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champ des grandes erreurs. Il n'appartenoit pas Ainsi, jugeant des mæurs anciennes par ce à l'esprit humain d'imaginer sagement sune si que je vois des meurs du peuple, qui me repréhaule matière que la religion. C'étoit une assez sente les premiers temps, je crois que je me fière démarche pour la raison d'avoir conçu un serois fort accommode de vivre à Thèbes", à pouvoir invisible et hors de l'alteinte des sens. Le Memphis » et à Babylone 3. Je me serois passé premier homme qui s'est fait des dieux avoit de nos manufactures, de la poudre à canon, l'imagination plus grande et plus hardie que de la boussole, et de nos autres inventions moceux qui les ont rejetés.

dernes , ainsi que de notre philosophie. Je ne Qu'on ait donc adopté de grandes fables dans pense pas que ces peuples , privés d'une partie des siècles pleins d'ignorance; que ce qu’un de nos arts et des superfluités de notre comgénie audacieux faisoit imaginer aux ames for- merce, aient été par-là plus à plaindre. Xénotes, le temps, l'espérance, la crainte, l'aient phon n'a jamais joui de nos délicatesses , et il ne enfin persuadé aux autres hommes ; qu'ils aient m'en paroît ni moins heureux, ni moins honnête trop respecté des opinions qu'on reçoit de l'au- homme, ni moins grand homme. Nous attritorité de la coutume, du pouvoir de l'exem- buons trop à l'art : ni nos biens, ni nos maux ple et de l'amour des lois, ni cela ne me semble essentiels n'ont reçu leur être de lui. Comme il étrange, ni je n'en conclus que ces peuples aient ne nous a pas donné la santé, la beauté, les été plus foibles que nous. Ils se sont trompés graces, la vigueur d'esprit et de corps, il ne sur des choses qu'on n'a pas toujours la har- peut non plus nous soustraire aux maladies, diesse ' et même les moyens d'examiner. Est-ce aux guerres, au vice, à la mort. Seroit-il plus à nous de les en reprendre, nous qui prenons parfait que la nalure dont il tient ses règles ? le change de tant de manières sur des baga- L'effet vaut-il mieux que la cause ? La nature, telles ; nous qui, même sur les sujets les plus qui est l'inventrice et la législatrice de tous les disculés et les plus connus”, ne saurions d'ordi- arts, auroit-elle attendu des arts sa maturité et naire avoir une heure de conversation sans sa gloire? nous tromper ou nous contredire ?

Je ne produirai point ici le témoignage de tant Je cherche quelquefois parmi le peuple l'i- d'historiens qui vantent les moeurs des sauvamage de cette ignorance et de ces mœurs sans ges, leur simplicité, leur sagesse, leur bonheur politesse que nous méprisons dans les anciens; et leur innocence. Les histoires des peuples j'écoute ces hommes grossiers, je vois qu'ils barbares me sont également suspectes dans s'entretiennent de choses communes ; qu'ils leurs reproches et dans leurs éloges, et je ne n'ont point de principes réfléchis; qu'ils vivent veux rien établir sur des fondements si ruisans science et sans règles. Cependant je ne neux. Mais à ne consulter que la seule raison, trouve pas qu'en cet état ils fassent plus de faux est-il probable que la condition des hommes ait raisonnements que les gens du monde.

du monde. Il me été si différente que nous le croyons, selon les semble au contraire qu'à tout prendre, leurs divers usages et les divers temps ? Quel si propensées sont plus naturelles, et qu'il s'en faut digieux changement ont apporté les arts à la vie de beaucoup que les simplicités de l'ignorance humaine ? Qu'a produit, par exemple, l'art de soient aussi éloignées de la vérité que les subtilités de la science, et l'imposture de l'affec

* Thèbes, qu'il ne faut pas confondre avec la capitale de la tation.

Béotie qui portoit le même nom , a été l'une des plus grandes

et des plus belles villes de l'antiquité ; on assure qu'elle avoit C'est pour avoir attaqué la religion qu'Anaxagoras de Cla- cent quarante stades de tour, et cent portes. S'il en faut croire zomène fut condamné à mort par les Athéniens, que Diagoras un passage de Tacite, qui mérite d'être lu en entier, elle renvit sa tête mise à prix, et que Socrate fut obligé de boire la fermoit dans son enceinte sept cent mille combattants. Corneciguë. F.

lius Gallus, gouverneur d'Egypte pour les Romains, la dé- J'ai entendu des gens d'esprit et de bon sens discuter s'il étoit bien vrai que la terre tourne autour du soleil, et finir par · La ville de Memphis étoit le siège des anciens Pharaons ou en douter. Rome, le P. Jacquier, en faisant imprimer ses rois d'Égypte. F. savants commentaires sur la philosophie naturelle de Newton, 3 La circonférence de Babylone étoit de trois cent soixantea été obligé de déclarer, en tête du premier volume, qu'il ne huit stades. Xérodote et Xenophon en ont vanté la grandeur et regardoit le système de ce géomètre que comme une hypothèse.F. la magnificence. F.

truisit. F.

nocents".

se vêtir?A-t-il rendu les hommes plus ou moins ro

DISCOURS bustes, plus ou moins sains, plus ou moins beaux, plus ou moins chastes? Les a-t-il dérobés ou ren

SUR, LES MOEURS DU SIÈCLE. dus plus sensibles à la rigueur des saisons ? Nus, ils ne souffroienl' pas faute d'habits ; habillés, ils ne souffrent point de n'être pas nus. Ne pourroiton pas dire à peu près la même chose de tous

Ce qu'il y a de plus difficile lorsqu'on écrit les arts ? Ils ne sont ni si pernicieux, ni si utiles contre les maurs, c'est de bien convaincre les que nous voulons croire. Ils exercent l'activité hommes de la vérité de leurs déréglements. de la nature , qu'on ne peut empêcher ni ralen- Comme ils n'ont jamais manqué de censeurs à tir ; ils réparent par quelques biens les maux

cet égard, ils sont persuadés que les désordres qu'ils causent : cela ne se peut contester. Mais qu'on attaque ont été de tout temps les mêmes; remédient-ils aux grands vices des choses hu- que ce sont des vices attachés à la nature, et maines ? Que peut notre imagination pour nous par cette raison inévitables ; des vices, s'ils soustraire à nos sujétions naturelles ? Pour nous

osoient le dire, nécessaires et presque indérober au joug des hommes, nous sommes forcés de subir celui des lois ; pour résister aux

On se moque d'un homme qui ose accuser. passions , il nous faut fléchir sous la raison,

des abus qu'on croit si anciens. Rarement les

de bien même lui sont favorables ; et ceux maitresse encore plus tyrannique: en sorte que

gens notre plus grande indépendance est une servi- qui sont nés modérés blâment jusqu'à la vehetude volontaire. Tout ce que nous imaginons fermés dans un petit cercle d'amis vertueux,

mence qu'on emploie contre les méchants. Renpour obvier à nos maux ne fait quelquefois fermés dans un petit cercle d'amis vertueux, que les aggraver. Les lois n'ont été établies que dont on parle, ni comprendre la vraie misère

ils ne peuvent se persuader les emportements pour prévenir les guerres, et toutes les guerres naissent des lois. Les contrats publics et parti- et l'abaissement de leur siècle. Contents de n'a

voir culiers sont le fondement de tous les procès de

pas à redouter pendant la guerre les viocitoyen à citoyen et de peuple à peuple. Il est

lences de l'ennemi, lorsque tant d'autres peuvrai que les guerres sont moins cruelles lors- ples sont la proie de ce fléau ; charmés du bel qu'elles se font selon les lois ; mais aussi sont- ordre qui règne dans tous les états, ils regretelles plus longues. Les procès des particuliers tent peu les vertus qui nous ont acquis ce bondurent quelquefois davantage que les querelles

heur, tant de grands personnages qui ont disdes nations. Ainsi tout ce que les hommes ont paru, les arts qui dégénèrent et qui s'avilissent. pu gagner en voulant éteindre les guerres, a

Si on leur parle même de la gloire que nous été ou de changer les prétextes, ou la manière négligeons, plus froids encore là-lessus que de la faire. N'en est-il pas de même de la méde

sur le reste , ils traitent toujours de chimère cine? Les remèdes ne sont-ils pas souvent pires

ce qui s'éloigne de leur caractère ou de leur que les maux ? Qu'on examine toutes les inven- temps. tions des hommes, on verra qu'ils n'ont réussi

Mon dessein n'est pas de dissimuler les avanqu'aux petites choses. La nature s'est réservé tages de ce siècle, ni de le peindre plus méle secret des grandes, et ne souffre pas que ses

chant qu'il est. J'avoue que nous ne portons pas lois soient anéanties par les nôtres.

le vice à ces extrémités furieuses

que

l'histoire

nous fait connoître. Nous n'avons pas la force · Souffroient, telle est la leçon de l'édition de 1797. On lit dans les éditions de 1806 et de 1820, souffriroient. B.

1 Ce ne sont pas seulement des vices, mais des crimes qu'on a osé regarder comme presque innocents. N'a-t-on pas osé dire que la mort de quelques innocents n'étoit rien lorsqu'il s'agissoit de conquérir la liberté, comme si le meurtre et l'assassinat pouvoient jamais étre favorables à la liberté; comme si les conséquences de pareils crimes n'étoient pas nécessairement funestes, à la société, en plaçant à sa tête des scélérats qui en ont été les instruments, et que l'on ne peut plus contenir, une fois qu'ils ont brisé leur frein. F.

malheureuse qu'on dit que ces excès deman Il ne faut pas avoir beaucoup de connoissance dent, trop foibles pour passer la médiocrité, de l'histoire, pour savoir que la barbarie et même dans le crime. Mais je dis que les vices l'ignorance ont été le partage le plus ordinaire bas, ceux qui témoignent le plus de foiblesse et du genre humain. Dans cette longue suite de méritent le plus de mépris, •n'ont jamais été générations qui nous précèdent, on compte peu si osés, si multipliés, si puissants.

de siècles éclairés, et peut-être encore moins On ne sauroit parler ouvertement de ces op de vertueux. Mais cela même prouve que les probres ; on ne peut les découvrir tous. Que ce mours n'ont pas toujours été les mêmes, comme silence même les fasse connoître. Quand les on l'insinue. Ni les Allemands n'ont la férocité maladies sont au point qu'on est obligé de s'en des Germains leurs ancêtres, ni les Italiens le taire et de les cacher au malade, alors il y a mérite des anciens Romains, ni les François peu d'espérance et le mal doit être bien grand. d'aujourd'hui ne sont tels que sous Louis XIV, Tel est notre état. Les écrivains qui semblent quoique nous touchions à son règne. On répond plus particulièrement chargés de nous repren- que nous n'avons fait que changer de vices. dre, désespérant de guérir nos erreurs, ou cor- Quand cela seroit, dira-t-on que les mæurs des rompus peut-être par notre commerce et gâtés Italiens soient aussi estimables que celles des par nos préjugés ; ces écrivains , dis-je, flattent anciens Romains, qui leur avoient soumis toute le vice qu'ils pourroient confondre', couvrent la terre? et l'avilissement des Grecs, esclaves le mensonge de fleurs, s'attachent à orner l'es-d'un peuple barbare, sera-t-il égalé à la gloire, prit du monde, si vain dans son fonds. Occupés aux talents, à la politesse de l'ancienne Athèà s'insinuer auprès de ce qu'on appelle la bonne nes? S'il y a des vices qui rendent les peuples compagnie, à persuader qu'ils la connoissent, plus heureux, plus estimés et plus craints, ne qu'eux-mêmes en sont l'agrément, ils rendent méritent-ils pas qu'on les préfère à tous les auleurs écrits aussi frivoles que les hommes pour tres ? Que sera-ce si ces prétendus vices, qui qui ils travaillent.

soutiennent les empires et les font fleurir, sont On ne trouvera pas ici cette basse condescen- de véritables vertus. dance. Mon objet n'est pas de flatter les vices Je n'outrerai rien, si je puis. Les hommes qui sont en crédit. Je ne crains ni la raillerie de n'ont jamais échappé à la misère de leur condiceux qui n'ont d'esprit que pour tourner en ri- tion. Composés de mauvaises et de bonnes quadicule la raison, ni le goût dépravé des hommes lités, ils portent toujours dans leur fonds les qui n'estiment rien de solide. Je dis, sans dé- semences du bien et du mal. Qui fait donc prétour et sans art, ce que je crois vrai et utile. valoir les unes sur les autres ? Qui fait que le J'espère que la sincérité de mes écrits leur ou- vice l'emporte ou la vertu? l'opinion. Nos pasvrira le cœur des jeunes gens; et puisque les sions, en partie mauvaises, en partie très bonouvrages les plus ridicules trouvent des lecteurs nes, nous tiendroient peut-être en suspens, si qu'ils corrompento parcequ'ils sont proportion- l'opinion, en se rangeant d'un côté, ne faisoit nés à leur esprit, il seroit étrange qu'un dis- pencher la balance. Ainsi, dès qu'on pourra cours fait pour inspirer la vertu ne l'encoura nous persuader que c'est une duperie d'être geât pas, au moins dans quelques hommes qui ne bon ou juste, dès lors il est à craindre que le la conçoivent pas eux-mêmes avec plus de force. vice, devenu plus fort, n'achève d'étouffer les

sentiments qui nous sollicitent au bien : et voilà C'est en 1745 que ce discours a vraisemblablement été écrit, l'état où nous sommes. Nous ne sommes pas et c'est en 1745 que madame d'Étioles fut créée marquise de Pompadour, et jouit du plus grand crédit. Si la fortune de made, nés si foibles et si frivoles qu'on nous le repromoiselle Poisson (c'est le nom de madame de Pompadour) che; mais l'opinion nous a fait tels. On ne sera excita si fort la mauvaise humeur de Vauvenargues, qu'auroit donc pas surpris si j'emploie beaucoup de raidit ce censeur austère en voyant le règne de mademoiselle Lange sous le nom de madame Du Barry? Au reste, il paroit que l'é

sonnements dans ce discours : car, puisque crivain qu'attaque ici l'auteur est Voltaire, qui prostitua ses notre plus grand mal est dans l'esprit , il faut falents à célébrer les charmes de madame de Pompadour, et pour lequel Vauvenargues étoit d'autant plus sévère, qu'il fai

bien commencer par le guérir. soit plus de cas de son esprit, F.

Ceux qui n'approfondissent pas beaucoup les

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choses, objectent le progrès des sciences, et Car, si l'on y fait attention, qui peut rendre l'esprit de raisonnement répandu dans tous les un peuple puissant, si ce n'est l'amour de la états, la politesse, la délicatesse, la subtilité gloire? Qui peut le rendre heureux et redoutade ce siècle, comme des faits qui contrarient ble, sinon la vertu? l'esprit, l'intérêt, la fiet qui détruisent ce que j'établis,

nesse, n'ont jamais tenu lieu de ces nobles moJe réponds à l'égard des sciences : Comme tifs. Quel peuple plus ingénieux et plus raffiné elles sont encore fort imparfaites, si l'on en que les Grecs dans l'esclavage ', et quel autre croit les maîtres ', leur progrès ne peut nous plus malheureux ? Quel peuple plus raisonsurprendre; quoiqu'il n'y ait peut-être plus neur et en un sens plus éclairé que les Rod'hommes en Europe comme Descartes et New- mains? et dans la décadence de l'empire, quel ton, cela n'empêche pas que l'édifice ne s'élève autre plus avili? sur des fondements déja posés. Mais qui peut Ce n'est donc ni par l'intérêt, ni par la liignorer que les sciences et la morale n'ont au- cence des opinions ou l'esprit de raisonnement, cun rapport parmi nous ?

que les États fleurissent et se maintiennent, mais Et quant à la délicatesse et à la politesse que par les qualités mêmes que nous méprisons, par nous croyons porter si loin, j'ose dire que nous l'estime de la vertu et de la gloire. Ne seroit-il avons changé en artifices cette imitation de la pas bien étrange qu’un peuple frivole, bassebelle nature qui en étoit l'objet. Nous abusons ment partagé entre l'intérêt et les plaisirs, fût de même du raisonnement. En subtilisant sans capable de grandes choses ? Et si ce même justesse, nous nous écartons plus peut-être de peuple méprisoit la gloire, s'en rendroit-il la vérité par le savoir, que l'on n'a jamais fait digne ? par l'ignorance.

Qu'il me soit permis d'appliquer ces réEn un mot, je me borne à dire que la cor- flexions. On ne sauroit nier que la paresse , l’inruption des principes est cause de celle des térêt, la dissipation, ne soient ce qui domine maurs. Pour juger de ce que j'avance, il suffit parmi nous; et à l'égard des opinions qui favode connoître les maximes qui règnent aujour- risent ces penchants honteux, je m'en rapporte d'hui dans le grand monde, et qui de là se re- à ceux qui connoissent le monde et qui ont de pandant jusque dans le peuple, infectent égale- la bonne foi : qu'ils disent si c'est faussement ment toutes les conditions ; ces maximes qui, que je les attribue à notre siècle. En vérité, il nous présentant toutes choses comme incertai- est difficile de le justifier à cet égard. Jamais nes, nous laissent les maîtres absolus de nos le mépris de la gloire et la bassesse ne se sont actions; ces maximes qui, anéantissant le mé- produits avec tant d'audace. Jusqu'à ceux qui rite de la vertu, et n'admettant parmi les hom- se piquent de bien danser, et qui attachent ainsi mes que des apparences, égalent le bien et le l'honneur aux choses les moins honorables, mal; ces maximes qui, avilissant la gloire traitent toutes les grandes de folies, et, persuacomme la plus insensée des vanités, justifient dés que l'amour de la gloire est au-dessus d'eux, l'intérêt et la bassesse, et une brutale indolence. ils sont le jouet ridicule de leur vanité.

Des principes si corrompus entraînent in Mais faut-il s'étonner qu'on dégrade la gloire, failliblement la ruine des plus grands empires. si on nie jusqu'à la vertu? Il n'est guère posși

Sans doute les sciences sont encore imparfaites ; mais cela Sous l'empire d'Alexis Comnène, les Grecs ne se contenn'empêche point qu'elles n'aient fait des progrès marqués, toient pas du titre d'Auguste ou de Sebastos que les Romains même à ne dater que depuis Descartes et Newton, sans oublier donnoient aux empereurs. Ils doubloient ce superlatif au moyen Leibnitz, qui n'a pas moins contribué qu'eux à perfectionner du titre de Panhyper Sebustos , qui signifie ce qu'il y a de plus les sciences exactes. Les Bernoulli, Euler, D'Alembert, Clai- auguste au monde. Voyez la chronique de Carion, liv. IV. Enrault, La Grange et d'autres encore ont reculé les bornes de nos .core aujourd'hui , pendant que les Romains réservent pour le connoissances en ce genre , et l'Europe abonde en ce moment pape seul le titre de votre sainteté, les Grecs prodiguent cette de mathématiciens distingués. Or les mathématiques appren dénomination aux moindres prêtres, et le patriarche de Consnent à raisonner juste , et rien n'est si utile en morale. Condillac tantinople est la toute sainteté. On voit à quel degré est parvea fait voir l'utilité de la méthode des géomètres dans les sciences nue la bassesse de ces Grecs si fiers autrefois. F. auxquelles elle paroit le moins susceptible d'être appliquée, et On peut citer Sénéque dissertant si ingénieusement sur la l'exact et profond Vauvenargues auroit cédé à la justesse et à la philosophie, et se chargeant d'excuser Néron, qui vient d'assas dialectique savante du plus habile de nos métaphysiciens. F. siner sa mère. F.

ble de rendre raison d'une erreur aussi insen- , de nouveaux raisonnements, ni de nouveaux sée; j'avoue que j'ai peine à comprendre sur tours, que personne n'en soit surpris. Qu'on quoi elle a pu se fonder.

sache que la vérité est une, qu'elle est immuable, qu'elle est éternelle. Belle de sa propre

beauté, riche dans son fonds, invincible, elle DISCOURS

peut se montrer toujours la même, sans perdre

sa force ou sa grace, parcequ'elle ne peut vieilSUR L'INÉGALITÉ DES RICHESSES.

lir ni s'affoiblir, et que n'ayant pas pris son être dans les fantômes de notre imagination, elle rejette ses faux ornements. Que ceux qui pros

tituent leur voix au mensonge, s'efforcent de AVIS DE L'ÉDITEUR DE 1797.

couvrir la foiblesse de leurs inventions par les On n'a pas encore oublié qu'il y avoit à Paris une Académie illusions agréables de la nouveauté; qu'ils se Françoise érigée en compagnie par Louis XIII en 1635. Balzac

répandent inutilement en vains discours, puisfut un de ses premiers membres, et à sa mort, arrivée en 1654. il laissa deux mille francs de fonds pour un prix d'éloquence qui qu'ils n'ont pour

but

que de plaire et d'amuser étoit donné tous les ans le jour de la fête de saint Louis. Le sujet les oreilles curieuses. Lorsqu'il est question de du concours étoit donné par l'Académie. Celui qui excita l'émulation de Vauvenargues avoit été proposé en ces termes :

persuader la vérité, tout ce qui est recherché « La sagesse de Dieu dans la distribution inégăle des richesses, est vain, tout ce qui n'est pas nécessaire est susuivant ces paroles : Dives et puuper obviaverunt sibi ; perflu; tout ce qui est pour l'auteur ; distrait, utriusque operator est Dominus. (Proverb. xxII, 2.) Le pauvre et le riche se sont rencontrés : le Seigneur a fait l'un et l'autre. »

charge la mémoire, dégoûte. En suivant de tout mon pouvoir ces grands principes, j'espère

démontrer en peu de mots combien nos murIl seroit difficile de donner un sujet plus di- mures envers la Providence sont injustes, comgne de notre attention que celui qu'on nous bien mêmc elle est juste malgré nos murmures. propose, puisqu'il est question de confondre le Et premièrement, que ceux qui se plaignent prétexte le plus ancien de l'impiété, par la sa- de l'inégalité des conditions en reconnoissent gesse même de la Providence dans la distribu- la nécessité indispensable. Inutilement les antion inégale des richesses , qui fait leur scandale. ciens législateurs ont tâché de les rapprocher : Il faut, en sondant le secret de ces redoutables les lois ne sauroient empêcher que le génie conseils qui font la destinée de tous les peuples, s'élève au-dessus de l'incapacité, l'activité auouvrir en même temps aux yeux du genre hu- dessus de la paresse, la prudence au-dessus de main le spectacle de l'univers sous la main de la témérité. Tous les temperaments qu'on a Dieu. Un sujet si vaste embrasse toutes les con- employés à cet égard ont été vains ; l'art ne ditions et tous les hommes. Rois, sujets, étran- peut égaler les hommes malgré la nature. Si gers, barbares, savants, ignorants, tous y ont l'on trouve quelque apparence, dans l'histoire, un égal intérêt. Nul ne peut s'affranchir du de cette égalité imaginaire, c'est parmi des joug de celui qui, du haut des cieux, com- peuples sauvages qui vivoient sans lois et sans mande à tous les peuples de la terre, et tient maîtres, ne connoissoient d'autre droit que la sous sa loi les empires, les hasards, les tom- force, d'autres dieux que l'impunité ; monstres beaux, la gloire, la vie et la mort.

qui erroient dans les bois avec les ours, et se La matière est trop importante pour n'avoir détruisoient les uns les autres par d'affreux carpas été souvent traitée. Les plus grands hom- nages; égaux par le crime, par la pauvreté, mes se sont attachés à la mettre dans un beau par l'ignorance, par la cruauté ; nul appui jour, et rien ne leur est échappé; mais parce- parmi eux pour l'innocence, nulle récompense que nous oublions très promptement jusqu'aux pour la vertu, nul frein pour l'audace ; l'art du choses qu'il nous importe le plus de retenir, il labourage négligé ou ignoré par ces barbares , ne sera pas inutile de remettre devant nos yeux une vérité si sublime et si outragée de nos égaliser. Vauvenargues tombe souvent dans cette faute; nous

L'art ne peut égaler les hommes malgré la nature , pour jours. Si nous n'employons pour la défendre ni ne croyons pas devoir la relever dans la suite. B.

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