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fées. Des expériences nombreuses' de M. de Saussure prouvent que l'air agit de la même manière sur les substances hygroscopiques, qu'il soit en mouvement ou en repos; par conséquent l'influence des vents horizontaux et descendans ne devient sensible à l'hygromètre, qu'autant que ces vents amènent des couches d'air moins chargées de vapeurs. Si des courans obliques s'établissent, soit par une accélération subite dans le décroissement du calorique, soit par le conflit de plusieurs vents, soit par des phénomènes électriques, les couches supérieures de l'atmosphère se mêlent aux couches inférieures. Ces mouvemens, joints aux vents horizontaux qui traversent de grands continens avant de

parvenir dans le bassin des mers, tendent · perpétuellement à éloigner l'hygromètre

du point extrême de la saturation. Peut-être aussi les courans polaires qui, par l'effet de la rotation du globe, semblent produire l'apparence des vents alisés, ont-ils trop de vitesse pour que l'air qu'ils amènent puisse, sous chaque parallèle, se charger de toute

er

· Essai sur l'Hygrométrie, S. 150-156.

la quantité de vapeurs correspondante à sa température.

Les physiciens qui ont suivi long-temps la marche de l'hygromètre en plein air, savent combien il est rare, à moins qu'on ne soit dans un brouillard épais, de voir ces instrumens à 100°. Pendant les pluies les plus fortes, et même au milieu des nuages, l'hygromètre à cheveu se maintient souvent entre 90 et 95 degrés'. Dans ce cas, l'air interposé aux gouttes d'eau ou à la vapeur vésiculaire est loin d'être saturé, et je doute que l'atmosphère, en conservant une parfaite trans

; M. de Saussure l'a observé même une fois à 84,7 pendant une ondée énorme. Essai, S. 326, p. 321, D'un autre côté, M. Deluc a trouvé que ses hygromètres qui, plongés dans l'eau, marquoient 100o, se soutenoient à 830,3 lorsqu'on les plaçoit sous une cloche remplie d'air atmosphérique, et dont les parois étoient constamment humectées. En voyant, dans mon Journal de route, que l'hygromètre de Deluc s'est maintenu le plus souvent entre 60 et 65 degrés, il faut se rappeler que, pour cet instrument, le point de saturation dans l'air n'est pas à 100, mais environ à 84 ou 85 degrés. Idées sur la Météorologie, 1786, Tom. I, p. 72; Tom. II, p. 473. Urena , Anales de historia natural, 1803, p. 229.

parence, atteigne jamais le maximum de l'humidité que nous produisons sous nos cloches. M. de Saussure, après avoir exposé la longue série de ses expériences manométriques et hygrométriques faites à différens degrés de température, convient lui-même que les deux derniers degrés de son instrument ne sont peut-être que des degrés de supersaturation, et que la quantité de vapeurs que peut contenir un certain volume d'air libre, est probablement plus petite qu'on ne devroit l'admettre, d'après des essais faits dans nos laboratoires'.

Les naturalistes qui ont accompagné le chevalier Krusenstern dans son voyage autour du monde, assurent que l'hygromètre de Deluc a servi aux marins à prévoir le mauvais temps pendant la traversée des îles Washington à Nangasacki, et partout dans

? En déterminant le point de l'humidité extrême, on croit que l'air de la cloche n'est point encore satura quand déjà les vapeurs se précipitent d'une manière presque imperceptible. (Saussure, Essai, . 107 et 123.) M. Gay-Lussac a fait voir que la propriété hygroscopique du verre devient une souroe d'erreurs difficile à éviter.

la zone torride où les changemens de l'atmosphère ne sont presque pas sensibles pour le baromètre. D'un autre côté, M. Péron dit qu'il a vu constamment baisser le baromètre sur mer, lorsque l'hygromètre à cheveu avançoit vers l'humidité extrême. Je n'ai eu occasion de vérifier ni l'une ni l'autre de ces assertions.

av

COULEUR AZURÉE DU CIEL ET COULEUR DE

LA MER A SA SURFACE.

Les mesures cyanométriques que renferme cet ouvrage sont, je crois, les premières que l'on ait tentées sur mer et dans les régions équinoxiales. L'instrument dont je me suis servi avoit été comparé à celui de M. de Saussure. J'avois eu la satisfaction, en 1795, de consulter ce savant illustre sur mes projets de voyage, et il m'avoit engagé à faire, hors de l'Europe, des observations comparables à celles qu'il avoit recueillies dans la chaîne des hautes Alpes '.

· M. Leslie a énoncé ce même désir dans son ouvrage sur la Propagation de la chaleur, p. 442.

Je ne rappellerai pas ici la théorie du cyanomètre et les précautions nécessaires pour éviter les erreurs. Quoique cet instrument assez imparfait soit encore peu répandu, les physiciens n'en connoissent pas moins le principe ingénieux sur lequel se fonde la détermination des points extrêmes de l'é chelle 1. Pour m'assurer, par une preuve directe, si les observations cyanométriques sont comparables entre elles, j'ai souvent essayé de placer l'instrument entre les mains de personnes qui n'avoient aucune habitude de ce genre de mesure, et je n'ai pas vu que leur jugement, sur les nuances du bleu vers l'horizon et au zénith, différât de plus de deux degrés.

Les chasseurs de chamois et les pâtres

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.Mémoires de Turin, Tom. IV, p. 409. Journal de Physique , Tom. XXXVIII, p. 499. Voyages dans les Alpes , S. 2086. Essai sur la Géographie des plantes , 1807, p. 102. Bouguer paroît déjà avoir eu l'idée d'un instrument semblable, mais d'un usage plus général. En parlant de la lumière renvoyée par les molécules d'air, il dit : « On devroit employer, comme terme de comparaison, des tablettes peintes de différentes couleurs. » Traité d'Optique, p. 365.

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