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de l'attachement de la nation aux institutions qu'elle avait fondées dans la plénitude de sa liberté, et qu'il avait religieusement respectées comme le gage de la prospérité du pays; assuré du concours de la garde civique et du dévonement de l'armée, il ne désespéra point de la chose publique.

» Cette noble et généreuse confiance donna un nouvel essor aux témoignages de la sympathie et de la sincère affection que la Belgique a vouées au Roi. Pendant que tous les trônes tombaient dans la poussière, que l'esprit de désordre s'étendait sur la plupart des nations de l'Europe, le Roi Léopold, entouré de la garde civique de la capitale, voyait les rangs de cette garde se rompre sous le choc impétueux d'une population immense qui, se pressant allour de lui, faisail retentir l'air des plus vives acclamations et laissait éclater son patriotique enthousiasme. Ce fut une belle journée pour le Roi, la plus belle de toute son existence. Les provinces accueillirent avec joie la nouvelle de celle grande manifestation. Dès ce moment, le Roi et la nation purent compter l’un sur l'autre, et se confondirent dans une commune espé

13nce.

» Les ministres. Ils se montrèrent par leur activité, leur fermeté et leur prudence au niveau des dislicultés de la situation. Ils présentèrent aux Chambres divers projets de loi tendant à élargir le cercle des libertés publiques, à soutenir le crédit, à mettre le pays en état de défense.

» La réforme parlementaire était demandée en Belgique, comme elle l'avait été en France. Les ministres présentèrent une loi qui faisait descendre le cens électoral jusqu'au minimuin fixé par la Constitution. Par d'autres projets de loi, l'incompatibilité du mandat de représentant et de sénateur avec certaines fonctions publiques était établie, un emprunt forcé de 40 millions était levé, la force de l'armée était augmentée.

» L'opinion donna, sans réserve, son approbation aux mesures d'un Gouvernement qu'elle ne voyait pas faillir à sa haute mission.

» Les Chambres. — En présence du danger que couraient l'indépendance nationale et la Constitution, les luttes des partis cessèrent dans les Chambres. Ces deux grands corps de l'État prêtèrent, avec une véritable entente cordiale, leur concours au ministère, et votèrent à l'unanimité loutes les lois qui leur furent présentées. Dans la réforme électorale, ils allèrent même plus loin que le ministère ne le désirait : car ils exclurent de la représentation nationale tous les fonctionnaires publics, mesure, à notre avis, inconsidérée, parce qu'elle doit priver les Chambres des hommes ayant des connaissances spéciales indispensables à la formation de bonnes lois.

» L'armée. Les bandes révolutionnaires qui, de France, s'abattirent traitreusement sur la Belgique, soumirent l'armée, une seule et faible frac

tion de l'armée, à une épreuve par trop facile, soit par le petit nombre d'individus qui les composaient, soit par leur inexpérience dans l'art de la guerre. Mais ce que fit résolument une partie de l'armée, donna lieu de connaitre ce que l'armée tout entière eût fait si le moment fût venu pour elle de

prouver sa fidélité, son courage et sa discipline.

» La garde civique.

- Cette institution semblait contraster avec les meurs du pays. La tranquillité dont on avait joui pendant plusieurs années, l'avait fait presque tomber en désuétude. Mais l'ordre public étant menacé à la suite des événements de France, la garde civiqne reparut comme par enchantement. Tous les citoyens, depuis le prince jusqu'à l'artisan, accoururent en grossir les rangs et firent, aussi longtemps qu'on en reconnui le besoin, un service assidu et pénible. Les désordres furent en petit nombre et n'eurent jamais une grande gravité; mais la garde civique concourut activement à les réprimer où ils se montrèrent et à les prévenir où l'on supposait qu'ils auraient éclaté; et cela sans considérer à quel parti appartenaient les personnes et les propriétés menacées, depuis la boutique jusqu'au college des jésuites.

» Tous les citoyens enfin se conduisirent comme des hommes de cour, et se montrèrent dignes de l'indépendance nationale et de la liberté.

» Les riches, les gens aisés, quiconque possédait quelque chose, versèrent ponctuellement, intégralement, dans le trésor de l'Etat, la part de charges qui leur avait été imposée. Ei les pauvres ? — Les pauvres payèrent, cux aussi, leur tribut à la patrie en supportant, sans troubler l'ordre, avec une exemplaire résignation, le surcroit immérité de souffrances qui tout à coup était venu fondre sur eux.

» Une conduite aussi sage, aussi digne, ne tarda pas à obtenir sa juste récompense. A mesure que le désordre augmentait en France, à mesure que les extravagances socialistes et communistes y dépassaient toute borne, que le

sang des citoyens coulait, l'ordre allait de plus en plus se raffermissant en Belgique, et avec l'ordre venaient à disparaitre les maux qui étaient le résultat, non des troubles intérieurs (il n'y en a presque pas eu), mais de la crainte de ces troubles.

> Quant aux maux qui dépendaient des agitations du dehors, il n'y aurait point de sagesse qui put en préserver un pays dans l'état actuel des relations internationales.

» Le peu de désordres et les violences tout à fait exceptionnelles qui accompagnèrent la révolution de 1830, l'absence presque complète de querelles intestines, la prompte organisation donnée au pays, l'honneur d'avoir devancé les grandes nations du continent dans l'établissement d'un vaste réseau de chemins de fer pour compte de l'État (lorsque la lutte avec la Ils:lande restait imminente, et qu'une armée nombreuse pesait sur le trésor

public), le développement extraordinaire pris par l'industrie, le point de splendeur auquel élaient portés les arts, tout avait prouvé que la Belgique possédait des forces morales, intellectuelles, matérielles, plus que suffisantes pour lui assurer une existence indépendante et libre. L'épreuve qu'elle a subie en 1848, en a confirmé la démonstration aux yeux les plus prévenus. Cette épreuve a entouré la Belgique d'une auréole de gloire, de gloire véritable qui ne coûte ni larme, ni sang et dont le temps ne parviendra pas à diminuer l'éclat. »

FRAGMENT BIBLIQUE.

(Tirė da Cantique des trois jeunes hommes dans la

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Vous tous, Êtres sortis de la main créatrice

De notre Protecteur,
Unissez vos accents, que volre voix bénisse

Jéhova, le Seigneur !
Oui, que vos chants d'amour et de reconnaissance
Aux siècles à venir redisent sa puissance,

Sa gloire, sa grandeur !

Des célestes esprits radieuse phalange,

Ministres du Très-Haut,
Que de vos luths sacrés ruisselle à sa louange

Un cantique nouveau !
Et toi, sainte demeure où son trône étincelle,
Qu'à leurs divins concerts aussi ta voix se mêle

Et leur serve d'écho !

Toi qui flottes là-bas, aux hommes inconnue,

Entre les cieux et nous,
Onde au-dessus de l'air par sa main suspendue,

Onde, arrête! à genoux!
Et joignant ta prière à la prière sainte
Des puissances en cheur dans l'éternelle enceinte,

Dis tes chants les plus doux !

Soleil ! astre brillant qui roules dans l'espace

Sur ton axe de feu ;
Lune au front virginal qui viens prendre sa place,

Blanche dans un ciel bleu ;
Joyaux du firmament, innombrables étoiles,
Clous d'or qui de la nuit sur nous pendez les voiles,

Exaltez votre Dieu !

Toi qui viens raviver les pompes végétales

Par ta douce fraicheur,
Pluie! et toi rosée aux larmes matinales

Où se mire la fleur;
Vous haleines des vents qui roulez sur nos têtes
Les nuages obscurs, messagers des tempêtes,

Bénissez le Seigneur !

Toi, féconde chaleur, et vous froidure aride,

Neiges, glaces, frimas;
Toi, nuit sombre, au regard incertain et livide,

Que le bruit des combats
Que sc livrent entre eux les oiseaux carnivores
Seul ravit au néant! Toi, jour qui la dévores :

Mariez vos vivats !

Dans les cieux éblouis, aux gerbes jaillissantes,

Lumière, étalant ton orgueil!
Ténèbres qui jetez sur les nuits menaçantes

Vos fantômes en deuil !
Mélez vos bymnes saints à la voix des orages,
A la voix des éclairs, à la voix des nuages

Du ciel rasant le seuil !

El loi comme un jardin qu'il a paré Lui-même

En un jour de faveur,
O Terre ! montre-toi digne du Dieu qui t'aime,

Célèbre sa grandeur!
Que le roc escarpé, que la verte colline,
Que l'herbe entre les sucs sourdement qui butine,

Chantent leur Créateur !

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