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méridionale. Dans la zone torride , les phénomenes météorologiques se suivent d'une manière extrêmement uniforme, et l'année 1803 sera long-temps mémorable dans les .annales de la navigation, parce que plusieurs vaisseaux venant de Cadix à Caracas ont été forcés de se tenir en panne par les 14o de latitude et les 48° de longitude, à cause d'un vent très-fort qui souffla pendant plusieurs jours du nord-nord-ouest. Quelle interruption extraordinaire ne faut-il pas supposer dans le jeu des courans aériens, pour expliquer un vent de remous, qui sans doute aura troublé en même temps la régularité des oscillations horaires du baromètre!

Quelques navigateurs espagnols ont proposé récemment, pour aller aux Antilles et aux côtes de la Terre-Ferme, une route différente de celle qui avoit été frayée par Christophe Colomb. Ils conseillent de ne pas gouverner directement au sud pour chercher les vents alisés, mais de changer de longitude et de latitude à la fois, sur une ligne diagonale, depuis le cap Saint-Vincent jusqu'en Amérique. Cette méthode, d'après laquelle on raccourcit son chemin, en coupant le tro, pique, à peu près 20 degrés à l'ouest du point où le coupent ordinairement les pilotes, a été suivie plusieurs fois avec succès par l'amiral Gravina. Ce marin expérimenté, qui a trouvé une mort glorieuse à la bataille de Trafalgar, arriva en 1807 à Saint-Domingue, par la route oblique, plusieurs jours avant la flotte francoise, quoique des ordres de la cour de Madrid l’eussent forcé d'entrer avec son escadre dans le port du Férol, et de s'y arrêter quelque temps.

Le nouveau système de navigation abrège à peu près d'un vingtième la route de Cadix à Cumana: mais comme on ne parvient au tropique que par les 40" de longitude, on a la chance de lutter plus long-temps contre les vents variables qui soufflent tantôt du sud, tantôt du sud-ouest. Dans l'ancien système, le désavantage de faire un chemin plus long est compensé par la certitude de trouver plus tôt les vents alisés, et d'en jouir pendant une plus grande partie de la traversée. Lors de mon séjour dans les colonies espagnoles, j'ai vu arriver plusieurs bâtimens marchands que la crainte des corsaires avait déterminés à choisir la route oblique , et

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dont la traversée avoit été extrêmement courte ; ce ne sera qu'après des expériences réitérées que l'on pourra prononcer avec certitude sur un objet pour le moins aussi important que le choix du méridien, par lequel on doit couper l'équateur dans la navigation d'Europe à Buenos-Ayres ou au cap de Horn.

Rien n'égale la beauté et la douceur du climat dans la région équinoxiale de l'Océan. Tandis que le vent alisé souffloit avec force, le thermometre se soutenoit le jour à 23 et 24 degrés, et la nuit entre 22 et 22,5 degrés. Pour bien sentir tout le charme de ces heureux climats voisins de l'équateur, il faut avoir fait, dans une saison très-rude, la navigation d’Acapulco ou des côtes du Chili en Europe. Quel contraste entre les mers orageuses des latitudes boréales et ces régions où le calme de la nature n'est jamais troublé! Si le retour du Mexique ou de l'Amérique méridionale aux côtes de l'Espagne étoit aussi prompt et aussi agréable que la traversée de l'ancien au nouveau continent, le nombre des Européens établis dans les colonies seroit bien moins considérable que nous ne le voyons aujourd'hui.

La mer, qui entoure les îles Açores et les Bermudes, et qu’on traverse , en revenant en Europe par de hautes latitudes , est désignée, parles Espagnols, sous la dénomination bizarre de Golfo de las Yeguas'. Des colons qui n'ont pas l'habitude de la mer, et qui ont vécu longtemps isolés dans les forêts de la Guiane, dans les savanes de Caracas ou sur les Cordilleres du Pérou, redoutent le voisinage des Bermudes plus que les habitans de Lima ne craignent aujourd'hui le passage du cap de Horn. Ils s'exagèrent le danger d'une navigation qui n'est périlleuse que pendant l'hiver. Ils remettent d'une année à l'autre l'exécution d'un projet qui leur semble hasardeux, et la mort les surprend le plus souvent au milieu des préparatifs qu'ils font pour leur retour.

Au nord des îles du cap Vert, nous rencontrâmes de gros paquets de goềmons ou varechs flottans. C'étoit le raisin du tropique, Fucus natans, qui ne végète sur des rochers soumarins que depuis l'équateur jusqu'au 100 de latitude australe et boréale. Ces algues semblent indiquer ici, comme au sud-ouest

Golfe des Jumens.

du banc de Terre-Neuve, la présence des courans. Il ne faut pas confondre les parages abondans en goemons épars, avec ces bancs de plantes marines que Colomb compare à de vastes prairies et dont la présence effrayoit l'équipage de la Santa-Maria par les 42° de longitude. Je me suis assuré, en comparant un grand nombre de journaux, que dans le bassin de l'Océan Atlantique septentrional il existe deux bancs d'algues très-différens l'un de l'autre. Le plus étendu' se trouve un peu à l'ouest du méridien de Fayal, une des îles Acores, entre les 25 et 3j degrés de lati

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' Il paroît que des bâtimens phéniciens sont venus « en trente jours de navigation et poussés par le vent d'est » jusqu'à la mer herbeuse que les Portugais et les Espagnols appellent Mar de Zargasso. J'ai fait voir dans un autre endroit que le passage d’Aristote, de Mirabil. , ed. Duval, p. 1157, ne peut guère s'appliquer aux côtes d'Afrique, comme un passage analogue du Périple de Seylax. Tableaux de la Nat., Tom. I, p. 98. En supposant que cette mer, remplie d'herbes, qui ralentissoit la marche des vaisseaux phéniciens, étoit le Mar de Zargasso, on n'a pas besoin d'admettre que les anciens aient traversé l'Atlantique au delà des 30 degrés de longitude occidentale du méridien de Paris,

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