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tre de ces grandeurs; mais, comme elles sont | Si vous le faisiez, elle vous est acquise, et je ne d'une nature différente, nous leur devons aussi pourrois vous la refuser avec justice; mais si différents respects. Aux grandeurs d'établis- vous ne le faisiez pas, vous seriez injuste de me sement, nous leur devons des respects d’éta- la demander ; et assurément vous n'y réussiblissement, c'est-à-dire certaines cérémonies riez pas, fussiez-vous le plus grand prince du extérieures, qui doivent être néanmoins accom- monde. pagnées, comme nous l'avons montré, d'une

III. reconnoissance intérieure de la justice de cet ordre, mais qui ne nous font pas concevoir quel- Je veux donc vous faire connoitre votre conque qualité réelle en ceux que nous honorons dition véritable ; car c'est la chose du monde de cette sorte. Il faut parler aux rois à genoux: que les personnes de votre sorte ignorent le il faut se tenir debout dans la chambre des plus. Qu'est-ce, à votre avis, que d'être grand princes. C'est une sottise et une bassesse d'es- seigneur? C'est être maître de plusieurs objets prit que de leur refuser ces devoirs.

de la concupiscence des hommes, et pouvoir Mais pour les respects naturels, qui consis- ainsi satisfaire aux besoins et aux desirs de plutent dans l'estime, nous ne les devons qu'aux sieurs. Ce sont ces besoins et ces desirs qui les grandeurs naturelles; et nous devons, au con- attirent auprès de vous, et qui vous les assujettraire, le mépris et l'aversion aux qualités con- tissent : sans cela ils ne vous regarderoient pas traires à ces grandeurs naturelles. Il n'est pas seulement; mais ils espèrent, par ces services nécessaire, parceque vous êtes duc, que je vous et ces déférences qu'ils vous rendent, obtenir estime; mais il est nécessaire que je vous salue. de vous quelque part de ces biens qu'ils desiSi vous êtes duc et honnête homme, je rendrai rent, et dont ils voient que vous disposez. ce que je dois à l'une et à l'autre de ces quali- Dieu est environné de gens pleins de charité, tés. Je ne vous refuserai point les cérémonies qui lui demandent les biens de la charité qui que mérite votre qualité de duc, ni l'estime que sont en sa puissance : ainsi il est proprement mérite celle d'honnête homme. Mais si vous le roi de la charité. étiez duc sans être honnête homme, je vous fe- Vous êtes de même environné d'un petit nomrois encore justice; car en vous rendant les bre de personnes sur qui vous régnez en votre devoirs extérieurs que l'ordre des honımes a manière. Ces gens sont pleins de concupiscence. attachés à votre qualité, je ne manquerois pas Ils vous demandent les biens de la concupisd'avoir pour vous le mépris intérieur que mé- cence. C'est la concupiscence qui les attache à riteroit la bassesse de votre esprit.

vous. Vous êtes donc proprement un roi de Voilà en quoi consiste la justice de ces de concupiscence. Votre royaume est de peu d'évoirs. Et l'injustice consiste à attacher les res- tendre; mais vous êtes égal, dans le genre de pects naturels aux grandeurs d'établissement, royauté, aux plus grands rois de la terre. Ils ou à exiger les respects d'établissement pour sont comme vous des rois de concupiscence. les grandeurs naturelles. Monsieur N. est un C'est la concupiscence qui fait leur force; c'estplus grand geomètre que moi ; en cette qualité, à-dire, la possession des choses que la cupidité il veut passer devant moi : je lui dirai qu'il n'y des hommes desire. entend rien. La géométrie est une grandeur na

"Mais en connoissant votre condition natuturelle ; elle demande une préférence d'estime; relle, usez des moyens qui lui sont propres, et mais les hommes n'y ont attaché aucune préfé- ne prétendez pas régner par une autre voie que rence extérieure. Je passerai donc devant lui, par celle qui vous fait roi. Ce n'est point votre et l'estimerai plus que moi, en qualité de géo- force et votre puissance naturelle qui vous asmètre. De même, si, étant duc et pair, vous sujettit toutes ces personnes. Ne prétendez ne vous contentiez pas que je me tinsse décou- donc pas les dominer par la force, ni les traiter vert devant vous, et que vous voulussiez encore avec dureté. Contentez leurs justes desirs; souque je vous estimasse, je vous prierois de me lagez leurs nécessités ; mettez votre plaisir à montrer les qualités qui méritent mon estime. I être bienfaisant; avancez-les autant que vous le

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pourrez, et vous agirez en vrai roi de concu- sion et l'embarras de l'homme, lorsqu'il n'a piscence.

point d'autre lumière que celle qu'il trouve Ce que je vous dis ne va pas bien loin; et si dans sa nature. vous en demeurez là, vous ne laisserez pas de Les principales raisons des pyrrhoniens sont vous perdre; mais au moins vous vous perdrez que nous n'avons aucune certitude de la vérité en honnête homme. Il y a des gens qui se dam- des principes, hors la foi et la révélation, sinon nent si sottement, par l'avarice, par la bruta- en ce que nous les sentons naturellement en lité, par la débauche, par la violence, par les nous. Or ce sentiment naturel n'est pas une emportements, par les blasphèmes ! Le moyen preuve convaincante de leur vérité, puisque, que je vous ouvre est sans doute plus honnête; n'y ayant point de certitude hors la foi, si mais c'est toujours une grande folie que de se l'homme est créé par un Dieu bon, ou par un damner : et c'est pourquoi il ne faut pas en de- démon méchant , s'il a été de tout temps, ou meurer là. Il faut mépriser la concupiscence et s'il s'est fait par hasard, il est en doute si ces son royaume, et aspirer à ce royaume de cha- principes nous sont donnés, ou véritables, ou rité où tous les sujets ne respirent que la cha- faux, ou incertains, selon notre origine. De rité, et ne desirent que les biens de la charité. plus, que personne n'a d'assurance hors la foi, D'autres que moi vous en diront le chemin ; il s'il veille, ou s'il dort, vu que, durant le somme suffit de vous avoir détourné de ces voies meil, on ne croit pas moins fermement veiller brutales où je vois que plusieurs personnes de qu'en veillant effectivement. On croit voir les qualité se laissent emporter, faute de bien en espaces, les figures, les mouvements; on sent connoître la véritable nature.

couler le temps, on le mesure, et enfin on agit de même qu'éveillé. De sorte que, la moitié de

la vie se passant en sommeil par notre propre SECONDE PARTIE,

aveu, où, quoi qu'il nous en paroisse, nous

n'avons aucune idée du vrai , tous nos sentiCONTENANT LES PENSÉES IMMÉDIATEMENT ments étant alors des illusions ; qui sait si cette RELATIVES A LA RELIGION.

autre moitié de la vie où nous pensons veiller n'est pas un sommeil un peu différent du pre

mier dont nous nous éveillons quand nous penARTICLE PREMIER.

sons dormir, comme on rêve souvent qu'on

rêve en entassant songes sur songes ? Contrariétés étonnantes qui se trouvent dans la Je laisse les discours que font les pyrrho

nature de l'homme à l'égard de la vérité, du niens contre les impressions de la coutume, de bonheur, et de plusieurs autres choses. l'éducation, des mæurs , des pays, et les au

tres choses semblables , qui entraînent la plus I.

grande partie des hommes qui ne dogmatisent Rien n'est plus étrange dans la nature de que sur ces vains fondements. l'homme que les contrariétés qu'on y découvre L'unique fort des dogmatistes, c'est qu'en à l'égard de toutes choses. Il est fait pour con- parlant de bonne foi et sincèrement, on ne peut noître la vérité; il la desire ardemment, il la douter des principes naturels. Nous connoischerche ; et cependant, quand il tâche de la sons, disent-ils, la vérité, non seulement par saisir , il s'éblouit et se confond de telle sorte, raisonnement, mais aussi par sentiment, et par qu'il donne sujet de lui en disputer la posses- une intelligence vive et lumineuse; et c'est de sion. C'est ce qui a fait naître les deux sectes cette dernière sorte que nous connoissons les de pyrrhoniens et de dogmatistes, dont les uns premiers principes. C'est en vain que le raisonont voulu ravir à l'homme toute connoissance nement, qui n'y a point de part, essaie de les de la vérité, et les autres tâchent de la lui as- combattre. Les pyrrhoniens, qui n'ont que cela surer; mais chacun avec des raisons si peu pour objet, y travaillent inutilement. Nous savraisemblables , qu'elles augmentent la confu- | vons que nous ne rêvons point, quelque impuissance où nous soyons de le prouver par raison. I guer jusqu'à ce point. Dira-t-il, au contraire, Cette impuissance ne conclut autre chose que qu'il possède certainement la vérité, lui qui, la foiblesse de notre raison, mais non pas l'in- si peu qu'on le pousse, ne peut en montrer aucertitude de toutes nos connoissances, comme cun titre, et est forcé de lâcher prise? ils le prétendent : car la connoissance des

pre- Qui démêlera cet embrouillement? La nature miers principes, comme, par exemple , qu'il y confond les pyrrhoniens, et la raison confond a espace, temps , mouvement , nombre, matière, les dogmatistes. Que deviendrez-vous donc, o est aussi ferme qu'aucune de celles que nos rai- homme! qui cherchez votre véritable condition sonnements nous donnent. Et c'est sur ces con- par votre raison naturelle ? Vous ne pouvez noissances d'intelligence et de sentiment qu'il fuir une de ces sectes, ni subsister dans aufaut que la raison s'appuie, et qu'elle fonde cune. Voilà ce qu'est l'homme à l'égard de la tout son discours. Je sens qu'il y a trois di- vérité. mensions dans l'espace, et que les nombres Considérons-le maintenant à l'égard de la fésont infinis; et la raison démontre ensuite qu'il licité qu'il recherche avec tant d'ardeur en n'y a point deux nombres carrés, dont l’un toutes ses actions; car tous les hommes desisoit double de l'autre. Les principes se sentent; rent d'être heureux : cela est sans exception. les propositions se concluent ; le tout avec cer- Quelque différents moyens qu'ils y emploient, titude, quoique par différentes voies. Et il est ils tendent tous à ce but. Ce qui fait que l'un aussi ridicule que la raison demande au senti- va à la guerre, et que l'autre n'y va pas, c'est ment et à l'intelligence des preuves de ces pre- ce même desir qui est dans tous les deux, acmiers principes pour y consentir, qu'il seroit compagné de différentes vues. La volonté ne ridicule que l'intelligence demandât à la raison fait jamais la moindre démarche que vers cet un sentiment de toutes les propositions qu'elle objet. C'est le motif de toutes les actions de démontre. Cette impuissance ne peut donc ser- tous les hommes, jusqu'à ceux qui se tuent et vir qu'à humilier la raison qui voudroit juger qui se pendent. Et cependant, depuis un si de tout, mais non pas à combattre notre certi- grand nombre d'années, jamais personne, sans tude, comme s'il n'y avoit que la raison capable la foi , n'est arrivé à ce point, où tous tendent de nous instruire. Plût à Dieu que nous n'en continuellement. Tous se plaignent, princes, eussions au contraire jamais besoin, et que nous sujets; nobles, roturiers; vieillards, jeunes; connussions toutes choses par instinct et par forts, foibles ; savants, ignorants; sains, masentiment! Mais la nature nous a refusé ce lades, de tout pays, de tout temps, de tous bien, et elle ne nous a donné que très peu de âges et de toutes conditions. connoissances de cette sorte : toutes les autres Une épreuve si longue, si continuelle et si ne peuvent être acquises que par le raisonne uniforme devroit bien nous convaincre de l'imment.

puissance où nous sommes d'arriver au bien Voilà donc la guerre ouverte entre les hom- par nos efforts : mais l'exemple ne nous instruit mes. Il faut que chacun prenne parti, et se point. Il n'est jamais si parfaitement semblable, range nécessairement, ou au dogmatisme, ou qu'il n'y ait quelque délicate différence; et c'est au pyrrhonisme; car qui penseroit demeurer là que nous attendons que notre espérance ne neutre seroit pyrrhonien par excellence : cette sera pas déçue en cette occasion comme en neutralité est l'essence du pyrrhonisme; qui l'autre. Ainsi le présent ne nous satisfaisant jan'est pas contre eux est excellemment pour mais, l'espérance nous pipe; et de malheur en eux. Que fera donc l'homme en cet état? Dou- malheur, nous mène jusqu'à la mort, qui en est tera-t-il de tout ? doutera-t-il s'il veille, si on le comble éternel. le pince, si on le brûle ? doutera-t-il s'il doute ? C'est une chose étrange, qu'il n'y a rien dans doutera-t-il s'il est? On ne sauroit en venir là ; la nature qui n'ait été capable de tenir la place et je mets en fait qu'il n'y a jamais eu de pyr- de la fin et du bonheur de l'homme, astres, rhonien effectif et parfait. La nature soutient éléments, plantes, animaux , insectes, malala raison impuissante, et l'empêche d'extrava- dies, guerres, vices, crimes, etc. L'homme étant déchu de son état naturel, il n'y a rien à passions a fait que ceux qui ont voulu avoir la quoi il n'ait été capable de se porter. Depuis paix se sont partagés en deux sectes. Les uns qu'il a perdu le vrai bien, tout également peut ont voulu renoncer aux passions et devenir lui paroître tel, jusqu'à sa destruction propre, dieux : les autres ont voulu renoncer à la raitouie contraire qu'elle est à la raison et à la na- son, et devenir bêtes. Mais ils ne l'ont pas pu, ture tout ensemble.

ni les uns, ni les autres; et la raison demeure Les uns ont cherché la félicité dans l'auto- toujours, qui accuse la bassesse et l'injustice rité, les autres dans les curiosités et dans les des passions, et trouble le repos de ceux qui sciences, les autres dans les voluptés. Ces trois s'y abandonnent; et les passions sont toujours concupiscences ont fait trois sectes ; et ceux vivantes dans ceux mêmes qui veulent y requ'on appelle philosophes n'ont fait effective- noncer.

III. ment que suivre une des trois. Ceux qui en ont le plus approché ont considéré qu'il est néces

Voilà ce que peut l'homme par lui-même et saire que le bien universel, que tous les hom- par ses propres efforts à l'égard du vrai et du mes desirent, et où tous doivent avoir part, bien. Nous avons une impuissance à prouver, ne soit dans aucune des choses particulières invincible à tout le dogmatisme : nous avons qui ne peuvent être possédées que par un seul, une idée de la vérité, invincible à tout le pyret qui, étant partagées, affligent plus leur pos- rhonisme. Nous souhaitons la vérité, et ne trousesseur par le manque de la partie qu'il n'avons en nous qu'incertitude. Nous cherchons le pas, qu'elles ne le contentent par la jouissance bonheur, et ne trouvons que misère. Nous somde celle qui lui appartient. Ils ont compris que mes incapables de ne pas souhaiter la vérité et le vrai bien devoit être tel, que tous pussent le le bonheur, et nous sommes incapables et de posséder à-la-fois sans diminution et sans en- certitude et de bonheur. Ce desir nous est laisvie, et que personne ne pût le perdre contre sé, tant pour nous punir que pour nous faire son gré. Ils l'ont compris ; mais ils n'ont

pu
le

sentir d'où nous sommes tombés.
trouver : et au lieu d’un bien solide et effectif,
ils n'ont embrassé que l'image creuse d'une

IV. vertu fantastique.

Si l'homme n'est pas fait pour Dieu, pourNotre instinct nous fait sentir qu'il faut chercher notre bonheur dans nous. Nos passions quoi n'est-il heureux qu'en Dieu? Si l'homme nous poussent au dehors, quand même les ob- ! est fait pour Dieu , pourquoi est-il si contraire

à Dieu? jets ne s'offriroient pas pour les exciter. Les

V. objets du dehors nous tentent d'eux-mêmes et nous appellent , quand même nous n'y pensons L'homme ne sait à quel rang se mettre. Il est pas. Ainsi les philosophes ont beau dire : Ren- visiblement égaré, et sent en lui des restes d'un trez en vous-même, vous y trouverez votre état heureux , dont il est déchu, et qu'il ne peut bien, on ne les croit pas ; et ceux qui les recouvrer. Il le cherche par-tout avec inquiécroient sont les plus vides et les plus sots. Car tude et sans succès dans des ténèbres impénéqu'y a-t-il de plus ridicule et de plus vain que trables. ce que proposent les stoïciens, et de plus faux C'est la source des combats des philosophes, que tous leurs raisonnements ? Ils concluent dont les uns ont pris à tâche d'élever l'homme qu'on peut toujours ce qu'on peut quelquefois; en découvrant ses grandeurs, et les autres de et que, puisque le desir de la gloire fait bien l'abaisser en représentant ses misères. Ce qu'il faire quelque chose à ceux qu'il possède, les y a de plus étrange, c'est que chaque parti se autres le pourront bien aussi. Ce sont des mou- sert des raisons de l'autre pour étabļir son opivements fiévreux, que la santé ne peut imiter. nion; car la misère de l'homme se conclut de sa

grandeur, et sa grandeur se conclut de sa miII.

sère. Ainsi les uns ont d'autant mieux conclu la La guerre intérieure de la raison contre les misère, qu'ils en ont pris pour preuve la grandeur; et les autres ont conclu la grandeur avec montre, puisque cette obscurité où ils sont, et d'autant plus de force, qu'ils l'ont tirée de la qu'ils objectent à l'Église, ne fait qu'établir misère même. Tout ce que les uns ont pu dire une des choses qu'elle soutient, sans toucher à pour montrer la grandeur n'a servi que d'un ar- l'autre, et confirme sa doctrine, bien loin de la gument aux autres pour conclure la misère, ruiner? puisque c'est être d'autant plus misérable, Il faudroit, pour la combattre, qu'ils criasqu'on est lombé de plus haut : et les autres au sent qu'ils ont fait tous leurs efforts pour la contraire. Ils se sont élevés les uns sur les autres chercher par-tout, et même dans ce que l'Épar un cercle sans fin : étant certain qu'à me- glise propose pour s'en instruire, mais sans sure que les hommes ont plus de lumière, ils aucune satisfaction. S'ils parloient de la sorte, découvrent de plus en plus en l'homme de la ils combattroient , à la vérité, une de ses prémisère et de la grandeur. En un mot, l'homme tentions. Mais j'espère montrer ici qu'il n'y a connoît qu'il est miserable : il est donc misé- point de personne raisonnable qui puisse parrable , puisqu'il le connoit ; mais il est bien ler de la sorte; et j'ose même dire que jamais grand, puisqu'il connoît qu'il est misérable. personne ne l'a fait. On sait assez de quelle

Quelle chimère est-ce donc que l'homme! manière agissent ceux qui sont dans cet esprit. Quelle nouveauté, quel chaos, quel sujet de Ils croient avoir fait de grands efforts pour contradiction ! Juge de toutes choses, imbécile s'instruire, lorsqu'ils ont employé quelques ver de terre, dépositaire du vrai, amas d'incer- heures à la lecture de l'Écriture, et qu'ils ont titude, gloire et rebat de l'univers : s'il se vante, interrogé quelque ecclésiastique sur les vérije l'abaisse; s'il s'abaisse , je le vante; et le con- tés de la foi. Après cela, ils se vantent d'avoir tredis toujours, jusqu'à ce qu'il comprenne qu'il cherché sans succès dans les livres et parmi les est un monstre incompréhensible.

hommes. Mais, en vérité , je ne puis m'empê

cher de leur dire ce que j'ai dit souvent, que ARTICLE II.

cette négligence n'est pas supportable. Il ne

s'agit pas ici de l'intérêt léger de quelque perNécessité d'étudier la religion.

sonue étrangère; il s'agit de nous-mêmes et de

notre tout. Que ceux qui combattent la religion appren

L'immortalité de l'ame est une chose qui nent au moins quelle elle est , avant que de la nous importe si fort, et qui nous touche si procombattre. Si cette religion se vantoit d'avoir fondément, qu'il faut avoir perdu tout sentiune vue claire de Dieu , et de la posséder à dé- ment pour être dans l'indifférence de savoir ce couvert et sans voile, ce seroit la combattre que qui en est. Toutes nos actions et toutes nos de dire qu'on ne voit rien dans le monde qui le pensées doivent prendre des routes si diffémontre avec cette évidence. Mais puisqu'elle rentes, selon qu'il y aura des biens éternels à dit, au contraire, que les hommes sont dans espérer, ou non, qu'il est impossible de faire les ténèbres et dans l'éloignement de Dieu ; une démarche avec sens et jugement qu'en la qui s'est caché à leur connoissance; et que réglant par la vue de ce point, qui doit être c'est même le nom qu'il se donne dans les Écri- notre premier objet. tores , Deus absconditus : et enfin si elle tra-. Ainsi notre premier intérêt et notre premier vaille également à établir ces deux choses : que devoir est de nous éclaircir sur ce sujet, d'où Dieu a mis des marques sensibles dans l'Eglise dépend toute notre conduite. Et c'est pourquoi, pour se faire reconnoître à ceux qui le cher-parmi ceux qui n'en sont pas persuadés, je fais cheroient sincèrement; et qu'il les a couvertes une extrême différence entre ceux qui travailnéanmoins de telle sorte, qu'il ne sera aperçu lent de toutes leurs forces à s'en instruire , et que de ceux qui le cherchent de tout leur cour: ceux qui vivent sans s'en mettre en peine et sans quel avantage peuvent-ils tirer, lorsque , dans y penser. la négligence où ils font profession d'être de Je ne puis avoir que de la compassion pour chercher la vérité, ils crient que rien ne la leur ceux qui gémissent sincèrement dans ce doute,

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