, près de laquelle nous avions pris terre , après avoir passé la barre du Manzanares. Nous eûmes à parcourir une vaste plainea, qui sépare le faubourg des Guay queries des côtes de la mer. L'excessive chaleur de l'atmosphère étoit augmentée par la réverbération du sol en partie dénué de végétation. Le thermomètre centigrade, plongé dans le

· Pélican brun de la taille du cygne; Buffon, Pl. enlum., n.° 957. Pelicanus fuscus, Lin. (Oviedo, Lib. XIV, c. 6. 2 Salado

S

sable blanc, s'elevoit à 3 . Dans de petites mares d'eau salée, 1 se soutenoit à 300,), tandis que la chaleur de rocéan, à sa surface, est généralement, dans le port de Camana', de 23°,2 à 26,3. La première plante que nous cueillimes sur le continent de l'Amérique étoit PAvicennia tomentosa ? qui, dans cet endroit, atteint à peine deux pieds de hauteur. Cet arbuste, le Sesuvium, le Gomphrena jaune et les Cactiers couvrent les terrains imprégnés de muriate de soude; ils appartiennent à ce petit nombre de végétaux qui vivent en

'En réunissant un grand nombre d'expériences faites en 1799 et 1800, à différentes saisons, je trouve que, dans le port de Cumana, au nord du Cerro Com lorado, la mer est, pendant le jusant, de 0°,8 plus cbaude que pendant le flot, quelle que soit l'heure de la marée. Je consignerai ici l'observation du 20 OCtobre, qui peut presque servir de type, et qui a été faite sur un point des côtes où la mer, à 150 toises de distance, a déjà 30 ou 40 brasses de profondeur. A dis heures du matin : jusant, 26,01; air , près de la côte, 27°,4; air, près de la ville, 30°,2; eau du Manzanares, 25°,2. A quatre heures de l'après-midi : mer montante, 25°,3; air, près des côtes, 26°,2; air à Cumana, 28°,1; eau du Manzanares, 25°,7.

Mangle prieto.

IV. 233 société, comme la bruyère de l'Europe, et qui ne se trouvent dans la zone torride que sur les rivages de la mer et sur les plateaux élevés des Andes'. L'avicennia de Cumana se distingue par une autre particularité non moins remarquable : elle offre l'exemple d'une plante commune aux plages de l'Amérique méridionale et aux côtes du Malabar.

Le pilote indien nous fit traverser son jardin qui ressembloit plutôt à un taillis qu'à un terrain cultivé. Il nous montra, comme une preuve de la fertilité de ce climat, un Fromager (Bombax heptaphyllum) dont le tronc, dans sa quatrième année, avoit atteint près de deux pieds et demi de diamètre. Nous avons observé, sur les bords de l’Orénoque et de la rivière de la Madeleine, que les Bombax, les Carolinea, les Ochroma et d'autres arbres de la famille des Malvacées,

. Sur l'extrême rareté des plantes sociales entre les Tropiques (voyez l'Essai sur la Géog. des plantes , p. 19), et un Mémoire de M. Brown, sur les Protéa- ' cées (Trans. of the Lin. Soc., Vol. X, P.1, p. 23), dans lequel ce grand botaniste a étendu et confirmé, par des faits nombreux, mes idées sur les associations des végétaux d'une même espèce.

prennent un accroissement extrêmement rapide. Je pense cependant qu'il y a eu quelque exagération dans le rapport de l'Indien sur l'âge du Fromager; car, sous la zone tempérée dans les terrains humides et chauds de l'Amérique septentrionale, entre le Mississipi et les Monts Aleghany, les arbres n'excèdent pas un pied de diamètre en dix ans, et la végétation n'y est en général que d'un cinquième plus accélérée qu'en Europe, même en prenant pour exemple le Platane d'Occident, le Tulipier et le Cupressus disticha qui acquièrent de neuf à quinze pieds de diamètre. C'est aussi sur la plage de Cumana, dans le jardin du pilote guay querie, que nous vîmes, pour la première fois, un Guama' chargé de fleurs,

nou

'A cinq pieds de terre. Ces mesures sont d’un elcellent observateur, M. Michaux.

* Inga spuria, qu'il ne faut pas confondre avec l'Inga commun ou Inga vera, Willd. (Mimosa Inga , Lin. Les étamines blanches, au nombre de soixante à soixante-dix, sont attachées à une corolle verdâtre, ont un éclat soyeux et sont terminées par une anthère jaune. La Neur du Grama a 18 lignes de long. La hanteur commune de ce bel arbre, qui préfère les endroits humides, est de 8 à 10 toises. Je ferai observer,

et remarquable par l'extrême longueur et l'éclat argenté de ses nombreuses étamines. Nous traversâmes le faubourg des Indiens, dont' les rues sont très - bien alignées, et formées de petites maisons toutes neuves et d'un aspect riant. Ce quartier de la ville venoit d'être reconstruit, à cause du tremblement de terre qui avoit ruiné Cumana, dix-huit mois avant notre arrivée. A peine eûmes-nous passé, sur un pont de bois, le Rio Manzanares qui nourrit quelques Bavas ou crocodiles de la petite espèce, que nous vîmes partout les traces de cette horrible catastrophe; de nouveaux édifices s'élevoient sur les décombres des anciens.

Nous fûmes conduits , par le capitaine du Pizarro , chez le gouverneur de la province, Don Vicente Emparan, pour lui présenter les passeports qui nous avoient été donnés par la première secrétairerie d’état. Il nous recut avec cette franchise et cette noble simplicité qui, de tout temps, ont caractérisé

à cette occasion, que l'on a distingué dans cet ouvrage, par le caractère italique, les noms des plantes nouvelles que nous avons recueillies, M. Bonpland et moi.

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