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de la Suisse ont été frappés de tout temps de l'intensité de couleur qu'offre la voûte céleste sur le sommet des Alpes. Dès l'année 1765, M. Deluc fixa l'attention des savans sạr ce phénomène dont il a développé les causes avec autant de justesse que de simplicité. « Dans le bas de l'atmosphère, 'dit-il', la couleur de l'air est toujours plus pâle et affoiblie par les vapeurs qui, en même temps, dispersent davantage la Jumière. L'air des plaines devient plus foncé quand il est plus pur, mais il n'approche jamais de la teinte vive et foncée que l'on remarque sur les montagnes. » Il m'a paru que, dans la chaîne des Andes, ces apparences font moins d'impression sur l'esprit des indigènes , sans doute parce que ceux d'entre eux qui gravissent les cimes des Cordillères pour y prendre de la neige, ne viennent pas de la région des plaines, mais de plateaux qui, eux-mêmes, sont élevés de douze ou quinze cents toises au-dessus du niveau des mers.

En examinant les observations cyanome

* Recherches sur les modifications de l'atmosphère ,

triques consignées dans mon journal de route, on voit que, depuis les côtes d'Espagne et d'Afrique jusqu'à celles de l'Amérique méridionale, la couleur azurée de la voûte céleste a augmenté progressivement de 15 à 23 degrés. Du 8 au 10 juillet , par les 12 ; et 14 degrés de latitude, le ciel a été d'une pâleur extraordinaire sans que des vapeurs concrètes ou vésiculaires aient été visibles. Le cyanomètre n'a indiqué, au zénith, entre midi et deux heures ', que 16° à 17°, quoique les jours précédens il eût été à 22o. J'ai trouvé, en général, la teinte du ciel plus foncée sous la zone torride que dans les hautes latitudes; mais j'ai constaté aussi que, sur le même

· Les observations ont toujours été faites au zénith même ou près du zénith, mais à des époques où le soleil étoit éloigné de la partie du ciel dont on mesuroit l'intensité de la couleur bleue. A 10 ou 12 degrés de distance, autour de l'astre, les teintes ont une pâleur locale, comme au contraire elles ont une intensité locale lorsqu'on aperçoit le bleu de ciel, soit entre deux nuages ou au-dessus d'unc montagne couverte de neige, soit entre les voiles d'un navire ou entre les cimes des arbres. Il est presque inutile d'avertir que cette intensité n'est qu'apparente, et qu'elle est l'effet d'un contraste de deux couleurs de différens tons.

..parallèle, cette teinte est plus pâle au large que dans l'intérieur des terres.

Comme la couleur de la voûte céleste dépend de l'accumulation et de la nature des vapeurs opaques suspendues dans l'air, il ne faut pas s'étonner si, pendant les grandes sécheresses, dans les steppes de Vénézuéla et du Meta, on voit le ciel d'un bleu plus foncé que dans le bassin de l'Océan. Un air trèschaud et presque saturé d'humidité s'élève perpétuellement de la surface des mers vers les hautes régions de l'atmosphère où règne une température plus froide. Ce courant ascendant y cause une précipitation, ou, pour mieux dire, une condensation des vapeurs. Les unes se réunissent en nuages, sous la forme de vapeurs vésiculaires, à des époques où l'on ne voit jamais paroître de nuages dans l'air plus sec qui repose sur les continens ; d'autres restent éparses et suspendues dans l'atmosphère dont elles rendent la teinte plus pâle. Lorsque de la cime des Andes on tourne ses regards vers la mer du Sud, on aperçoit souvent une brume, uniformément répandue, à quinze ou dix-huit cents toises de hauteur, et couvrant, comme un voile

léger, la surface de l'Océan. Cette apparence a lieu dans une saison où l'air, vu des côtes et au large, paroît pur, et parfaitement transparent; aussi l'existence de ces vapeurs opaques ne s'annonce aux navigateurs que par le peu d'intensité qu'offre la couleur azurée du ciel. Nous aurons occasion, dans la suite , de revenir sur ces phénomènes qui modifient l'extinction de la lumière, et qui, semblables aux brouillards que le peuple appelle secs, restent tellement circonscrits aux hautes régions de l'atmosphère que nos hygromètres n'en éprouvent aucun changement sensible.

J'ai répété plusieurs fois, dans la partie équinoxiale de l'Océan Atlantique, les expériences que M. de Saussure a faites sur le décroissement de l'intensité de couleur observée depuis le zénith jusqu'à l'horizon. Le 4 juillet, par les 16° 19' de latitude, le ciel étant du bleu le plus pur, le thermometre se soutenant à 22°, et l'hygromètre à 88°, j'ai trouvé, vers midi :

à 1° de hauteur 3° du cyanomètre.
10°

60
20°

10°
300
40°
60°

22°
entre 70 et good

.... 230,5

.. 169,5

18°

Le 30 juin , par les 18° 53' de latitude, le thermomètre étant à 21°,2, et l'hygromètre à 819,5, le décroissement cyanomètrique avoit été un peu moins régulier:

à 1° de hauteur 20,5 du cyanomètre. 10°

4° 20°

80,5 30°

12° 45°

15°,5 50°

18°,3 600

21° entre 700 et 90°

22°,4

Ce décroissement a beaucoup

de

rapport avec celui qui a été observé à Genève le. 11 avril 1990, et auquel M. Prevost' a tenté d'appliquer le calcul. On reconnoît

que

l'un

Journal de Physique, Tom. LVII, p. 372

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