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établissement scientifique de l'Europe, qui nous le dit : c'est de l'autre, M. Jules Simon, le successeur de M. Cousin, dans la première chaire de philosophie de France.

Le seul procédé admissible dans notre enseignement, c'est-à-dire, l'observation sérieuse, indépendante, de l'homme réel, partant du fait universel le plus positif, la souffrance, nous a donc amené au Catholicisme; et nous nous y sommes rencontré presque avec les représentants les plus élevés de la philosophie, dans un siècle qui a profité de l'expérience de plus de trente siècles de méditations.

Le Catholicisme est douc la seule doctrine digne de diriger toute l'activité, lontes les forces, toutes les aspirations de l'humanité.

Il n'est donc plus permis à qui que ce soit, quand on parle sérieusement de doctrine, de rester au point de vue des démocrales, communistes, économistes, socialistes, etc., ni même, au point de vue de l'enseignement légal de la philosophie. Le seul parti à prendre, c'est de se rattacher à la notion la plus eracle, la plus élevée qui existe de l'homme et de Dieu. Or, nous aimons

» la montagne, fail l'essence et l'esprit inème du Christianisine, esprit immortel, » comme l'humanité celle-même, qui survivra à toutes les doctrines et à toutes » les institutions. Où est en effet la loi morale supérieure à l'amour ? Où est la » doctrine sociale supérieure ou dogme de la fraternité ? Bien des doctrines » vieilliront et passeront dans l'humanité et dans le Christianisme. Mais à celle » morale sublime on peut appliquer le mot du Christ lui-même : Le ciel et la » lerre passeroul, mais mes paroles ne passeroul point (*).... ))

« Puissant par le dogme, poursuit ailleurs le même écrivain, le Christianisme o l'est plus encore par ses livres saints el son Église. Il possède un code religieux, o l'Ancien et le Nouveau Testainent ; il trouve dans ses Conciles une autorité » Souveraine qui fixe le dogine et réprime l'hérésie. Nulle puissance ne devait > prévaloir contre une telle religion. »

- « Nous pensons, dit M. Jules Simon dans son beau travail sur l'école » d':llesandric, que le dogmie de la Trinité n'est pas dans Platon et que la trinité » de Platon u'a que des analogies purement verbales avec la Trinité chré► liepne..... Il faut donc renoncer à trouver la Trinité dans la philosophie » grecque avant le néoplatonisme.... La Trinité de Platon, du reste la plus pro> fonde parmi les Trinités philosophiques, porle «les caractères qui la sépareul à » jamais de la Trinité chrétienne el exclucut loute idée de comparaison.... Ce » qui constitue une différence radicale entre la doctrine de Platon el la doc» Irine chrétienne, ce qui esclut loute idée d'une origine commune, c'est que » le Dieu de Platon renferme trois hypostases inégales el que par conséquent » il n'est pas un Dieu parfait. Au contraire, si haut qu’ou remonte dans l'histoire o de l'Église, l'égalité des personnes divines, c'est-à-dire, la perfection de la

Dature divine sous les trois hypostases, est évidemment la doctrine oriho» dose.... Il n'y a donc aucune analogie entre la Trinité alexandrine el la » Trinité chrétienne. »

(*) Histoire crilique de l'école d'Alexandrie, Tome I, page 182.

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à le répéter, celle notion n'est nulle part ni plus satisfaisante, ni plus complèle que dans le Catholicisme.

Pour réaliser par conséquent le veu qu'expriment tous les bons esprits, sans que personne donne aucun moyen pratique d'y satisfaire, pour réconcilier, en d'autres termes, la société moderne ou la minorité lettrée avec le Catholicisme, il n'y a qu'une seule chose à faire, c'est d'étudier l'homme, avec la jeunesse, non pas seulement du côté psychologique comme Socrate et ses copistes, non pas du point de vue de Descartes, c'est-à-dire en tant qu'il n'a point de défaut par rapport à lui-même, mais l'homme total, âme et corps, du côté de la souffrance : c'est d'enseigner toujours et toujours aux générations l'homme total déchu, et le Dieu Trinité, c'est-à-dire, le seul homme et le seul Dieu qu'implique la connaissance la plus exacte, la plus profonde de l'homme réel.

Avec l'homme grec ou cartésien en effet, l'on ne marche qu'avec un peuple que le vieillard de Saïs appellait un peuple enfant (1), avec un peuple qui fut beaucoup plus littérateur, artiste et poële que philosophe, avec un peuple qui dut ses plus grands penseurs tels que Pythagore, Platon au contact du génie hellénique avec l'Orient, et son plus fort métaphysicien à Stagyre, ville de la Macédoine. L'on ne marche tout au plus encore qu'avec trois ou quatre hommes que l'impétuosité du caractère français, l'engouement, la paresse, la routine, les circonstances, l'habileté, la politique ont fait les dominateurs absolus de l'intelligence, depuis Descartes jusqu'à Royer Collard, depuis Royer Collard jusqu'à 1849.

Avec l'homme observé, étudié dans la souffrance, c'est-à-dire, dans le fait le plus certain, le plus incontesté de l'univers, on retrouve aussitôt la meilleure notion possible de l'homme et du divin, c'est-à-dire, les deux données fondamentales de qui dépendent loutes les sciences philosophiques; c'est M. Amédée Jacques, M. Saisset, M. Simon, M. Vacherot qui nous l'enseignent, eux qui sont les interprètes les plus distingués de la pensée française, du moins aux yeux de la légalité. On retrouve aussi la loi philo

(1) « Arrivé à Saïs, ville dont les habitants aimaient beaucoup les Athéniens, » Solon racontait qu'il avait été en grande considération, et qu'en interrogeant sur » les temps primitifs les prêtres les plus instruits dans l'antiquité, il avait reconna » que ni fui ni aucun autre Grec n'en avait pour ainsi Jire aucune connaissance. » Un jour que, voulant les amener à s'expliquer sur les anciens temps, il

s'était mis à les entretenir de nos antiquités... un des vicux prêtres s'écria : « O Solon, Solon ! vous autres Grecs, vous éles toujours des enfants et il n'y a » point de vieillards parmi vous ! » Que veux-iu dire ? demanda Solon en » entendant ces paroles, vous êtes tous, reprit le prélre. jeunes d'esprit : » aucune vieille tradition n'a mis dans vos à mes ni opinion ancienne ni connaissance vieillie par les années. »

(Platon, Timée, p. 486. Trad. de Schwalbé.)

sophique des plus grandes traditions, des instincts les plus intimes, les plus profonds, les plus permanents de notre nature, traditions el instincts qui restaient et resteront toujours inexplicables et inexpliqués dans l'école selle qu'elle est constituée. On marche avec la doctrine qui a civilisé l'Occident, c'est-à-dire la partie du monde la plus ardente et la plus aple au Travail des civilisations, avec la doctrine qui embrasse déjà de ses étreintes maternelles les contrées mêmes les plus lointaines. On est d'accord avec les plus grauds souvenirs de l'histoire, avec Clovis, Charlemagne, St-Louis, Louis XIV, Napoléon et tous les hommes réellement puissants. On fortifie l'esprit de la famille que tout autre enseignement ne peut que détruire. On donne enfin à la France une force incalculable, au profit de son présent et de son avenir.

Comment la jeunesse française, cette jeunesse si intelligente el si généreuse, hésiterait-elle entre le Paganisme ancien ou moderne et le Catholicisme?

SUR UNE ANCIENNE ÉCOLE DE SCULPTURE A TOURNAI.

(Article extrait du KUNSTBLATT, de Stuttgart, Nos 1 et 3. 1848.)

Jusqu'à ce jour, l'histoire de la sculplure dans les Pays-Bas a été fort négligée. Mais on ne doit point s'en étonner: car, d'une part, l'éclat extraordinaire que la peinture a jeté dans ces provinces au XV° el au XVII° siècle, et les nombreuses productions qui restent de ces deux époques, out absorbé presque exclusivement l'attention des amis de l'art; et, d'un autre côté, les principaux ouvrages de sculpture, antérieurs au XVI° siècle, ont été, à peu d'exceptions près, détruits par les iconoclastes en 1566, et par le vandalisme des troupes françaises qui envahirent la Belgique en 1793. C'est pourquoi, dans le but de remplir autant que possible cette lacune, nous nous sommes, pendant le dernier séjour que nous avons fail dans les Pays-Bas, enquis, avec le plus de soin possible, des restes de la sculpture ancienne dans ce pays. Ils nous ont donné la conviction que cet art y a été de très bonne heure exercé en grand et en petit, probablement dès le IXe siècle, et que, déjà au commencement du XII°, il a fourni une série de productions remarquables et originales, en cuivre, en pierre, en bois et en ivoire. Selon toute apparence, la sculpture en cuivre et en pierre atteignit, dès les premiers temps, un haut degré de perfection dans les provinces wallonnes, où Dinant et Tournai se présentent comme les centres de deux écoles particulières. La disposition naturelle des Wallons pour la sculplure et la découverte du charbon de terre, qui fut sans doute employé de bonne

heure aux environs de Dinant, ont puissamment contribué à faire préférablement fleurir dans cette ville la sculpture en cuivre, tandis que l'abondance de ce calcaire compact que l'on connaît dans le voisinage de Tournai sous le nom de pierre bleue, a fait plus spécialement cultiver dans cette cité la sculpture en pierre.

De cette grande quantité de productions en ronde bosse, de fonts baptismaux ornés de bas-reliefs, de lutrins, de tabernacles, de caudélabres, etc., qui, jelées en fonte, ou ciselées, ou forgées au marleau, sortirent, dans le cours des siècles, des ateliers des batteurs de Dinant, comme s'appelaient ces modestes artistes, et qui sont généralement connues en Belgique sous le nom de Dinanderies, il n'en a survécu que fort peu.

Parmi celles qui nous restent, les célèbres fonts baptismaux de l'église de Saint-Barthélémy, à Liége, occupent incontestablement la première place. Comme nous devons supposer que les lecteurs de ce journal savent ce qui a été écrit à ce sujet par Schnaase (1), Burkhardt (2), Didron (3) et Van Hassell (4), et que les belles gravures, publiées par Didron, nous dispensent de donner une description de ce monument, nous nous bornerons à faire remarquer que cette production, qui, selon les preuves fournies par les deux derniers des écrivains que nous avons cités, est due à un Lambert Patras, balleur de Dinant, et date de l'an 1112, se place, par la pureté du style, par la beauté et la clarté des dessins variés dont elle est ornée, par le goût des ajustements, par la connaissance anatomique et par l'excellence de l'exécution, au-dessus de loutes les sculptures qui nous sont connues de cette époque; elle nous révèle dans Lambert Patras un artiste de premier ordre, el nous donne une preuve réellement surprenante de la hauteur que la sculpture de l'école dinantaise atteignit à celle époque reculée. Les autres ouvrages les plus connus que la même école nous a laissés, sont un lutrin signé du nom de Jehans Joses de Dinanı 1372, et un candélabre du même artiste, qui sont conservés dans l'église cathédrale de Tongres, mais qu'il ne nous a pas été donné de voir nous-même (5).

Les plus anciens ouvrages en pierre que nous ayons vus à Tournai, sont les sculptures qui ornent le porche septentrional de la cathédrale de celle ville. Elles représentent des scènes de l'histoire de David, des figures allégoriques,

(1) SCHNAASE, Niederlaendisch Briefe, pag. 533. (Note du Traducteur.) (2) Franz KUGLER, Handbuch der Geschichte der Malerie, 2e édit. tom. I. p. 180. (Id.) (3) DIDRON, Annales archéologiques, tom. V, 1 re livraison.

(4) Van Hasselt, Bulletin de l'Académie royale des Sciences, Lettres et Beaux-Arts de Belgique, tom. XIII, No 8, pag. 86 et suiv.

(5) A. PERREAU, Recherches sur l'église cathédrale de Tonyres, dans les Bulletin et Annales de l'Académie d'Archéologie de Belgique, tom. III, 1re livraison, pag. 39. Sur le lutrin on lit l'inscription suivante : Johanes des - Joses - de Dionantu -- huc

opus - fecit; sur le candélabre sont ciselés ces mots : Jehans Joses de Dinant - me -- fiste --- lan - de -- gras -- M - CCC - LX — et XII.

(Note du Traducteur.)

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