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comptait 50 mille fantassins et sept mille chevaux. Immédiatement après le Traité de Munster, elle fut réduite à 30 mille fantassins et 4,400 chevaux. Les États de Hollande ne furent pas satisfails de celle réduction, et les ÉtatsGénéraux votèrent une nouvelle réduction de 1,800 hommes, ce qui réduisit l'armée à 28, 200 hommes. Cette mesure ne satisfit pas encore les États de Hollande : ils réclamèrent des réductions plus radicales; des députés formulèrent même un système d'organisation et demandèrent la suppression de plusieurs emplois de généraux, celle des lieutenants-colonels, le licenciement de 53 compagnies, la réduction de la moitié de la cavalerie, etc., etc.

» Ces propositions équivalent à peu près à celles de l'honorable M. Osy, qui vous demande la suppression d'une division et de plusieurs autres choses.

» Le prince d'Orange vint démontrer que l'adoption de ces propositious entraînerait la désorganisation de l'armée; une longue discussion eut lieu. Cette fois cependant la majorité soutint le prince d'Orange ; elle ne donna pas gain de cause à l'opposition. Mais de son côté, l'opposition ne se considéra pas comme battue; elle revint sans cesse à la charge, si bien qu'en 1650, d'après un état de situation fourni par le prince d'Orange aux ÉtatsGénéraux, l'armée se trouva réduite à 26,000 hommes d'infanterie. Ce prince démontra que, réduite au point où elle l'était, il était impossible à l'armée de faire face aux événements qui pouvaient surgir et aux besoins du service. Une longue lutte s'engagea, des chiffres furent débattus, et peut-être le prince d'Orange aurait fini par avoir gain de cause, lorsque malheureusement la mort vint le saisir. Sa mort fut le signal de nouvelles réductions dans l'armée; personne n'avait pas assez d'autorité pour résister à l'entraînement. Qu'en résulla-t-il? L'armée fut d'abord réduite à 25 mille hommes.

» La Hollande qui mettait en première ligne le soucis des affaires d'argent, disent les historiens, et qui voulait se remettre des sacrifices qu'elle avail faits pendant la guerre, fit prévaloir le principe de nouvelles réductions.

» On supprima plusieurs emplois d'ofliciers généraux, on diminua les cadres, on licencia des régiments, de sorte que l'armée ne fut bientôt qu'un corps sans direction, sans confiance en lui-même, dont l'indiscipline et l'ignorance ne tarılèrent pas à s'emparer.

» Le grand pensionnaire Jean de Wit, peu au fait des services militaires, ne fit rien pour régénérer l'armée. Le parli républicain, dont il était le chef, s'opposa constamment aux propositions qui furent faites pour reconstituer l'armée; les idées d'économies étaient à l'ordre du jour dans le pays mal éclairé; aussi cette politique hostile à l'organisation de l'armée, prévalutelle, et elle obtint la sanction de la majorité des États-Généraux, jusqu'au moment où le danger, dessillant tous les yeux, amena une terrible réaction.

» Louis XIV avait employé son babile diplomatie à conclure des alliances et à miner celles de la Hollande. Jean de Wit, au contraire, mal renseigné par ses ainbassadeurs peu payés, et que les Provinces-Unies laissaient sans

argent, disent encore les historiens, ne sul rien de ce qui se passait; si bien qu'il ignora complétement les intrigues et le danger qui menaçaient son pays.

» De Wit, trop confiant dans les traités, se persuadait d'ailleurs que les Provinces-Unies avaient peu de chose à craindre. Il eut le tort de compler sur des alliances étrangères et sur l'intérêt des autres puissances à défendre son pays plus que sur l'armée.

» Il ne fit pas assez attention que les alliances reposent sur des intérêts qui peuvent changer du jour au lendemain, tandis que l'armée est un élément certain dont on a la libre et perpétuelle disposition, un élément qui ne fait pas défaut.

» Sa sécurité ful si grande enfin, que la Hollande vendait des armes et des munitions aux Français.

» Tout cela ne ressemble-t-il pas un peu à une page d'histoire contemporaine ?

» Il fallut enfin ouvrir les yeux. Louis XIV venait de déclarer qu'il agirail à l'égard de la Hollande en vue de ses intérêts et de sa gloire. La Hollande comprit alors l'immense faute qu'elle avait commise en désorganisant son armée; elle comprit le danger qui la menaçait.

» Elle voulut aussitôt reconstituer son état militaire ; le fils du prince d'Orange fut immédiatement noinmé capitaine-général; on voulut créer des généraux, des officiers, des régiments; on fit des levées de troupes; mais malheureusement il n'existait plus de généraux habiles, d'officiers instruits, d'esprit de corps, de discipline, d'instruction militaire, et rien de tout cela ne s'improvise; aussi rien ne fut prèt au moment décisif.

» L'armée française s'empara, sans coup férir, des provinces de la Gueldre, d'Utrecht et d'Overyssel ; elle pénétra jusqu'au cæur de la Hollande.

» L'armée hollandaise indisciplinée, mal commandée, se retira presque sans combattre, et perdit le renom et le prestige qu'elle s'était acquis pendant la guerre de l'indépendance.

» Les places forles mal entretenues, commandées par des fils de bourgmestres à défaut d'officiers habiles, disent toujours les historiens, se rendirent honteusement, bien que réputées les plus fortes du monde !

» La Hollande subit alors des exactions si affreuses, que toute l'Europe s'en émut. Pour arrêter la marche des Français, elle n'eut d'autre ressource que de couper ses digues et d'inonder le pays. Ce seul désastre enfin lui coûta plus qu'elle n'aurait dépensé pour entretenir perpétuellement une armée qui l'aurait mise à l'abri d'une aussi grande calamité (1).

(1) Le résultat serait le même pour la Belgique si, ce qu'à Dieu ne plaise, une bande d'anarchistes pouvait franchir nos frontières et s'emparer de

» Enfin, Messieurs, pour qu'il ne manquât aucune honte, aucune douleur, à cette époque qu'on peut considérer comme une époque de décadence pour la Hollande, le peuple aveuglé se porta aux plus sauvages excès, et Jean de Wit et son frère Corneille furent massacrés par la populace.

» Messieurs, je n'ai évoqué ce souvenir historique que parce que j'ai cru qu'il pouvait nous fournir d'utiles enseignements.

» En effet, il nous montre que les traités ne protégent pas toujours les petites puissances, qu'il ne faut pas trop compter sur les autres pour nous défendre, et qu’une bonne armée est le meilleur soutien des petits États, parce qu'elle résiste au moins assez longtemps pour donner aus voisins qui y ont intérèt le temps de se déclarer contre le conquérant. »

Oui, le ministre a raison : on croirait lire une page de notre histoire parlementaire.

Que des idées aussi saugrenues se manifestent en pleine paix ; que la raison, appuyée par une expérience de tous les temps, ne parvienne pas à convaincre ceux qui en reviennent toujours à calculer par sols et deniers, c'est ce que nous comprenons jusqu'à un certain point : mais ce qui nous passe, c'est que le danger présent n'éclaire pas ces hommes aveuglés. Nous pouvons compler maintenant sur la tranquillité intérieure, mais sans parler de tentatives extérieures qui pourraient se renouveler si le pouvoir tombait en France en de certaines mains, que

faudrait-il pour

allumer un incendie dans lequel nous serions peut-être enveloppés ? Rien qu'une étincelle. Soit que nous ayons à nous défendre, soit que nous soyons assez heureux pour conserver notre position neutre, nous devons nous tenir prêts aux éventualités et ne pas nous livrer sans défense au premier occupant.

Comme dans la discussion relative à l'enseignement, on a vu ceux mêmes qui soutenaient le ministère faire trop de sacrifices aux idées désorganisatrices. Si cette aberration inspirait moins de craintes, il en est un exemple qui deviendrait amusant. Un orateur est venu manifester l'espoir que la guerre avait fait son temps, et que bientôt, grâces aux efforts de nos philantrophes, tous les conflits internationaux se décideraient par arbitrage. Il est lout aussi permis d'espérer que, gràces au progrès des lumières, les plaideurs condamnés exécuteront eux-mêmes les arrêts de la justice, ce qui nous permettra de supprimer beaucoup d'huissiers et de gendarmes. Le jeune et naif représentant a oublié de prendre garde à un obstacle, qui range invinciblement son veu au nombre des rêves. La guerre est par malheur un fléau

quelques localités du pays; en peu de jours, ils auraient occasionné des dégáis lols, que plusieurs millions, rognés au budget de la guerre peodant plusieurs années, e sulliraient pas pour les pnyer.

(Vote de la Réaction.)

inhérent à l'humanité; un fléau qui la frappe à l'état sauvage comme à l'état civilisé; un fléau que le Christianisme lui-même, autrement puissant que la sagesse humaine, n'a pas brisé, parce qu'en apprenant à l'homme à dompter ses passions, il ne les lui a pas ôtées. Un pareil jeu d'esprit peut être à sa place dans un congrès de la paix, surtout dans le banquet qui en constitue la partie la plus intéressante, mais il ne devrait pas été transporté à la tribune nationale, où la gravité est de convenance.

En résumé, les débats nous prouvent que le Gouvernement trouve l'appui de la majorité, et nous nous en félicitons, car dans les circonstances présentes, l'union est notre premier besoin, mais l'exagération de quelques hommes et la faiblesse générale de la Chambre ne laissent pas de nous inquiéter.

D. 0.

LE MINISTÈRE ET L'ULTRA-LIBÉRALISME.

Nos lecteurs se rappelleront peut-être notre article d'octobre 1847. Le ministère n'avait pas encore abordé le champ des luttes parlementaires et nous disions déjà : « Nous nous demandons avec inquiétude si le cabinet est » en mesure de surmonter les difficultés de la situation. Nous souhaitons » qu'il y parvienne, mais nous craignons que cette tâche ne lui soit rendue » très-difficile à cause de son origine et des moyens qui lui ont procuré le » pouvoir (1). »

Cette inquiétude, ce væu n'étaient pas des précautions oratoires destinées à déguiser des intentions malveillantes. Ces sentiments étaient réels chez nous, et notre parole ne faisait que traduire fidèlement notre pensée. Si nous avons combatto l'ancienne opposition et les hommes qui lui ont demandé leur grandeur, nous avons entendu faire uue gierre de principes et nullement une guerre de noms propres. Nous avons soutenu les ministères précédents, sans les flatter toutefois, parce que la justice, la raison et le bien public le demandaient : nous soutiendrons de mème tout autre ministère qui nous offrira les mêmes titres. Qu'avons-nous à désirer en effet que le bien de l'État, et qu'importe qui l'opère ? Sans doute, nous blâmerons loujours M. Rogier et ses amis d'avoir pris un mauvais chemin pour arriver au banc ministériel, mais quand ils s’y montreront justes, impartiaux, gouvernemen

(1) Tome II, page 515.

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