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sition mal calculée, dont les effets ont dépassé le banc ministériel. Quand ils se sont crus les maîtres de la situation, ils ont eu lieu de reconnaîlre cruellement leur erreur, et ils sont aujourd'hui forcés de serrer la main aux républicains, dits modérés, que naguères ils eussent volontiers envoyés au Mont St-Michel.

La gauche dynastique aurait évité cette faute, si elle avait consulté une expérience dont la mémoire ne pouvait être effacée. Elle qui avait attiré, employé, puis évince les royalistes de 1830, elle s'est laissée prendre par les républicains au piége qu'elle devait bien connaitre pour l'avoir tendu avec taut de succès dix-huit années auparavant à ses anciens adversaires. Malheureusement, l'expérience est rarement écoutée, et la faule des Thiers et des Barrot vient d'être commise de nouveau par ce qu'on appelle les républicains modérés, c'est-à-dire, par ces hommes qui, sans être encore revenus de leurs chimères, ne veulent cependant ni de la républiqne rouge, ni du socialisme.

Il ne s'agit aujourd'hui en France ni d'une dynastie, ni d'une monarchie plus ou moins constitutionnelle, ni d'une forme de Gouvernement. Il s'agit de savoir si la société sera ou ne sera pas. La Montagne et le socialisme menacent la république bleue aussi bien que la monarchie blanche ou tricolore, la famille et la propriété aussi bien que l'ordre public. Us devraient donc réunir contre eux lous ceux qui tiennent à cet ordre, tous ceux qui ont quelque intérêt à défendre ; et c'est ce qui n'a pas eu lieu.

La république bleue avait rompu avec les anarchistes et s'était ralliée avec lout ce qui était honnête autour des canons de Cavaignac. Aux dernières élections, elle vient, toujours par les mêmes causes, de favoriser les succès électoraux de ses ennemis, ou, du moins, d'y conniver par son inaction. Que veulent ces hommes aveuglés ? Qu'espèrent-ils ? Ils se sont vengés partiellement des vainqueurs du 10 décembre; ils leur ont créé de graves embarras en laissant surgir au Parlement une minorité trop forte pour ne pas être un constant obstacle, mais ils ont agi au détriment de leur cause commune et fortifié des ennemis dont ils seraient les premières victimes. L'inquiétude générale, les terreurs de la bourse ont assez montré la gravité de ce crime anti-social.

Tirons, dans notre pays, une leçon pratique de la dure expérience de no voisins. Et d'abord ne nous laissons pas endormir dans une fausse sécurité. Nous avons, comme tous les autres peuples de l'Europe, à nous défendre contre les mauvaises passions, dont les terribles étreintes maintiennent la France haletante dans une lutte désespérée et sans issue encore probable. Nous ne sommes pas, Dieu merci, arrivés jusqu'à ce point. Au contraire, nous avons donné un bel exemple de calme et d'attachement aux institutions politiques et sociales : mais si le parti anarchiste ne se montre pas à découvert, parce qu'il est faible, il n'en existe ni n'en travaille pas moins. Il se

nos

cache derrière les progressistes téméraires, ses précurseurs. Voilà ce que devraient comprendre tant d'hommes bien intentionnés, mais trop apathiques pour s'imposer le moindre effet dans l'intérêt général. Ici comme en France (où cette abstention a seule pu faire sortir de l'urne une partie de la liste rouge), ces hommes, par indolence ou par peur, ne prendront pas même la peine de venir déposer un vote secret en faveur de ceux qui défendent leurs principes et leurs intérêts. Ils laisseront, autant qu'il est en eux, le champ libre à leurs ennemis, et si ces derniers l'emportent, au lieu de se dire : Vous l'avez voulu, ils se plaindront plus haut que les autres.

Cette catégorie de citoyens inertes ne disparaitra jamais complétement; mais elle se restreint à mesure que nos institutions pénètrent dans nos mours; et, reconnaissons-le avec joie, nous avons fait beaucoup de progrès sous ce rapport. Le nombre de ceux qui paient exactement à la patrie le léger tribut de l'exercice des droits politiques est assez grand pour que nous n'ayons rien à craindre des anarchistes si les passions et leur fille, la discorde, ne viennent à leur aide.

Deux causes contribuent surtout à diviser les amis de l'ordre : le défaut d'intelligence ou de courage moral qui jettent les uns dans une route qu'on appelle du progrès et qui aboutit aux bouleversements, et un esprit d'ambition égoïste ou de coterie qui fractionne le reste en partis ennemis. Les causes qui ont fait succomber les conservateurs, feront, si l'on n'y prend garde, succomber également les défenseurs de la société. Les effets seront les mêmes ; seulement les résultats seront plus importants, parce que l'objet de la lutte est plus universel et plus relevé.

Bien des gens sincèrement allachés à leur pays, à ses institutions, à son Gouvernement, servent le parti démolisseur sans le vouloir, sans même s'en douter. Pour eux le pouvoir est un perpétuel cauchemar; le Gouvernement un ètre moral essentiellement suspect; l'absence de tout frein un véritable état de liberté. Chez eux, la démocratie tourne à la démagogie, el, à leur comple, on n'en a jamais assez : il en faut trop. Ils ne reculent devant aucune innovation quelque dangereuse qu'elle soil, et celle témérité, ils l'appellent progrès. Ils accueillent comme des oracles les rêveries de la presse la plus vulgaire, et ils dédaignent comme rétrograde l'expérience des hommes pratiques. La làchelé vient leur adjoindre des auxiliaires plus coupables, parce que le cæur leur manque plus que la tête. Les premiers reviennent quelquefois à des idées plus saines, mais on doit à peu près désespérer des autres.

Il se trouve des hommes qui sont toujours les serviteurs très-humbles du pouvoir prédominant. Que le Gouvernement soit absolu ou du moins fortement organisé, on les verra se distinguer par leur servilité et même dépasser leurs instructions. Qu'il soit faible au contraire, et assujetti aux influences de celle opinion publique si variable, on les verra se faire tribuns ct flatter

les préjugés et les passions populaires. C'est ce que les vicissitudes des lemps nous ont trop prouvé. Nous avons vu les agents les plus chaleureux du despotisme impérial, ceux qui ont le plus contribué à pousser GuilJaume je dans la funeste voie où il s'est perdu, se lancer depuis dans l'opposition la plus outrée, exagérer aujourd'hui la liberté comme ils exagéraient autrefois le pouvoir, et francbir, dans un sens comme dans l'autre, les dernières limites que se tracent les gens modérés et raisonnables. Ces hommes n'ont fait que changer de maitre.

Il en est encore auxquels manque complétement cette fermeté qui rend l'homme politique indépendant de toute autre chose que de sa conscience. Un doule élevé sur leur libéralisme les met hors d'eux-mêmes; un mot du journal le moins estimable leur sera un coup de poignard. Ils voteront aux élections, anx corps représentatifs, d'après l'ordre d'autrui, avec l'espoir secret de se trouver vaincus. Les hommes de cette double catégorie sont les plus dangereux, parce que le temps qui corrige les erreurs de l'esprit, est sans eflet sur la lâcheté.

L'inintelligence d'un côté, la peur de l'autre, ne mellent au service des anarchistes que trop de personnes qui les servent à leur insu ou à regret : de déplorables passions viennent leur donner presque toujours de nouveaux alliés.

Prenez l'opinion politique la plus honorable, la plus mieux d'accord dans son ensemble: elle vous offrira diverses nuances qui varieront sur les détails ou du moins sur les moyens de parvenir au but commun. La première condition du succès est un esprit conciliateur qui sache sacrifier à l'intérêt général quelque chose de ses propres idées, ou qui, après les avoir exposées avec modération, sache se rallier à ce qui réunit l'assentiment le plus général. Par malheur, cet esprit est beaucoup plus rare qu'on ne le croit. Chacun veut le succès de sa cause, mais chacun veut la diriger, et l'obstination aidant, ainsi que la jalousie, le tout finit par se diviser en fractions qui cessent de s'entendre et qui deviennent quelquefois hostiles. Nous ne devons pas sortir de notre pays pour apprendre qu'un concours de fait entre une de ces fractions dissidentes et l'opposition anti-gouvernementale, n'a rieu d'impossible.

Une nuance ministérielle vient à quitter le pouvoir. (Nous déclarons ici parler en général, sans aucune allusion.) Nous la verrons souvent se séparer de la majorité, et lui refuser au moins son concours si elle ne passe pas du còlé opposé. Elle est conduite sur ces bancs par la rancune et y satisfait cette passion au détriment de sa cause et de ses propres membres, sans se rappeler ce que l'orange pressée, on fait de l'écorce.

L'ambition range encore sur les mêmes bancs bien des hommes éloignés de tout bouleversement, mais qui viennent y prendre une position d'attente à exploiter au jour favorable. La vanité, la simple fantaisie leur amènent

des auxiliaires plus désintéressés qui se mettent de l'opposition, parce que ce rôle leur plait et leur vaut une espèce de popularité.

Ces imprudents ne songent pas qu'ils travaillent, en dernière analyse, au profit des anarchistes. Ceux-ci se glissent furtivement dans leurs rangs sous des couleurs empruntées; ils excitent et les poussent, d'abord par leurs flatteries, puis par la crainte de l'impopularité, ensuite par leurs exigences ; enfin, lorsque le terrain est assez déblayé, ils ne manquent pas de les écarter brusquement et de se mettre à leur place.

Qu'on nous permette d'en appeler de nouveau au triple exemple que la France nous a donné en dix-huit ans. Celle leçon est trop concluante pour que nous n'y revenions pas au risque d'une redite. La branche aînée des Bourbons règnerait encore si la discorde n'avait mis une partie des royalistes au service de leurs ennemis. Les amis de la monarchie de juillet sont lombés dans la même erreur. La gauche dynastique n'a cessé de lui faire la guerre la plus aveugle, el elle y a élé aidée par le parti Thiers. Quand ses continuels efforts eurent assez affaibli et déconsidéré le Gouvernement de Louis-Philippe pour que les républicains apparussent de nouveau sans autre déguise

le masque transparent de reformistes, elle ne sut pas même alors reconnaitre le péril; elle prit fait et cause pour l'attaque, el elle concourut à faire éclater une révolution dont elle ne voulait pas, une révolution sans griefs, ridicule jusque dans son occasion (un banquet,) et dont Berchoux, s'il vivait encore, serait le chantre obligé. Aujourd'hui les solles rancunes de la république bleue valent à la république rouge un nouvel accroissement de force et d'audace. Quand on voit la même cause donner un résultat toujours le même sous trois Gouvernements si différents, ne faut-il pas reconnaître qu'elle a une conséquence unique et fatale ?

Que tout ce qui est honnête se le lienne pour dit. Le temps n'est plus où la question politique se renferinait entre des nuances ou des partis. Elle s'élève aujourd'hui entre la société et ses adversaires. Maintenir l'ordre si providentiellement conservé chez nous, contenir le petit nombre de ses ennemis par l'union compacte de tous les bons citoyens, voilà quelle est la tâche générale. Pour la remplir, il sullit d'oublier ses haines et de mellre un frein à l'ambition personnelle, passions funestes et sources de presque tous les malheurs publics. Paissent tous les Belges sentir cette vérité et y conformer leur conduite !

ment que

D. 0.

1er Juillet.

NOUVEL

ENSEIGNEMENT PHILOSOPHIQUE,

par Auguste Siguier. (1)

ÉCOLE CRITIQUE,

Connais toi loi-même.

TROISIÈME PARTIE.

Mais suflit-il d'enseigner théoriquement à la jeunesse l'homme lotal déchu,
le Dieu Trinité ? Non; il faut faire passer sous ses yeux l'histoire du monde.
Il n'est plus permis à la jeunesse d'ignorer l'Orient, d'ignorer nos ancêtres.
De là une étude spéciale :
Sur l'anthropologie et la théodicée des Hébreux.

des Hindoux.
des Chinois.
des Perses, etc., etc.
des Gaulois.

des Germains, etc., etc. La conclusion (2) est qu'ici l'homme est déchu directement ou impliciteinenl.

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(1) La reproduction de cel article et de ceux qui le suivront est formellement interdile, l'auteur s'en étant réservé la propriété.

(2) Les Revues catholiques belges vous ayant refusé l'insertion de ce travail, comme élant trop long, nous nous sommes adressé à M. Amand Nevi, Directeur de la Revue de la Flandre, à Gand, par l'entremise d'un de nos disciples qui est aujourd'hui un de nos amis les plus chers, N. Josse Cels.

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