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tellement visibles, qu'il faut nécessairement que que vous êtes, et regardez les bêtes dont vous
la véritable religion nous enseigne qu'il y a en êtes le compagnon.
lui quelque grand principe de grandeur, et en Que deviendra donc l'homme ? Sera-t-il égal
même temps quelque grand principe de misère. à Dieu ou aux bêtes ? Quelle effroyable distance !
Car il faut que la véritable religion connoisse à Que serons-nous donc? Quelle religion nous en-
fond notre nature ; c'est-à-dire, qu'elle connoisse seignera à guérir l'orgueil et la concupiscence?
tout ce qu'elle a de grand et tout ce qu'elle a de Quelle religion nous enseignera notre bien, nos
misérable, et la raison de l'un et de l'autre. Il devoirs, les foiblesses qui nous en détournent,
faut encore qu'elle nous rende raison des éton- les remèdes qui peuvent les guérir, et le moyen
nantes contrariétés qui s'y rencontrent. S'il y a d'obtenir ces remèdes ? Voyons ce que nous dit
un seul principe de tout, une seule fin de tout, sur cela la sagesse de Dieu, qui nous parle dans
il faut que la vraie religion nous enseigne à n'a- la religion chrétienne.
dorer que lui et à n'aimer que lui. Mais comme C'est en vain, ô homme! que vous cherchez
nous nous trouvons dans l'impuissance d'adorer dans vous-

même le remède à vos misères. Toutes ce que nous ne connoissons pas, et d'aimer au-vos lumières ne peuvent arriver qu'à connoiure tre chose que nous, il faut que la religion , qui que ce n'est point en vous que vous trouverez ni instruit de ces devoirs, nous instruise aussi de la vérité ni le bien. Les philosophes vous l'ont cette impuissance, et qu'elle nous en apprenne promis, ils n'ont pu le faire'. Ils ne savent ni les remèdes.

quel est votre véritable bien, ni quel est votre Il faut, pour rendre l'homme heureux, qu'elle véritable état. Comment auroient-ils donné des lui montre qu'il y a un Dieu; qu'on est oblige remèdes à vos maux, puisqu'ils ne les ont pas de l'aimer; que notre véritable félicité est d'être seulement connus ? Vos maladies principales sont à lui, et notre unique mal d'être séparés de lui; l'orgueil, qui vous soustrait à Dieu, et la concuqu'elle nous apprenne que nous sommes pleins piscence, qui vous attache à la terre; et ils n'ont de ténèbres qui nous empêchent de le connoître fait autre chose qu'entretenir au moins une de et de l'aimer; et qu'ainsi, nos devoirs nous obli- ces maladies. S'ils vous ont donné Dieu pour obgeant d'aimer Dieu, et notre concupiscence nous jet, ce n'a été que pour exercer votre orgueil. en détournant, nous sommes pleins d'injustice. Ils vous ont fait penser que vous lui êtes semU faut qu'elle nous rende raison de l'opposition | blable par votre nature. Et ceux qui ont vu la que nous avons à Dieu et à notre propre bien ; vanité de cette prétention vous ont jeté dans il faut qu'elle nous en enseigne les remèdes , et l'autre précipice, en vous faisant entendre que les moyens d'obtenir ces remèdes. Qu'on exa- votre nature étoit pareille à celle des bêtes, et mine sur cela toutes les religions du monde, el vous ont porté à chercher votre bien dans les qu'on voie s'il y en a une autre que la chrétienne concupiscences, qui sont le partage des animaux. qui y satisfasse.

Ce n'est pas là le moyen de vous instruire de vos Sera-ce celle qu'enseignoient les philosophes, injustices. N'attendez donc ni vérité, ni consoqui nous proposent pour tout bien un bien qui lation des hommes. Je suis celle qui vous ai forest en nous? Est-ce là le vrai bien? Ont-ils trouvé mé, et qui puis seule vous apprendre qui vous le remède à nos maux ? Est-ce avoir guéri la êtes. Mais vous n'êtes plus maintenant en l'état présomption de l'homme, que de l'avoir égalé à où je vous ai formé. J'ai créé l'homme, saint, Dieu? Et ceux qui nous ont égalés aux bètes, et innocent, parfait; je l'ai rempli de lumière et qui nous ont donné les plaisirs de la terre pour d'intelligence ; je lui ai communiqué ma gloire tout bien, ont - ils apporté le remède à nos con- et mes merveilles. L'oeil de l'homme voyoit alors cupiscences? Levez vos yeux vers Dieu, disent la majesté de Dieu. Il n'étoit pas dans les ténèbres les uns : voyez celui auquel vous ressemblez, et qui l'aveuglent, ni dans la mortalité et dans les qui vous a fait pour l'adorer ; vous pouvez vous misères qui l'affligent. Mais il n'a pu soutenir tant rendre semblable à lui; la sagesse vous y éga- de gloire sans tomber dans la présomption. Il a lera , si vous voulez la suivre. Et les autres di

C'est-)-dire, n'ont put trouver la vérilc à l'aide des lu. sent : Baissez vos yeux vers la terre, chétif ver I mières de la raison.

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voulu se rendre centre de lui-même, et indépen- sentons une image de la vérité, et ne possédons
dant de mon secours. Il s'est soustrait à ma do- que le mensonge : incapables d'ignorer absolu-
mination; et s'égalant à moi par le desir de trou- ment, et de savoir certainement; tant il est ma-
ver sa félicité en lui-même, je l'ai abandonné à nifeste que nous avons été dans un degré de
lui; et révoltant toutes les créatures qui lui perfection dont nous sommes malheureusement
étoient soumises, je les lui ai rendues ennemies : tombés !
en sorte qu'aujourd'hui l'homme est devenu sem-

Qu'est-ce donc que nous crie cette avidité et blable aux bêtes, et dans un tel éloignement de cette impuissance, sinon qu'il y a eu autrefois moi, qu'à peine lui reste-t-il quelque lumière en l'homme un véritable bonheur, dont il ne lui confuse de son auteur, tant toutes ses connois- reste maintenant que la marque et la trace toute sances ont été éteintes ou troublées ! Les sens, in- vide, qu'il essaie inutilement de remplir de tout dépendants de la raison , et souvent maîtres de ce qui l'environne, en cherchant dans les choses la raison, l'ont emporté à la recherche des plai- absentes le secours qu'il n'obtient pas des présensirs. Toutes les créatures ou l'affligent, ou le tes, et que les unes et les autres sont incapables tentent, et dominent sur lui, ou en le soumet- de lui donner, parceque ce gouffre infini ne peut tant par leur force, ou en le charmant par leurs étre rempli que par un objet infini et immuable? douceurs : ce qui est encore une domination plus

IV. terrible et plus impérieuse.

Voilà l'état où les hommes sont anjourd'hui. Chose étonnante cependant, que le mystère Il leur reste quelque instinct puissant du bon- le plus éloigné de notre connoissance, qui est heur de leur première nature, et ils sont plongés celui de la transmission du péché originel, soit dans les misères de leur aveuglement et de leur une chose dans laquelle nous ne pouvons avoir concupiscence, qui est devenue leur seconde aucune connoissance de nous-mêmes ! Car il est nature.

sans doute qu'il n'y a rien qui choque plus notre II.

raison que de dire que le péché du premier

homme ait rendu coupables ceux qui, étant si De ces principes que je vous ouvre, vous pou- éloignés de cette source, semblent incapables vez reconnoitre la cause de tant de contrariétés d'y participer. Cet écoulement ne nous paroit qui ont étonné tous les hommes, et qui les ont pas seulement impossible, il nous semble même partagés. Observez maintenant tous les mouve très injuste : car qu'y a-t-il de plus contraire aux ments de grandeur et de gloire que le sentiment règles de notre misérable justice que de damner de tant de misères ne peut étouffer, et voyez s'il éternellement un enfant incapable de volonté, ne faut pas que la cause en soit une autre nature.

pour un péché où il paroît avoir eu si peu de III.

part, qu'il est commis six mille ans avant qu'il

fût en être ? Certainement rien ne nous heurte Connoissez donc, superbe, quel paradoxevous plus rudement que cette doctrine ; et cependant, èles à vous-même. Humiliez-vous, raison impuis- sans ce mystère, le plus incompréhensible de sante; taisez-vous, nature imbécile; apprenez tous, nous sommes incompréhensibles à nousque l'homme passe infiniment l'homme, et en-mêmes. Le noeud de notre condition prend ses lendez de votre maître votre condition véritable, retours et ses plis dans cet abyme. De sorte que que vous ignorez.

l'homme est plus inconcevable sans ce mystère Car enfin, si l'homme n'avoit jamais été cor- que ce mystère n'est inconcevable à l'homme. rompu, il jouiroit de la vérité et de la felicité Le péché originel est une folie devant les homavec assurance. Et si l'homme n'avoit jamais été mes ; mais on le donne pour tel. On ne doit donc que corrompu , il n'auroit aucune idée, ni de la pas reprocher le défaut de raison en cette docvérité, ni de la beatitude. Mais malheureux que trine, puisqu'on ne prétend pas que la raison nous sommes, et plus que s'il n'y avoit aucune puisse y atteindre. Mais cette folie est plus sage grandeur dans notre condition, nous avons une que toute la sagesse des hommes : Quod stultum idée du bonheur, et ne pouvons y arriver ; nous est Dei, sapientius est hominibus. (I. Cor.,1,25.)

coeur.

Car, sans cela, que dira-t-on qu'est l'homme? | vanité, mais c'étoit en se précipitant dans le Tout son état dépend de ce point imperceptible. désespoir. Et comment s'en fût-il aperçu par sa raison, De là viennent les diverses sectes des stoïciens puisque c'est une chose au-dessus de sa raison ; et des épicuriens, des dogmatistes et des acadéet que sa raison, bien loin de l'inventer par ses miciens, etc. La seule religion chrétienne a pu voies, s'en éloigne quand on le lui présente? guérir ces deux vices, non pas en chassant l'un

et l'autre par la sagesse de la terre, mais en V.

chassant l'un et l'autre par la simplicitédel'ÉvanCes deux états d'innocence et de corruption gile. Carelle apprend aux justes, qu'elle élèvejusétant ouverts, il est impossible que nous ne les qu'à la participation de la Divinité même, qu'en reconnoissions pas. Suivons nos mouvements, ce sublime état ils portent encore la source de observons-nous nous-mêmes, et voyons si nous toute la corruption, qui les rend, durant toute n'y trouverons pas les caractères vivants de ces la vie, sujets à l'erreur, à la misère, à la mort, deux natures. Tant de contradictions se trouve au péché; et elle crie aux plus impies qu'ils sont roient-elles dans un sujet simple ?

capables de la grace de leur Rédempteur. Ainsi, Cette duplicité de l'homme est si visible, qu'il donnant à trembler à ceux qu'elle justifie, et cony en a qui ont pensé que nous avions deux ames: solant ceux qu'elle condamne, elle tempère avec un sujet simple leur paroissant incapable de tant de justesse la crainte avec l'espérance, par telles et si soudaines variétés, d'une présomp- cette double capacité qui est commune à tous, tion démesurée à un horrible abattement de et de la grace et du péché, qu'elle abaisse in

finiment plus que la seule raison ne peut faire, Ainsi toutes ces contrariétés, qui sembloient mais sans désespérer; et qu'elle élève infiniment devoir le plus éloigner les hommes de la connois plus que l'orgueil de la nature, mais sans enfler : sance d'une religion, sont ce qui doit plus tôt faisant bien voir par-là qu'étant seule exempte les conduire à la véritable.

d'erreur et de vice, il n'appartient qu'à elle, et Pour moi, j'avoue qu'aussitôt que la religion d'instruire, et de corriger les hommes. chrétienne découvre ce principe, que la nature des hommes est corrompue et déchue de Dieu,

VI. cela ouvre les yeux à voir par-tout le caractère de cette vérité : car la nature est telle, qu'elle ni la nature de son péché, ni la transmission qui

Nous ne concevons ni l'état glorieux d'Adam, marque par-tout un Dieu perdu, et dans l'homme, et hors de l'homme.

s'en est faite en nous. Ce sont choses qui se sont Sans ces divines connoissances, qu'ont pu faire passées dans un état de nature tout différent du les hommes, sinon, ou s'élever dans le sentiment nôtre, et qui passent notre capacité présente. intérieur qui leur reste de leur grandeur passée, tir de nos misères; et tout ce qu'il nous importe

Ainsi tout cela nous est inutile à savoir pour sorou s'abattre dans la vue de leur foiblesse pré- de connoitre, c'est que par Adam nous sommes sente? Car, ne voyant pas la vérité entière, ils n'ont pu arriver à une parfaite vertu. Les uns, rachetés par Jésus-Christ; et c'est de quoi nous

misérables, corrompus, séparés de Dieu, mais considérant la nature comme interrompue, les autres comme irreparable, ils n'ont pu fuir, ou

admirables sur la terre.

preuves l'orgueil, ou la paresse, qui sont les deux sources

VII. de tous les vices; puisqu'ils ne pouvoient, sinon, ou s'y abandonner par lâcheté, ou en sortir par Le christianisme est étrange! Il ordonne à l'orgueil. Car s'ils connoissoient l'excellence de l'homme de reconnoître qu'il est vil, et même l'homme, ils en ignoroient la corruption ; de abominable; et il lui ordonne en même temps sorte qu'ils évitoient bien la paresse, mais ils se de vouloir être semblable à Dieu. Sans un tel perdoient dans l'orgueil. Et s'ils reconnoissoient contre-poids, cette élévation le rendroit horril'infirmité de la nature, ils en ignoroient la di- blement vain, ou cet abaissement le rendroit gnité; de sorte qu'ils pouvoient bien éviter la horriblement abject.

avons des

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La misère porte au désespoir : la grandeur sont capables d'être unis à Dieu, n'est autre chose inspire la présomption.

que la vue de leur bassesse. Mais s'ils l'ont bien VIII.

sincère, qu'ils la suivent aussi loin que moi, et

qu'ils reconnoissent que cette bassesse est telle L'incarnation montre à l'homme la grandeur en effet, que nous sommes par nous-mêmes inde sa misère , par la grandeur du remède qu'il capables de connoître si sa miséricorde ne peut a fallu.

pas nous rendre capables de lui. Car je voudrois IX.

bien savoir d'où cette créature, qui se reconnoît On ne trouve pas dans la religion chrétienne si foible, a le droit de mesurer la miséricorde de un abaissement qui nous rende incapables du Dieu , et d'y mettre les bornes que sa fantaisie bien, ni une sainteté exempte du mal. Il n'y a lui suggère. L'homme sait si peu ce que c'est que point de doctrine plus propre à l'homme que

lui: et celle-là, qui l'instruit de sa double capacité de tout troublé de la vue de son propre état, il ose recevoir et de perdre la grace, à cause du dou- dire que Dieu ne peut pas le rendre capable de ble péril où il est toujours exposé, de désespoir sa communication ! Mais je voudrois lui demanou d'orgueil.

sinon qu'il l'aime et le connoisse ; et pourquoi il croit X.

que Dieu ne peut se rendre connoissable et aiLes philosophes ne prescrivoient point des mable à lui , puisqu'il est naturellement capable sentiments proportionnés aux deux états. Ils in- d'amour et de reconnoissance. Car il est sans spiroient des mouvements de grandeur pure, et doute qu'il connoît au moins qu'il est , et qu'il ce n'est pas l'état de l'homme. Ils inspiroient des aime quelque chose. Donc s'il voit quelque chose mouvements de bassesse pure, et c'est aussi peu dans les ténèbres où il est, et s'il trouve quelque l'état de l'homme. Il faut des mouvements de sujet d'amour parmi les choses de la terre, pourbassesse, non d'une bassesse de nature, mais de quoi, si Dieu lui donne quelques rayons de son pénitence; non pour y demeurer, mais pour al- essence, ne sera-t-il pas capable de le connoître ler à la grandeur. Il faut des mouvements de et de l'aimer en la manière qu'il lui plaira de se grandeur, mais d'une grandeur qui vienne de la communiquer à lui? Il y a donc sans doute une grace, et non du mérite, et après avoir passé par présomption insupportable dans ces sortes de la bassesse.

raisonnements, quoiqu'ils paroissent fondés sur

une humilité apparente, qui n'est ni sincère, ni Nul n'est heureux comme un vrai chrétien, raisonnable, si elle ne nous fait confesser que, ni raisonnable, ni vertueux, ni aimable. Avec ne sachant de nous - mêmes qui nous sommes , combien peu d'orgueil un chrétien se croit-il

nous ne pouvons l'apprendre que de Dieu. unià Dieu! avec combien peu d'abjection s'égale

ARTICLE VI. t-il aux vers de la terre! Qui peut donc refuser à ces célestes lumières

Soumission et usage de la raison. de les croire et de les adorer? Car n'est-il pas plus clair que le jour que nous sentons en nous

I. mèmes des caractères ineffaçables d'excellence? Et n'est-il pas aussi véritable que nous éprou

La dernière démarche de la raison, c'est de vons à toute heure les effets de notre deplorable connoitre qu'il y a une infinité de choses qui la condition? Que nous crie donc ce chaos et cette surpassent. Elle est bien foible si elle ne va jusconfusion monstrueuse, sinon la vérité de ces que-là. Il faut savoir douter où il faut, deux états, avec une voix si puissante, qu'il est où il faut , se soumettre où il faut. Qui ne fait impossible d'y résister?

ainsi, n'entend pas la force de la raison. Il y en

a qui pèchent contre ces trois principes, ou en XII.

assurant tout comme démonstratif, manque de Ce qui détourne les hommes de croire qu'ils se connoître en démonstrations; ou en doutant

XI.

assurer merce.

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de tout, manque de savoir où il faut se soumettre; disgrace. Elle consiste à connoftre qu'il y a une ou en se soumettant en tout, manque de savoir opposition invincible entre Dieu et nous; et que, où il faut juger.

sans un médialeur, il ne peut y avoir de comII.

VI. Si on soumet tout à la raison, notre religion n'aura rien de mystérieux ni de surnaturel. Si Ne vous étonnez pas de voir des personnes on choque les principes de la raison , notre re- simples croire sans raisonnement. Dieu leur donne ligion sera absurde et ridicule.

l'amour de sa justice et la haine d'eux-mêmes. JI La raison, dit saint Augustin , ne se soumet- incline leur cæur à croire. On ne croira jamais troit jamais, si elle ne jugeoit qu'il y a des occa- d'une croyance utile et de foi, si Dieu n'incline sions où elle doit se soumettre. Il est donc juste le coeur; et on croira dès qu'il l'inclinera. Et qu'elle se soumette quand elle juge qu'elle doit c'est ce que David connoissoit bien lorsqu'il dise soumettre; et qu'elle ne se soumette pas ,

soit : Inclina cor meum, Deus, in testimonia tua. quand elle juge avec fondement qu'elle ne doit (Ps., 118, 36.) pas le faire : mais il faut prendre garde à ne pas

VII. se tromper.

Ceux qui croient sans avoir examiné les preu

ves de la religion, croient parcequ'ils ont une La piété est différentede la superstition. Pous disposition intérieure toute sainte, et que ce ser la piété jusqu'à la superstition, c'est la dé- qu'ils entendent dire de notre religion y est contruire. Les hérétiques nous reprochent cette sou- forme. Ils sentent qu'un Dieu les a faits. Ils ne mission superstitieuse. C'est faire ce qu'ils nous veulent aimer que lui ; ils ne veulent hair qu'euxreprochent , que d'exiger cette soumission dans mêmes. Ils sentent qu'ils n'en ont pas la force; les choses qui ne sont pas matière de soumission. qu'ils sont incapables d'aller à Dieu ; et que, si

Il n'y a rien de si conforme à la raison que le Dieu ne vient à eux, ils ne peuvent avoir aucune désaveu de la raison dans les choses qui sont de communication avec lui. Et ils entendent dire foi, et rien de si contraire à la raison que le dés- dans notre religion qu'il ne faut aimer que Dieu, aveu de la raison dans les choses qui ne sont

et ne haïr que soi – même : mais qu'étant tous pas de foi. Ce sont deux excès également dan- corrompus et incapables de Dieu, Dieu s'est fait

homme gereux, d'exclure la raison, de n'admettre

pour s'unir à nous. Il n'en faut pas da

que la raison.

vantage pour persuader des hommes qui ont IV.

cette disposition dans le coeur, et cette connois

sance de leur devoir et de leur incapacité. La foi dit bien ce que les sens ne disent pas, mais jamais le contraire. Elle est au-dessus , et

VIIJ. non pas contre. V.

Ceux que nous voyons chrétiens sans la con

noissance des prophéties et des preuves, ne laisSi j'avois vu un miracle, disent quelques gens, sent pas d'en juger aussi bien que ceux qui ont je me convertirois. Ils ne parleroient pas ainsi, cette connoissance. Ils en jugent par le coeur s'ils savoient ce que c'est que conversion. Ils comme les autres en jugent par l'esprit. C'est s'imaginent qu'il ne faut pour cela que recon- Dieu lui-même qui les incline à croire; et ainsi noitre qu'il y a un Dieu, et que l'adoration con- ils sont très efficacement persuadés. siste à lui tenir de certains discours, tels à- J'avoue bien qu'un deces chrétiens qui croient peu-près que les païens en faisoient à leurs ido- sans preuves n'aura peut-être pas de quoi conles. La conversion véritable consiste à s'anéantir vaincre un infidèle qui en dira autant de soi. devant cet Étre souverain qu'on a irrité tant de Mais ceux qui savent les preuves de la religion fois, et qui peut nous perdre légitimement à prouveront sans difficulté que ce fidèle est véritoute heure; à reconnoître qu'on ne peut rien tablement inspiré de Dieu, quoiqu'il ne pût sans lui, et qu'on n'a rien mérité de lui que sa prouver lui-même.

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