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ARTICLE VII.

soutient la nature, elle le marquât sans équi

voque; et que, si les marques qu'elle en donne Image d'un homme qui s'est lassé de chercher sont trompeuses, elle les supprimât tout-à-fait;

Dieu par le seul raisonnement, et qui commence qu'elle dit tout ou rien, afin que je visse quel à lire l'Écriture.

parti je dois suivre. Au lieu qu'en l'état où je I.

suis , ignorant ce que je suis et ce que je dois

faire, je ne connois ni ma condition, ni mon deEn voyant l'aveuglement et la misère de voir. Mon coeur tend tout entier à connoître où l’honime, et ces contrariétés étonnantes qui se est le vrai bien , pour le suivre. Rien ne me sedécouvrent dans sa nature, et regardant tout roit trop cher pour cela. l'univers muet, et l'homme sans lumière, aban

Je vois des multitudes de religions en plusieurs donné à lui-même, et comme égaré dans ce re-endroits du monde, et dans tous les temps. Mais coin de l'univers, sans savoir qui l'y a mis, ce elles n'ont, ni morale qui puisse me plaire, ni qu'il est venu y faire, ce qu'il deviendra en mou- preuves capables de m'arrêter. Et ainsi j'aurois rant, j'entre en effroi comme un homme qu'on refusé également la religion de Mahomet, et auroit porté endormi dans une île déserte et ef- celle de la Chine, et celle des anciens Romains, froyable, et qui s'éveilleroit sans connoître où et celle des Égyptiens, par cette seule raison, il est, et sans avoir aucun moyen d'en sortir. Et que l'une n'ayant pas plus de marques de vérité sur cela j'admire comment on n'entre pas en dés que l'autre, ni rien qui détermine, la raison ne espoir d'un si misérable état. Je vois d'autres peut pencher plutôt vers l'une que vers l'autre. personnes auprès de moi de semblable nature: Mais, en considérant ainsi cette inconstante je leur demande s'ils sont mieux instruits que et bizarre variété de mæurs et de croyance dans moi, et ils me disent que non; et sur cela , ces les divers temps, je trouve en une petite partie miserables égarés, ayant regardé autour d'eux, du monde un peuple particulier, séparé de tous et ayant vu quelques objets plaisants, s'y sont les autres peuples de la terre, et dont les histoidonnés et s'y sont attachés. Pour moi je n'ai pu res précèdent de plusieurs siècles les plus anm'y arrêter, ni me reposer dans la société de ces ciennes que nous ayons. Je trouve donc ce peupersonnes semblables à moi, misérables comme ple grand et nombreux, qui adore un seul Dieu, moi, impuissantes comme moi. Je vois qu'ils ne et qui se conduit par une loi qu'ils disent tenir m'aideroient point à mourir : je mourrai seul; il de sa main. Ils soutiennent qu'ils sont les seuls faut donc faire comme si j'étois seul: or, si j'étois du monde auxquels Dieu a révélé ses mystères ; seul, je ne båtirois point des maisons, jene m'em- que tous les hommes sont corrompus et dans la barrasserois point dans les occupations tumul- disgrace de Dieu ; qu'ils sont tous abandonnés à tuaires, je ne chercherois l'estime de personne; leurs sens et à leur propre esprit ; et que de là mais je tâcherois seulement de découvrir la vé- viennent les étranges égarements et les changerité.

ments continuels qui arrivent entre eux, et de Ainsi, considérant combien il y a d'apparence religion, et de coutume ; au licu qu'eux demeuqu'il y a autre chose que ce que je vois, j'ai re- rent inébranlables dans leur condnite: mais que cherché si ce Dieu , dont tout le monde parle, Dieu ne laissera pas éternellement les autres peun'auroit pas laissé quelques marques de lui. Je ples dans ces ténèbres ; qu'il viendra un libéraregarde de toutes parts, et ne vois par-tout qu'ob- teur pour tous ; qu'ils sont au monde pour l'anscurité. La nature ne m'offre rien qui ne soit noncer; qu'ils sont formés exprès pour être les matière de doute et d'inquiétude. Si je n'y voyois herauts de ce grand évènement, et pour apperien qui marquât une Divinité, je me détermi- ler tous les peuples à s'unir à eux dans l'attente nerois à n'en rien croire. Si je voyois par-tout les de ce libérateur. marques d'un Créateur, je reposerois en paix La rencontre de ce peuple m'étonne, et me dans la foi. Mais, voyant trop pour nier, et trop semble digne d'une extrême attention, par quanpeu pour m'assurer, je suis dans un état à plain- tité de choses admirables et singulières qui y dre, et où j'ai souhaité cent fois que, si un Dieu paroissent.

C'est un peuple tout composé de frères ; et au | lent des douze tables, et par les autres preuves lieu que tous les autres sont formés de l'assem- que Josèphe en donne. blage d'une infinité de familles, celui-ci, quoi- Mais cette loi est en même temps la plus séque si étrangement abondant, est tout sorti d'un vère et la plus rigoureuse de toutes, obligeant ce seul homme ; et étant ainsi une même chair et peuple pour le retenir dans son devoir, à mille membres les uns des autres, ils composent une observations particulières et pénibles, sur peine puissance extrême d'une seule famille. Cela est de la vie. De sorte que c'est une chose étonnante unique.

qu'elle se soit toujours conservée durant tant Ce peuple est le plus ancien qui soit dans la de siècles, parmi un peuple rebelle et impatient connoissance des hommes: ce qui me semble de comme celui-ci ; pendant que tous les autres voir lui attirer une vénération particulière, et états ont changé de temps en temps leurs lois, principalement dans la recherche que nous fai- quoique tout autrement faciles à observer. sons; puisque, si Dieu s'est de tout temps com

II. muniqué aux hommes, c'est à ceux-ci qu'il faut recourir pour en savoir la tradition.

Ce peuple est encore admirable en sincérité. Ce peuple n'est pas seulement considérable par son antiquité; mais il est encore singulier Moise déclare qu'ils ont toujours été ingrats en

Ils gardent avec amour et fidélité le livre où en sa durée, qui a toujours continué depuis son origine jusqu'à maintenant : car, au lieu que les vers Dieu, et qu'il sait qu'ils le seront encore peuples de la Grèce, d'Italie, de Lacédémone, la terre à témoin contre eux, qu'il le leur a assez

plus après sa mort; mais qu'il appelle le ciel et d'Athènes, de Rome, et les autres qui sont ve- dit : qu'enfin Dieu, s'irritant contre eux, les disnus si long-temps après, ont fini il y a longtemps, ceux-ci subsistent toujours, et malgré persera par tous les peuples de la terre : que, les entreprises de tant de puissants rois, qui n'étoient point leurs dieux, il les irritera en ap

comme ils l'ont irrité en adorant des dieux qui ont cent fois essayé de les faire périr, comme les historiens le témoignent, et comme il est pelant un peuple qui n'étoit point son peuple. aisé de le juger par l'ordre naturel des choses, de façons, ils le conservent aux dépens de leur

Cependant ce livre, qui les déshonore en tant pendant un si long espace d'années, ils se sont vie. C'est une sincérité qui n'a point d'exemple toujours conservés; et, s'étendant depuis les premiers temps jusqu'aux derniers, leur histoire dans le monde, ni sa racine dans la nature. enferme dans sa durée celle de toutes nos his

Au reste, je ne trouve aucun sujet de douter

de la vérité du livre qui contient toutes ces chotoires.

La loi par laquelle ce peuple est gouverné est ses ; car il y a bien de la différence entre un tout ensemble la plus ancienne loi du monde, livre que fait un particulier, et qu'il jette parmi la plus parfaite, et la seule qui ait toujours été le peuple, et un livre qui fait lui-même un peugardée sans interruption dans un état. C'est ce ple. On ne peut douter que le livre ne soit aussi

le peuple. que Philon, Juif, montre en divers lieux, et Jo

C'est un livre fait par des auteurs contemposèphe admirablement, contre Appion, où il fait voir qu'elle est si ancienne, que le nom même de rains. Toute histoire qui n'est pas contempoloi n'a été connu des plus anciens que plus de raine est suspecte, comme les livres des Sibylles mille ans après ; en sorte qu'Homère, qui a parlé et de Trismegiste, et tant d'autres qui ont eu

faux dans la de tant de peuples, ne s'en est jamais servi. Et il est aisé de juger de la perfection de cette loi suite des temps. Mais il n'en est pas de même

des auteurs contemporains. par sa simple lecture, où l'on voit qu'on y a pourvu à toutes choses avec tant de sagesse,

UI. tant d'équité, tant de jugement, que les plus anciens législateurs grecs et romains en ayant Qu'il y a de différence d'un livre à un autre! quelque lumière, en ont emprunté leurs prin- Je ne m'étonne pas de ce que les Grecs ont fait eipales lois ; ce qui paroît par celles qu'ils appel- l'Iliade, ni les Égyptiens et les Chinois leurs his

ancien que

toires. Il ne faut que voir comment cela est né. peuple juif, c'est qu'ayant dessein de priver les

Ces historiens fabuleux ne sont pas contem- siens des biens charnels et périssables, il vouporains des choses dont ils écrivent. Homère fait loit montrer, par tant de miracles, que ce n'étoit un roman, qu'il donne pour tel; car personne pas par impuissance. ne doutoit que Troie et Agamemnon n'avoient Ce peuple étoit plongé dans ces pensées ternon plus été que la pomme d'or. Il ne pensoit restres, que Dieu aimoit leur père Abraham, sa pas aussi à en faire une histoire, mais seulement chair et ce qui en sortiroit ; et que c'étoit

pour un divertissement. Son livre est le seul qui étoit cela qu'il les avoit multipliés, et distingués de de son temps : la beauté de l'ouvrage fait durer tous les autres peuples, sans souffrir qu'ils s'y la chose : tout le monde l'apprend et en parle : mêlassent; qu'il les avoit retirés de l'Égypte avec il faut la savoir; chacun la sait par coeur. Quatre tous ces grands signes qu'il fit en leur faveur ; cents ans après, les témoins des choses ne sont qu'il les avoit nourris de la manne dans le déplus vivants, personne ne sait plus par sa con- sert ; qu'il les avoit menés dans une terre heunoissance si c'est une fable ou une histoire : on reuse et abondante; qu'il leur avoit donné des l'a seulement apprise de ses ancêtres, cela peut rois, et un temple bien bâti, pour y offrir des passer pour vrai.

bêtes, et pour y être purifiés par l'effusion de

leur sang; et qu'il devoit leur envoyer le MesARTICLE VIII.

sie, pour les rendre maîtres de tout le monde.

Les Juifs étoient accoutumés aux grands et Des Juifs considérés par rapport à notre religion. éclatants miracles; et n'ayant regardé les grands I.

coups de la mer Rouge et la terre de Chanaan

que comme un abrégé des grandes choses de La création et le déluge étant passés, et Dieu leur Messie, ils attendoient de lui encore des ne devant plus détruire le monde, non plus que choses plus éclatantes, et dont tout ce qu'avoit le créer, ni donner de ces grandes marques de fait Moïse ne fût que l'échantillon. lui, il commença d'établir un peuple sur la terre,

Ayant donc vieilli dans ces erreurs charnelles, formé exprès, qui devoit durer jusqu'au peuple Jésus-Christ est venu dans le temps prédit, mais que le Messie formeroit par son esprit. non pas dans l'éclat attendu; et ainsi ils n'ont II.

pas pensé que ce fut lui. Après sa mort, saint

Paul est venu apprendre aux hommes que toutes Dieu , voulant faire paroître qu'il pouvoit for- ces choses étoient arrivées en figures; que le mer un peuple saint d'une sainteté invisible, et royaume de Dieu n'étoit pas dans la chair, mais le remplir d'une gloire éternelle, a fait dans les dans l'esprit; que les ennemis des hommes n'ébiens de la nature ce qu'il devoit faire dans ceux loient pas les Babyloniens, mais leurs passions; de la grace, afin qu'on jugeât qu'il pouvoit faire que Dieu ne se plaisoit pas aux temples faits de les choses invisibles, puisqu'il faisoit bien les vi- la main des hommes , mais dans un coeur pur et sibles. Il a donc sauvé son peuple du déluge dạns humilié; que la circoncision du corps étoit inula personne de Noé; il l'a fait naître d'Abraham; tile, mais qu'il falloit celle du coeur, etc. il l'a racheté d'entre ses ennemis, et l'a mis dans

IV. L'objet de Dieu n'étoit pas de sauver du dé

Dieu n'ayant pas voulu découvrir ces choses à luge, et de faire naître d'Abraham tout un peu- ce peuple qui en étoit indigne, et ayant voulu ple, simplement pour l'introduire dans une terre néanmoins les prédire, afin qu'elles fussent crues, abondante. Mais comme la nature est une image en avoit prédit le temps clairement, et les avoit de la grace, aussi ces miracles visibles sont les même quelquefois exprimées clairement, mais images des invisibles qu'il vouloit faire,

ordinairement en figures; afin que ceux qui aiIII.

moient les choses' figurantes s'y arrêtassent, et Une autre raison pour laquelle il a formé le C'est-à-dire, les choses charnelles qui serroient de figures.

le repos.

que ceux qui aimoient les figurées les y vissent., diligence, d'une fidélité, et d'un zèle extraordiC'est ce qui a fait qu'au temps du Messie les peu- naire, et connu de toute la terre. ples se sont partagés : les spirituels l'ont reçu, et Pour faire réussir tout cela , Dieu a choisi ce les charnels, qui l'ont rejeté, sont demeurés peuple charnel, auquel il a mis en dépôt les propour lui servir de témoins.

phéties qui prédisent le Messie comme libérateur

et dispensateur des biens charnels que ce peuple V.

aimoit; et ainsi il a eu une ardeur extraordiLes Juifs charnels n'entendoient ni la gran- tout le monde ces livres où le Messie est prédit :

naire pour ses prophètes, et a porté à la vue de deur, ni l'abaissement du Messie prédit dans leurs prophéties. Ils l'ont méconnu dans sa gran- en la manière prédite dans leurs livres, qu'ils

assurant toutes les nations qu'il devoit venir, et deur, comme quand il est dit que

le Messie sera

tenoient ouverts à tout le monde. Mais étant seigneur de David, quoique son fils; qu'ilest avant

déçus par l'avènement ignominieux et pauvre Abraham, et qu'il - l'a vu. Ils ne le croyoient du Messie, ils ont été ses plus grands ennemis. pas si grand, qu'il fût de toute éternité, et ils De sorte que voilà le peuple du monde le moins l'ont méconnu de même dans son abaissement et dans sa mort. Le Messie, disoient-ils, demeure suspect de nous favoriser, qui fait pour nous, et

qui, par le zèle qu'il a pour sa loi et pour ses éternellement, et celui-ci dit qu'il mourra. Ils ne le croyoient donc ni mortel, ni éternel : ils ne iude incorruptible, et sa condamnation, et nos

prophètes, porte et conserve avec une exacticherchoient en lui qu'une grandeur charnelle. Ils ont tant aimé les choses figurantes, et les preuves.

VIII. ont si uniquement attendues, qu'ils ont méconnu la réalité, quand elle est venue dans le temps et

Ceux qui ont rejeté et crucifié Jésus-Christ, en la manière prédite.

qui leur a été en scandale, sont eeux qui portent

les livres qui témoignent de lui , et qui disent VI.

qu'il sera rejeté et en scandale. Ainsi ils ont Ceux qui ont peine à croire, en cherchent un marqué que c'étoit lui en le refusant; et il a été sujet en ce que les Juifs ne croient pas. Si cela également prouvé, et par les Juifs justes qui étoit si clair, dit-on , pourquoi ne croyoient-ils l'ont reçu, et par les injustes qui l'ont rejeté : pas? Mais c'est leur refus même qui est le fon- l'un et l'autre ayant été prédits. dement de notre croyance. Nous y serions bien C'est pour cela que les prophéties ont un sens moins disposés, s'ils étoient des nôtres. Nous caché, le spirituel , dont ce peuple étoit ennemi, aurions alors un bien plus ample prétexte d'in- sous le charnel qu'il aimoit. Si le sens spirituel crédulité et de défiance. Cela est admirable, de eût été découvert, ils n'étoient pas capables de voir des Juifs, grands amateurs des choses prédi- l'aimer; et ne pouvant le porter, ils n'eussent tes, et grands ennemis de l'accomplissement, et pas eu de zèle pour la conservation de leurs livres que cette aversion même ait été prédite! et de leurs cérémonies. Et s'ils avoient aimé ces

promesses spirituelles, et qu'ils les eussent conVII.

servées incorrompues jusqu'au Messie, leur téIl falloit que, pour donner foi au Messie, il y eussent été amis. Voilà pourquoi il étoit bon que

moignage n'eût pas eu de force, puisqu'ils en cût des prophéties précédentes , et qu'elles fus- le sens spirituel fùt couvert. Mais, d'un autre sent portées par

des
gens non suspects, et d'une

côté, si ce sens eût été tellement caché, qu'il C'est-à-dire, les vérités spirituelles figurées par les n'eût point du tout paru , il n'eût pu servir de

? Ce dernier qu'il pourroit être équivoque, s'il n'étoit déter. preuve au Messie. Qu'a-t-il donc été fait? Ce sens miné par les textes évangéliques que l'auteur a ici en vue.

a été couvert sous le temporel dans la foule des Abraham votre père, dit Jésus-Christ, a desiré avec ardeur passages, et a été découvert clairement en quelde voir mon jour : il l'a vu, et il en a été comble de joie.oques uns: outre que le temps et l'état du monde Avant qu'Abraham fut, j'étois. (JEAN, 8, 56 et 58.) C'est donc Abraham qui a vu.

ont été prédits si clairement, que le soleil n'est

choses charnelles.

pas plus clair. Et ce sens spirituel est si claire- qu'en éclairant les uns il aveugle les autres, marment expliqué en quelques endroits, qu'il falloit quoit, en ceux mêmes qu'il aveugloit, la vérité un aveuglement pareil à celui que la chair jette qui devoit être connue des autres ; car les biens dans l'esprit quand il lui est assujetti , pour ne visibles qu'ils recevoient de Dieu étoient si grands pas le reconnoitre.

et si divins, qu'il paroissoit bien qu'il avoit le Voilà donc quelle a été la conduite de Dieu. pouvoir de leur donner les invisibles, et un Ce sens spirituel est couvert d'un autre en une Messie. infinité d'endroits, et découvert en quelques uns,

IX. rarement, à la vérité, mais en telle sorte, néanmoins, que les lieux où il est caché sont équi

Le temps du premier avènement de Jésusvoques, et peuvent convenir aux deux : au lieu Christ est prédit ; le temps du second ne l'est que les lieux où il est découvert sont univoques, point', parceque le premier devoit être cache, et ne peuvent convenir qu'au sens spirituel.

au lieu que le second doit être éclatant, et telDe sorte que cela ne pouvoit induire en er

lement manifeste, que ses ennemis mêmes le reur, et qu'il n'y avoit qu'un peuple aussi char- reconnoitront. Mais comme il ne devoit venir nel que celui-là qui pût s'y méprendre.

qu'obscurément, et pour être connu seulement Car quand les biens sont promis en abon- de ceux qui sonderoient les Écritures, Dieu avoit dance, qui les empêchoit d'entendre les vérita- tellement disposé les choses, que tout servoit à bles biens, sinon leur cupidité, qui déterminoit le faire reconnoitre. Les Juifs le prouvoient en ce sens aux biens de la terre? Mais ceux qui

le recevant: car ils étoient les dépositaires des n'avoient des biens qu'en Dieu les rapportoient prophéties ; et ils le prouvoient aussi en ne le uniquement à Dieu. Car il y a deux principes recevant point, parcequ'en cela ils accomplisqui partagent les volontés des hommes, la cu

soient les prophéties. pidité et la charité. Ce n'est pas que la cupidité

X. ne puisse demeurer avec la foi, et que la charité ne subsiste avec les biens de la terre. Mais la

Les Juifs avoient des miracles, des propheties cupidité use de Dieu et jouit du monde ; et la qu'ils voyoient accomplir; et la doctrine de leur charité, au contraire, use du monde et jouit de loi étoit de n'adorer et de n’aimer qu’un Dieu; Dieu.

elle étoit aussi perpétuelle. Ainsi elle avoit toutes Or, la dernière fin est ce qui donne le nom

les marques de la vraie religion : aussi l'étoit-elle. aux choses. Tout ce qui nous empêche d'y arriver Mais il faut distinguer la doctrine des Juifs d'avec est appelé ënneri. Ainsi les créatures, quoique la doctrine de la loi des Juifs. Or, la doctrine bonnes, sont ennemies des justes, quand elles des Juifs n'étoit pas vraie , quoiqu'elle eût les les détournent de Dieu; et Dieu même est l'en- miracles, les prophéties et la perpétuité, parcenemi de ceux dont il trouble la convoitise.

qu'elle n'avoit pas cet autre point de n'adorer

. Ainsi le mot d'ennemi dépendant de la der- et de n'aimer que Dieu. nière fin, les justes entendoient par-là leurs

La religion juive doit donc être regardée difpassions, et les charnels entendoient par-là les féremment dans la tradition de leurs saints et Babyloniens : de sorte que ces termes n'étoient dans la tradition du peuple. La morale et la feobscurs que pour les injustes. Et c'est ce que dit licité en sont ridicules dans la tradition du peuIsaie : Signa legem in discipulis meis (Is., 8, 16); ple; mais elle est incomparable dans celle de et que Jésus-Christ sera pierre de scandale (16., 8,14). Mais bienheureux ceux qui ne seront point l'est pas aussi clairement; car les trois temps et demi de

· Au lieu de la négation absolue, l'auteur auroit pu dire , ne scandalisés en lui. (Matth., 11, 16.) Osée le dit Daniel (Dan., 7, 25, et 12, 7) et les quarante-deux mois de aussi parfaitement : est le sage, et il entendra

saint Jean ( Apoc., 11, 2, et 13, 5) paroissent conduire la, sui

vant les théologiens. Mais que signifient ces temps et ces mois ? ce que je dis? Car les voies de Dieu sont droites; c'est ce que l'écriture ne dit pas. Jésus-Christ annonce aussi les les justes y marcheront , mais les méchants y tré- signes qui précéderont la fin du monde, et il ajoute : Lorsque bucheront. (OSÉE, 14, 10.)

rous verrez toutes ces choses , sachez que le fils de l'homme

est prés. (MATTH., 24, 33. MARC, 12, 29. Lec, 24, 31.) Et cependant ce testament fait de telle sorte,

(Note de l'édit. de 1787.)

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