Page images
PDF
EPUB
[ocr errors]

penétrée de ce sentiment. Voilà comme les sen- | pharès, Britannicus, il n'a pas prétendu, je tences sont grandes dans la tragédie, et comme crois, diminuer l'estime de ceux d'Athalie, Joad, il faudroit toujours les y placer.

Acomat, Agrippine, Néron , Burrhus, MithriC'est, je crois, cette sorte de grandeur qui date, etc. Mais puisque cela me conduit à parest propre à Racine, et que tant de poëtes après ler du Temple du Goût, je suis bien aise d'avoir lui ont négligée, ou parcequ'ils ne la connois- occasion de dire que j'en estime grandement les soient pas, ou parcequ'il leur a été bien plus décisions. J'excepte ces mots : Bossuet , le seul facile de dire des choses guindées, et d'exagé- éloquent entre tant d'écrivains qui ne sont qu'élérer la nature. Aujourd'hui on croit avoir fait un gants' : car je ne crois pas que M. de Voltaire caractère lorsqu'on a mis dans la bouche d'un lui-même voulůt sérieusement réduire à ce petit personnage ce qu'on veut faire penser de lui, mérite d'élégance les ouvrages de M. Pascal, et qui est précisément ce qu'il doit taire. Une l'homme de la terre qui savoit mettre la vérité mère affligée dit qu'elle est affligée, et un héros dans un plus beau jour et raisonner avec plus de dit qu'il est un héros. Il faudroit que les per- force. Je prends la liberté de défendre encore sonnages fissent penser tout cela d'eux, et que contre son autorité le vertueux auteur de Télérarement ils le dissent; mais, tout au contraire, maque, homme ne véritablement pour enseigner ils le disent et le font rarement penser. Le aux rois l'humanité, dont les paroles tendres et grand Corneille n'a pas été exempt de ce défaut, persuasives pénètrent le caur, et qui, par la et cela a gâté tous ses caractères. Car enfin ce noblesse et par la vérité de ses peintures, par qui forme un caractère, ce n'est pas, je crois, les graces touchantes de son style, se fait aiséquelques traits, ou hardis, ou forts, ou subli- ment pardonner d'avoir employé trop souvent mes, c'est l'ensemble de tous les traits et des les lieux communs de la poésie et un peu de moindres discours d'un personnage. Si on fait déclamation. parler un héros, qui mêle par-tout de l'ostenta- Mais quoi qu'il puisse être de cette trop tion, de la vanité, et des choses basses à de grande partialité de M. de Voltaire pour Bosgrandes choses, j'admire ces traits de gran- suet, que je respecte d'ailleurs plus que perdeur qui appartiennent au poëte, mais je sens sonne, je déclare que tout le reste du Temple du du mépris pour son héros dont le caractère est Goût m'a frappé par la vérité des jugements, manqué. L'éloquent Racine, qu'on accuse de par la vivacité, la variété et le lour aimable du slérilité dans ses caractères, est le seul de son style : et je ne puis comprendre que l'on juge si temps qui ait fait des caractères ; et ceux qui sévèrement d'un ouvrage si peu sérieux , et qui admirent la variété du grand Corneille sont bien est un modèle d'agréments. indulgents de lui pardonner l'invariable osten- Dans un genre assez différent, l'Épüre aux tation de ses personnages , et le caractère tou- mânes de Génonville et celle sur la mort de majours dur des vertus qu'il a su décrire.

demoiselle Le Couvreur m'ont

paru

deux morC'est pourquoi quand M. de Voltaire a criti- ceaux remplis de charmes, et où la douleur, qué : les caractères d'Hippolyte, Bajazet, Xi- l'amitié, l'éloquence et la poésie parloient avec

la grace la plus ingenue et la simplicité la plus Dans son Temple du Gout, Voltaire , après avoir parlé de touchante. J'estime plus deux petites pièces Pierre Corneille , s'exprime ainsi sur Racine :

faites de génie, comme celles-ci, et qui ne resPlus pur, plus élégant , plus tendre,

pirent que la passion, que beaucoup d'assez Et parlant au cæur de plus près,

longs poëmes.
Nous attachant sans nous surprendre ,
Et ne se démentant jamais,

Dans l'édition faite sous les yeux de Voltaire , à Genève , en
Racine observe les portraits

1768 , et dans les réimpressions faites depuis sa mort, cette De Bajazet, de Xipharès,

phrase ne se trouve point; et le Temple du Gout s'exprime De Britannicus , d'Hippolyte;

ainsi sur l'évêque de Meaux : l'éloquent Bossuet vouloi thien A peine il distingue leurs traits;

ruyer quelques familiarités échappées à son génie vaste, Ils ont tous le même mérite.

impelveux et facile, lesquelles déparent un peu la subliTendres, galants, doux et discrets;

mité de ses oraisons funèbres; et il est à remarquer qu'il ne El l'amour qui marche à leur suite,

garantit point ce qu'il a dit de la prétendue sagesse des anciens Les croit des courtisans français.

Egyptiens. F.

[ocr errors][ocr errors][ocr errors][ocr errors]
[ocr errors]

Je finirai sur les ouvrages de M. de Voltaire, saura du moins quelque gré d'avoir osé dire les en disant quelque chose de sa prose. Il n'y a choses que j'ai dites, parceque je les ai pensées, guère de mérite essentiel qu'on ne puisse trouver et que la vérité m'a été chère. dans ses écrits. Si l'on est bien aise de voir C'est le témoignage que l'amour des lettres toute la politesse de notre siècle avec un grand m'oblige de rendre à un homme qui n'est ni en art, pour faire sentir la vérité dans les choses place, ni puissant, ni favorisé, et auquel je ne de goût, on n'a qu'à lire la préface d'OEdipe, dois que la justice que tous les hommes lui écrite contre M. de La Motte avec une délica- doivent comme moi, et que l'ignorance ou l'envie tesse inimitable. Si on cherche du sentiment, s'efforcent inutilement de lui ravir. de l'harmonie jointe à une noblesse singulière, on peut jeter les yeux sur la préface d'Alzire, et sur l’Epître à madame la marquise du Châtelet.

LES ORATEURS. Si on souhaite une littérature universelle, un goût étendu qui embrasse le caractère de plusieurs nations, et qui peigne les manières dif

Qui n'admire la majesté, la pompe, la magniférentes des plus grands poëtes, on trouvera ficence, l'enthousiasme de Bossuet, et la vaste cela dans les Réflexions sur les poëtes épiques, étendue de ce génie impétueux, fécond, subliet les divers morceaux traduits par

M. de Voltaire des poëtes anglais, d'une manière qui deur incroyable de Pascal, son raisonnement

me ? Qui conçoit, sans étonnement, la profonpasse peut-être les originaux. Je ne parle pas de invincible, sa mémoire surnaturelle, sa coni'Histoire de Charles XII, qui, par la foiblesse noissance universelle et prématurée? Le predes critiques que l'on en a faites, a dû acquérir mier élève l'esprit; l'autre le confond et le une autorité incontestable, et qui me paroît être trouble. L'un éclate comme un tonnerre dans un écrite avec une force, une précision et des ima- tourbillon orageux, et par ses soudaines barges dignes d'un tel peintre. Mais quand on diesses échappe aux génies trop timides ; l'autre n'auroit vu de M. de Voltaire que son Essai sur

presse, étonne, illumine, fait sentir despotile siècle de Louis XIV et ses Réflexions sur

quement l'ascendant de la vérité ; et comme si l'histoire, ce seroit déjà trop' pour reconnoître c'étoit un être d'une autre nature que nous , sa en lui, non seulement un écrivain du premier vive intelligence explique toutes les conditions, ordre, mais encore un génie sublime qui voit toutes les affections et toutes les pensées des homtout en grand, une vaste imagination qui rap-mes, et paroît toujours supérieure à leurs conproche de loin les choses humaines, enfin un ceptions incertaines. Génie simple et puissant, il esprit supérieur aux préjugés, et qui joint à la assemble des choses qu'on croyoit être incompapolitesse et à l'esprit philosophique de son tibles, la véhémence, l'enthousiasme, la naivete, siècle, la connoissance des siècles passés, de avecles profondeurs les plus cachées de l'art; mais leurs meurs, de leur politique, de leurs reli- d'un art qui , bien loin de gêner la nature, n'est gions, et de toute l'économie du genre humain. lui-même qu'une nature plus parfaite, et l'ori

Si pourtant il se trouve encore des gens pré-ginal des préceptes. Que dirai-je encore? Bosvenus, qui s'attachent à relever ou les erreurs suet fait voir plus de fécondité, et Pascal a plus ou les défauts de ses ouvrages, et qui deman- d'invention; Bossuet est plus impétueux, et dent à un homme si universel la même correc- Pascal plus transcendant. L'un excite l'admiration et la même justesse de ceux qui se sont tion par de plus fréquentes saillies ; l'autre, tou renfermés dans un seul genre, et souvent dans jours plein et solide , l'épuise par un caractère un genre assez petit, que peut-on répondre plus concis et plus soutenu. à des critiques si peu raisonnables ? J'espère

Mais toi qui les a surpassés en aménités et que le petit nombre des juges désintéressés me

en grâces, ombre illustre, aimable génie; toi * Trop emporte toujours l'idée d'excés, et l'auteur ne veut qui fis régner la verlu par l'onction et par exprimer ici que surobondance. S.

» Il faut qu'à ceux, ou la correction, la justesse de ceux. S.

[ocr errors][merged small][ocr errors][ocr errors][ocr errors]

la

· Fénelon.

[ocr errors]

douceur, pourrois-je oublier la noblesse et le de matière que de longs discours, plus de procharme de ta parole lorsqu'il est question d'é- portion et plus d'art. loquence? Né pour cultiver la sagesse et l'huma- On remarque dans lout son ouvrage un esnité dans les rois, ta voix ingenue fit retentir au prit juste, élevé, nerveux, pathétique, égalepied du trône les calamités du genre humain lement capable de réflexion et de sentiment, et foulé par les tyrans, et défendit contre les arti- doué avec avantage de cette invention qui disfices de la flatterie la cause abandonnée des lingue la main des maîtres et qui caractérise le peuples. Quelle bonté de coeur, quelle sincérité génie. se remarque dans tes écrits ! Quel éclat de

pa

Personne n'a peint les détails avec plus de roles et d'images! Qui sema jamais tant de fleurs feu, plus de force, plus d'imagination dans dans un style si naturel , si mélodieux et si ten- l'expression, qu'on n'en voit dans ses Caractères. dre? Qui orna jamais la raison d'une si tou- ll est vrai qu'on n'y trouve pas aussi souvent chante parure? Ah! que de trésors, d'abon- que dans les écrits de Bossuet et de Pascal, de dance, dans la riche simplicité!

ces traits qui caractérisent une passion ou les O noms consacrés par l'amour et par les res- vices d'un particulier, mais le genre humain. pects de tous ceux qui chérissent l'honneur des Ses portraits les plus élevés ne sont jamais aussi lettres ! Restaurateurs des arts, pères de l'élo-grands que ceux de Fénelon et de Bossuet: ce quence, lumières de l'esprit humain, que n'ai- qui vient en grande partie de la différence des je un rayon du génie qui échauffa vos profonds genres qu'ils ont traités. La Bruyère a cru, ce discours, pour vous expliquer dignement et me semble, qu'on ne pouvoit peindre les hommarquer tous les traits qui vous ont été propres ! mes assez petits : et il s'est bien plus attaché à

Si l'on pouvoit mêler des talents si divers, relever leurs ridicules que leur force. Je crois peut-être qu'on voudroit penser comme Pascal, qu'il est permis de présumer qu'il n'avoit ni écrire comme Bossuet, parler comme Fénelon. l'élévation, ni la sagacité, ni la profondeur de Mais parceque la différence de leur style venoit quelques esprits du premier ordre; mais on ne de la différence de leurs pensées et de leur ma- lui peut disputer sans injustice une forte imanière de sentir les choses, ils perdroient beau- gination, un caractère véritablement original, coup tous les trois, si l'on vouloit rendre les et un génie créateur, pensées de l'un par les expressions de l'autre. On ne souhaite point cela en les lisant; car cha

1 Dans la première édition , on lisoit, au lieu du dernier para

graphe, le passage suivant : cun d'eux s'exprime dans les termes les plus « Il est étonnant qu'on sente quelquefois dans un si beau géassortis au caractère de ses sentiments et de ses nie, et qui s'est élevé jusqu'au sublime, les bornes de l'esprit

humain : cela prouve qu'il est possible qu'un auteur sublime ait idées : ce qui est la véritable marque du génie. moins de profondeur et de sagacité que des hommes moins paCeux qui n'ont que de l'esprit empruntent néces-thétiques. Peut-être que le cardinal de Richelieu éloit supérieur sairement toute sorte de tours et d'expressions :

à Milton.

« Mais les écrivains pathétiques nous émeuvent plus forteils n'ont pas un caractère distinctif.

ment;

et cette puissance qu'ils ont sur notre amne, la dispose à nous accorder plus de lumières. Nous jugeons toujours d'un au

teur par le caractère de ses sentiments. Si on compare La Bruyère SUR LA BRUYÈRE.

à Fénelon, la vertu toujours tendre et naturelle du dernier, et

l'amour-propre qui se montre quelquefois dans l'autre, le senIl n'y a presque point de tour dans l'élo-timent nous porte malgré nous a croire que celui qui fait paroi

tre l'ame la plus grande a l'esprit le plus éclairé; et toutefois il quence qu'on ne trouve dans La Bruyère; et si seroit difficile de justifier cette préférence. Fénelon a plus de on y desire quelque chose, ce ne sont pas cer

facilité et d'abondance , l'auteur des Caractères , plus de précitainement les expressions, qui sont d'une force

sion et plus de force : le premier, d'une imagination plus riante

et plus féconde ; le second, d'un génie plus véhément ; l'un sainfinie et toujours les plus propres et les plus chant rendre les plus grandes choses familières et sensibles sans précises qu'on puisse employer. Peu de gens quiser : celui-la plus humain; celui-ci plus austère : l'un plus

les abaisser ; l'autre sachant ennoblir les plus petites sans les dél'ont compté parmi les orateurs, parcequ'il n'y rendre pour la vertu ; l'autre plus implacable au vice : I'm et a pas une suite sensible dans ses Caractères. l'autre moins pénétrants et moins profonds que les hommes que Nous faisons trop peu d'attention à la perfection de leurs idées ; enfin originaux, créateurs dans leur genre, et

j'ai nommés, mais inimitables dans la clarté et dans la netteté de ses fragments , qui contiennent souvent plus modèles très accomplis. »

CARACTÈRES.

et fait poudrer ses cheveux en attendant qu'on batte la générale. Il accompagne exactement l'officier de jour, et visite avec lui les postes de

l'armée. Il donne des projets au général, et fait I.

un journal raisonné de toutes les opérations de Oronte, ou le vieux fou.

la campagne. On ne fait guère de détachement

où il ne se trouve; et comme il est le premier Oronte, vieux et flétri, dit que les gens vieux de son régiment à marcher, et qu'on le cherche sont tristes, et que pour lui il n'aime que les par-tout, on apprend qu'il est volontaire à un jeunes gens. C'est pour cela qu'il s'est logé dans fourrage qui se fait sur les derrières du camp; une auberge, où il a , dit-il, le plaisir de ceux et un autre marche à sa place. Ses camarades qui voyagent, sans leurs peines, parcequ'il voit ne l'estiment point; mais il ne vit pas avec eux, tous les jours à souper de nouveaux visages. On il les évite; et si quelque officier général lui le voit quelquefois au jeu de paume, avec de demande le nom d'un officier de son régiment jeunes gens qui sortent du bal, et il va déjeûner qui est de garde, Thersite lui répond qu'il le avec eux ; il les cultive avec le même soin que connoît bien, mais qu'il ne se souvient de

pas s'il avoit envie de leur plaire. Mais on peut lui son nom. Il est familier, officieux, insolent, et rendre justice : ce n'est pas la jeunesse qu'il pourtant très bas avec son colonel. Il fait seraime, c'est la folie. Il a un fils qui a vingt ans, vilement sa cour à tous les grands seigneurs de et qui est déja estimé dans le monde ; mais ce l'armée; et s'il se trouve chez le duc Eugène jeune homme est appliqué, et passe une grande lorsque celui-ci se déboute, Thersite fait un partie de la nuit à lire. Oronte a brûlé plusieurs mouvement pour lui présenter ses souliers ; mais fois les livres de son fils, et n'a fait grace qu'à comme il s'aperçoit qu'il y a beaucoup de monde des vers obscènes, qui d'ailleurs sont assez mau- dans la chambre, il laisse prendre les souliers vais. Ce jeune homme en rachète toujours de par un valet , et rougit en se relevant. nouveaux , et trompe les soins de son père. Oronte a voulu lui donner une fille de l'Opéra

NII. que lui-même a eue autrefois, et n'a rien né

Les jeunes gens. gligé, dit-il, pour son éducation; mais ce petit drôle est entêté, ajoute-t-il, et a l'esprit gâté et Les jeunes gens jouissent sans le savoir, et plein de chimères.

s'ennuient en croyant se divertir. Ils font un

souper où ils sont dix-huit sans compter les II.

dames ; et ils passent la nuit à table à détonner Thersite.

quelques chansons obscènes, à conter le roman

de l'Opéra, et à se fatiguer pour chercher le Thersite est l'officier de l'armée que l'on plaisir, qu'à peine les plus impudents peuvent voit le plus. C'est lui qu'on rencontre toujours essayer dans un quart-d'heure de faveur; et à la suite du général, monté sur un petit cheval comme on se pique à tous les âges d'avoir de qui boite, avec un harnois de velours en bro- l'esprit, ils admettent quelquefois à leurs parderie, et un coureur qui marche devant lui. ties des gens de lettres qui font là leur apprenS'il y a ordre à l'armée de partir la nuit pour tissage pour le monde. Mais tous s'ennuient récacher une marche à l'ennemi, Thersite ne se ciproquement, et ils se détrompent les uns des couche point comme les autres, quoiqu'il y ait autres. du temps; mais il se fait mettre des papillotes, Ces jeunes gens vont au spectacle pour se

rassembler. Ils y paroissent, épuisés de leurs · Thcrsites , que nous appelons Thersite , nous est représenté par Homère, dans son Iliade, comme le plus laid, le plus làche incontinences , avec une audace affectée et des et le plus insolent des capitaines grecs qui se trouvèrent au yeux éteints. Ils parlent grossièrement des femsiège de Troie. C'est par cette raison que ce nom est ordinairement donné à ceux à qui l'on croit pouvoir reprocher les memes, et avec dégoût. On les voit sortir quelines défauts. F.

quefois au commencement du spectacle, pour

[ocr errors][ocr errors]

IV.

satisfaire quelque idée de debauche qui leur de louer; qui, lorsqu'on lui lit un mauvais rovient en tête; et après avoir fait le tour des al- man, mais protégé, le trouve digne de l'auteur lées obscures de la Foire, ils reviennent au der- du Sopha, et feint de le croire de lui; qui denier acte de la comédie et se racontent à l'o- mande à un grand seigneur qui lui montre une reille leurs ridicules prouesses. Ils se font un ode, pourquoi il ne fait pas une tragédie ou un point d'honneur de traiter légèrement tous les poëme épique; qui du même éloge qu'il donne plaisirs ; et les plaisirs, qui fuient la dissipation à Voltaire, régale un auteur qui s'est fait siffler et la folie, ne leur laissent qu'une ombre foible sur les trois théâtres ; qui, se trouvant à souper et une fausse image de leurs charmes.

chez une femme qui a la migraine, lui dit tristement que la vivacité de son esprit la consume comme Pascal, et qu'il faut l'empêcher de se

tuer. S'il arrive à un bomme de ce caractère Midas, ou le sot qui est glorieux.

de faire une plaisanterie sur quelqu'un qui n'est Le sot qui a de la vanité est l'ennemi né des pas riche, mais dont un homme riche prend le talents. S'il entre dans une maison où il trouve parti, aussitôt le flatteur change de langage, et

dit un homme d'esprit, et que la maîtresse du logis d'ombre au mérite distingue. C'est l'homme

que les petits défauts qu'il reprenoit servent lui fasse l'honneur de le lui présenter, Midas le

dont Rousseau disoit : salue légèrement et ne répond point. Si l'on ose louer en sa présence le mérite qui n'est pas

Quelquefois même aux bons mots s'abandonne,

Mais doucement et sans blesser personne. riche, il s'assied auprès d'une table, et compte des jetons ou mêle des cartes sans rien dire. Cet homme qui a loué toute sa vie jusqu'à Lorsqu'il paroît un livre dans le monde qui fait ceux qu'il aimoit le moins, n'a jamais obtenu quelque bruit, Midas jette d'abord les yeux sur des autres la moindre louange, et tout ce que la fin, et puis sur le milieu du livre; ensuite il ses amis ont osé dire de plus fort pour lui, c'est prononce que l'ouvrage manque d'ordre, et ce vieux discours : En vérité, c'est un honnête qu'il n'a jamais eu la force de l'achever. On garçon, ou c'est un bon homme. parle devant lui d'une victoire que le héros du Nord - a remportée sur ses ennemis ; et sur ce

VI. qu'on raconte des prodiges de sa capacité et de sa valeur, Midas assure que la disposition de la

Lacon, ou le petit homme. bataille a été faite par M. de Rottembourg qui

Lacon ne refuse pas son estime à tous les n'y étoit pas, et que le prince s'est tenu caché auteurs. Il y a beaucoup d'ouvrages qu'il addans une cabane jusqu'à ce que les ennemis fus- mire; et tels sont les vers de La Motte, l'Hissent en déroute. Un homme qui a été à cette toire romaine de Rollin , et le Traité du vrai action l'assure qu'il a vu charger le roi à la tête mérite , qu'il préfère, dit-il, à La Bruyère. Il de sa maison ; mais Midas répond froidement met dans une même classe Bossuet et Fléchier, qu'on ne verra jamais que des folies d'un prince et croit faire honneur à Pascal de le comparer qui fait des vers, et qui est l'ami de Voltaire.

à Nicole, dont il a lu les Essais avec une pa

tience tout-à-fait chrétienne. Il soutient qu'aV.

près Bayle et Fontenelle, l'abbé Desfontaines Le flatteur insipide.

est le meilleur écrivain que nous ayons eu. Il

ne peut souffrir la musique de Rameau ; et si Un homme parfaitement insipide est celui on lui parle des Indes galantes ou de l'opéra de qui loue indifféremment tout ce qu'il croit utile Dardanus, il se met à chanter des morceaux de

Tancrède, ou d'un autre ancien opéra. Il n'éNom que Voltaire a souvent employé pour désigner Frédé pargne pas les acteurs qui ont succédé à Murer, ric le Grand. La bataille dont il s'agit ici est sans doute celle de à Thevenard, etc., et Poirier ne paroit jam Friedberg, Sagnée par Frédéric, le 4 juin 1745, sur le prince Charles de Lorraine. B.

qu'il ne batte long-temps des mains pour faire

« PreviousContinue »