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les groupes, ont une saillie d'environ trois lignes, épaisseur que le sculpteur a obtenue en creusant le champ de la pierre. Les têtes des personnages et le mouvement des draperies dénotent de l'intelligence et du gout. L'eucadrement de feuillage qui entoure cet ouvrage est d'une élégance particulière.

Le Di GustavE-FRÉDÉRIC WAAGEN, Directeur du Musée royal de

Berlin, associé de l'Académie royale de Belgique, etc.

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Pendant les nuils d'été, quand tout dort en silence,
Sur sa branche l'oiseau, sur sa tige l'épi;
Quand pas un arbre au fond des bois ne se balance
Constellant de ses fleurs l'eau du lac assoupi ;

Quand l'air, tiède et rempli du doux parfum des roses,
N'agite aucun brin d'herbe, aucun roseau dormant,
Et que

brillent au ciel les étoiles écloses Comme au jardin de Dieu des lis de diamant;

Quand les bouleaux muels sommeillent; quand les frènes
Sentant s'appesantir leurs rameaux lortueux,
Et que le rossignol, ami des nuits sereines,
N'entend plus murmurer les chênes monstrueux;

Savez-vous, ô poëte en qui la muse habite,
Pourquoi le tremble seul frissonne à leurs côtés,
Comme si par instants quelque terreur subite
Le parcourait du pied à la tête ? - Écoutez !

II.

Au moment où le Christ, achevant son mystère,
Courbait sous le fardeau des crimes de la terre
Son front rayé de sang et blême de pâleur,
Et, s'aflaissant le long du bois d'ignominie,
Dans les derniers sanglots de sa lente agonie,
Priait pour ses bourreaux : « Mou Dieu, pardonnez-leur, »

Le soleil se couvrit d'un voile de ténèbres
Et le ciel se montra semé d'astres funèbres;
L'homme Tremblait saisi d'épouvante et d'horreur:
Et, sentant sur leurs cous se crisper leurs crinières,
Les monstres des forêts, regagnaient leurs tanières

Tressaillant de terreur.

Le tigre en son réduit, le lion dans son antre,
L'aigle en son nid où rien hormis la foudre n'entre,
Dans un morne silence écoutaient par moments ;
Car les arbres pleuraient, cachés sous leurs ramures ;
Les buissons et les fleurs échangeaient des murmures
Et se parlaient du Christ en sourds gémissements.

Les cèdres du Liban répandaient dans les nues
Leurs lamentations en strophes inconnues,
Et Babylone vit, mêlant son deuil au leur,
Sur l’Euphrate étonné se pencher ses grands saules
Qui laissaient leurs ramcaux tomber sur leurs épaules

En signe de douleur.

La vigne du Cédar, de larmes parfumées
Inondait le granit de ses roches aimées,
(Et, quand le vigneron, par l'automne averti,
Eut recueilli plus tard le trésor de ses treilles
Et qu'il en eut rempli ses amphores vermeilles,
Il y donna le nom de Lacryma Christi.)

Les roses que Sårons, sur ses collines vertes,
Aux baisers du soleil voit dès l'aurore ouvertes,
Les lis blancs dont la nuit boit l'arome adorant,
Et l’hesperis tristis, habitante des mousses,
Exhalaient en soupirs leurs senteurs les plus douces

Vers le Christ expirant.

L'iris de Suze alors dit au cyprès son frère : « Je revêts pour toujours ma robe funéraire. » « Et moi, dit le cyprès, je veux dès ce moment, » Hòte silencieux des mornes cimelières, » Révant auprès de ceux qui dorment sous les pierres, » A ce jour de malheur songer incessamment. »

Ei, tandis que tout bas ainsi, dans les ténèbres,
Le peuple végétal, de ses sanglots funèbres
Faisait monter le bruit sinistre vers les cieux,
Un ange descendit vers l'arbre du supplice
Pour recueillir le sang du Christ dans son calice

Et lui fermer les yeux.

« C'est l'ange de la mort! » s'écriaient sur leur lige Les fleurs qui frissonnaient comme en proie au vertige, Et les buissons au bord des monts et des chemins; Car la voix du Sauveur, affaiblie et plus lente, Laissait lomber ces mots de sa lèvre sanglante : « Montpère, je remets mon âme entre vos mains. »

Or, un seul arbre, un seul, égoïste impassible, A ce deuil fraternel demeurait insensible. « Que nous importe à nous le sang du Rédempteur ? » Dil-il en son orgueil, « Innocents que nous sommes, » Est-ce pour nous qu'il coule? Et du crime des hommes

» Qui de nous est l'auteur ? »

Comme il parlait, – ouvrant les plumes de son aile,
Pour reprendre son vol vers la voule éternelle,
L'ange un instant prêta l'oreille et l'entendit,
Et sa vois murmura : « Sois maudit, cour de marbre ! »
Une goutte du sang divin jaillit sur l'arbre,
Et l'esprit s'éloigna répétant : « Sois maudit ! »

Depuis ce jour, ainsi qu'un homme dont la fièvre
Fait frissonner le corps et fait trembler la lèvre,
Le maudit convulsif iressaille incessamment.
L'orage du remords bruit dans sa ramure,
Et ses feuilles au loin prolongent leur murmure

Comme un gémissement.

Soit que le vent dans l'air pousse son souffle aride,
Soit qu'il dorme sans faire aux lacs bleus une ride,
L'arbre lord de terreur ses rameaux palpitants,
Comme obsédé toujours de quelque mauvais rêve.
On l'a nommé le Tremble, et sans repos ni trêve
L'effroi l'agitera jusqu'à la fin des temps.

ANDRÉ VAN HASSELT.

1848.

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